II. — CONCLUSION
Je viens, monseigneur, de discuter tout ce que vous alléguez contre mon livre. Je n'ai pas laissé passer une de vos propositions sans examen; j'ai fait voir que vous n'avez raison dans aucun point, et je n'ai pas peur qu'on réfute mes preuves; elles sont au-dessus de toute réplique où règne le sens commun.
Cependant, quand j'aurais eu tort en quelques endroits, quand j'aurais eu toujours tort, quelle indulgence ne méritait point un livre où l'on sent partout, même dans les
1. De Montmorency : l'ciprcs- I 2. Milord Maréclial et Frédcric II sion est bien hyperbolique. 1 «le Prusse. — Yoy. Introd., p. xliii.
rrpiirs, mémo dans le mal qui peut y être, le sincère amour du bien et le zèle de la vérité ; un livre où l'auteur, si peu affirmatif, si peu décisif, avertit si souvent ses lecteurs de se défier de ses idées, de peser ses preuves, de ne leur donner que l'autorité de sa raison ; un livre qui ne rt'spire que paix, douceur, patience, amour de Tordre, obéissance aux lois en toute chose, et même en matière de religion ; un livre enfin où la cause de la Divinité est si bien défendue, l'utilité de la religion si bien établie, où les mœurs sont si respectées , où l'arme du ridicule est si bien ôtée au vice, où la méchanceté est peinte si peu sensée , et 1.1 vertu si aimable? Eh ! quand il n'y aurait pas un mot de vi'rilé dans cet ouvrage, on en devrait honorer et chérir les rêveries comme les chimères les |>lus douces qui puissent flatter et nourrir le cœur d'un homme de bien. Oui, je ne ( lains point de le dire, s'il existait en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé, un gouvernement dont les vues fussent vraiment utiles et saines, il eût rendu des honneurs publics à l'auteur d'ÉtiiUe, il lui eût élevé des statues *. Je connaissais trop les hommes pour attendre d'eux de la reconnaissance; je ne les connaissais pas assez, je l'avoue, pour en attendre ce qu'ils ont fait.
Après avoir prouvé que vous avez mal raisonné dans vos censures, il me reste à prouver que vous m'avez calomnié dans vos injures. Mais, puisque vous ne m'injuriez qu'eu vertu des torts que vous m'imputez dans mon livre, montrer que mes prétendus torts ne sont (jue les vôtres, n'est-ce pas dire assez que les injures qui les suivent ne doivent pas être pour moi? Vous chargez mon ouvrage des épithètes les plus odieuses, et moi je suis un homme abominable, un téméraire, un impie, un imposteur. Charité chrétienne,