‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 114 sur 196 · I. — PLAN D'ÉDUCATION NATIONALE POUR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

I. — PLAN D'ÉDUCATION NATIONALE POUR LA POLOGNE

C'est ici l'article important. C'est l'éducation qui doit donner aux âmes la forme nationale, et diriger tellement leurs opinions et leur goûts, qu'elles soient patriotes par inclination, par passion, par nécessité. Un enfant en ouvrant les yeux doit voir la patrie, etjusqu'cà la mort ne doit plus voir qu'elle. Tout vrai républicain suça avec le lait de sa mère l'amour de sa patrie, c'est-à-dire des lois et de la liberté. Cet amour fait toute son existence; il ne voit que la patrie, il ne vit que pour elle; sitôt qu'il est seul, il est nul; sitôt qu'il n'a plus de patrie, il n'est plus; et s'il n'est pas mort, il est pis.

L'éducation nationale n'appartient qu'aux bommes libres ; il n'y a qu'eux qui aient une existence commune et qui soient vraiment liés par la loi. Un Français, un Anglais, un espagnol, un Italien, un Russe, sont tous à peu près le même liomme'; il sort du collège déjà tout façonné pour la licence, c'est-à-dire pour la servitude. A vingt ans, un Polonais ne doit pas être un autre homme; il doit être un Polonais. Je veux qu'en apprenant à lire il lise des choses de son pays; qu'à dix ans il en connaisse toutes les productions, à douze toutes les provinces, tous les chemins, toutes les villes; qu'à quinze il en sache toute l'histoire, à seize toutes les lois; qu'il n'y ait pas eu dans toute la Poloerne une belle action ni un homme illustre dont il

i. Négliger des différences aussi i qui raisonne sur des idées et qui tranchées, c'est le fait d'un homme I n'a pas observé.

GOUVERNEMENT DE POLOGNE. i:.r>

n'ait la mémoire et le cœur pleins, et dont il ne puisse rendre compte à rinslaut. On peut juger par là que ce ne sont pas les études ordinaires, dirigées par des étrangers et des prêtres, que je voudrais faire suivre aux enfants. La loi doit régler la matière, l'ordre et la forme de leurs études. Ils ne doivent avoir pour instituteurs que des Polonais, tous mariés, s'il est possible, tous distingués par leurs mœurs, par leur probité, par leur bon sens, par leurs lumières, et tous destinés à des emplois, non plus importants ni plus honorables, car cela n'est pas possible, mais moins pénibles et plus éclatants, lorsqu'au bout d'un certain nombre d'années ils auront rempli celui-là. Gardezvous surtout de faire un métier de l'état de pédagogue*. Tout homme public en Pologne ne doit avoir d'autre état permanent que celui de citoyen. Tous les postes qu'il remplit, et surtout ceux qui sont importants, comme celui-ci, ne doivent être considérés que comme des places d'épreuve et de degrés pour monter plus haut après l'avoir mérité. J'exhorte les Polonais à faire attention à cette maxime, sur laquelle j'insisterai souvent : je la crois la clef d'un grand ressort dans l'État. On verra ci-après comment on peut, à mon avis, la rendre praticable sans exception.

Je n'aime point ces distinctions de collèges et d'académies*, qui font que la noblesse riche et la noblesse pauvre sont élevées différemment et séparément. Tous étant égaux par la constitution de l'État doivent être élevés ensemble et de la même manière; et si l'on ne peut établir une édu-

I. Voilà l'ulopio. On ne s'improvise pas péiingoRiie ; il y fniit. outre les lumières naturelles, une expérience spéciale; il est «lonc nécessaire que cet étal soit un métier.

J.-J. I{oissi:a-. — ExTiuiT3. 2i

2. On appelai! alors nradémirx le< élablissenients où les jeunes noliles apprenaient les exercices (lu corps, i'équitation, l'escrime, de.

cation publique tout à fait gratuite, il faut du moins la mettre à un prix que les pauvres puissent payer*. Ne pourrait-on pas fonder dans chaque collège un certain nombre de places purement gratuites, c'est-à-dire aux frais de l'Étal, et qu'on appelle en France des bourses ? Ces places données aux enfants des pauvres gentilshommes qui auraient bien mérité de la patrie, non comme une aumône, mais comme une récompense des bons services des pères, deviendraient à ce titre honorables, et pourraient produire un double avantage qui ne serait pas à négliger. Il faudrait pour cela que la nomination n'en fût pas arbitraire, mais se fît par une espèce de jugement dont je parlerai ci-après. Ceux qui rempliraient ces places seraient appelés enfants de l'État, et distingués par quelque marque honorable qui donnerait la préséance sur les autres enfants de leur âge, sans excepter ceux des grands.

Dans tous les collèges il faut étabhr un gymnase ou lieu d'exercices corporels pour les enfants. Cet article si négligé est, selon moi, la partie la plus importante de l'éducation, non seulement pour former des tempéraments robustes et sains, mais encore plus pour l'objet moral, qu'on néglige ou qu'on ne remplit que par un tas de préceptes pédantesques et vains qui sont autant de paroles perdues. Je ne redirai jamais assez que la bonne éducation doit être négative. Empêchez les vices de naitre, vous aurez assez fait pour la vertu. Le moyen en est de la derjiière facilité dans la bonne éducation publique : c'est de tenir toujours les enfants en haleine, non par d'ennuyeuses études où ils n'entendent rien et qu'ils prennent en haine par cela seul qu'ils sont forcés de rester en place, mais par des exercices qui leur plaisent, en satisfaisant au besoin qu'en

1. C'est le programme suivi en pareille matière par les Étals modernes.

croissant a leur corps de s'agiter, et dont l'agrément pour eux ne se bornera pas là.

On ne doit point permettre* qu'ils jouent séparément à Iriir fantaisie, mais tous ensemble et en public, de manière 'ju'il y ait toujours un but commun auquel tous aspirent, • t qui excite la concurrence et l'émulation. Les parents ([iii préféreront l'éducation domestique, et feront élever l'iirs enfants sous leurs yeux, doivent cependant les en- Mtyer à ces exercices. Leur instruction peut être domesti(iue et particulière, mais leurs jeux doivent toujours être publics et communs à tous; car il ne s'agit pas seulement ici de les eccuper, de leur former une constitution robuste, de les rendre agiles et découplés, mais de les accoutumer de bonne heure à la règle, à l'égalité, à la fraternité, aux (oncurrences, à vivre sous les yeux de leurs concitoyens et ;i désirer l'approbation publique*. Pour cela, il ne faut pas (pu; les prix et récompenses des vainqueurs soient distribués arbitrairement par les maîtres des exercices, ni p.ir les chefs des collèges, mais par acclamation et au jugement des spectateurs; et l'on peut compter que ces jugeinenls seront toujours justes, surtout si l'on a soin de 1 t'udre ces jeux attirants pour le public, en les ordonnant avec un peu d'appareil et de façon qu'ils fassent spectacle'. Alors il est à présumer que tous les honnêtes gens et tous It's bons patriotes se feront un devoir et un plaisir d'y Insister.

A Berne, il y a un exercice bien singulier pour les jeunes patriciens qui sortent du collège. C'est ce qu'on appelle

1. F»r<?nons parde : celte contruintc qu'on se llaKe d'altolir dans

r l'éducation intellectuelle, on la ré- ^ tablit dans l'cilucation physique.

Page 1