Voy. plus bas ^a lettre à Marc-Michel Rey, p
défends contre vous-mêmes. » On voit toute la portée du débat, qui conduit directement au conflit, si fréquent de nos jours au sein du protestantisme, entre orthodoxes et libéraux (c'est-à-dire en fin de compte entre la foi et le libre examen), et combien ce débat était grave dans un état tliéocratique.
Les trois lettres de la seconde partie offrent un intérêt plus national encore, mais moins général. Voici cependant par où elles sont, même au fond, et abstraction faite de l'éloquence, dignes de toute notre attention. Dans le Contrat social, Rousseau n'avait fait que de la politique spéculative: toutes ses utopies, afiirmait-il, sur ce point comme sur tous les autres, étaient bien inoffensives, et montraient ce qui aurait dû, non ce qui pouvait être. Dans les Lettres de la Montagne, nous voyons son implacable logique passer de la spéculation à l'action : à la politique conservatrice et tempérée du procureur général, Rousseau oppose la politique radicale et révolutionnaire. Il s'agit de voir clair, de poser des principes, et de leur faire produire tout leur effet : « Vos droits réclamés et attaqués, dit-il à ses anciens concitoyens, ne peuvent plus demeurer en doute; il faut qu'ils soient reconnus ou anéantis, et c'est leur évidence qui les met en péril. Il ne fallait pas approcher le flambeau durant l'orage; mais aujourd'hui le feu est à la maison. »
En réalité, ce fut lui l'incendiaire. 11 avait montré aux bourgeois le moyen désespéré mais efficace de faire capituler le Conseil : l'abstention en masse dans l'élection des syndics. Il s'en fallut de peu que ce résultat fût atteint dans les premiers jours de 1765, et la marche des affaires arrêtée par un coup d'JKitat populaire. L'effet moral subsista. Les divisions de la République étaient nettement accusées, le caractère oligarchique du gouvernement mis en pleine lumière. L'intervention armée des puissances garantes, prévue et presque sollicitée par Rousseau, allait devenir inévitable. N'était-ce pas là ce que naguère il avait lui-même appelé « le crime de Cham »? Il avait, disait-il pour sa défense, répudié ses devoirs en même temps que sa qualité de citoyen. C'était alors un autre crime, celui de Coriolan.
LETTRES ECUITES DE LA MUMAGNE.