iV'iulant son séjour à Venise. | 2. Voy. Introd.^ p. xxx
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l'achever. Étant allé voir un jour, avec Mme d'Épinay, ces ouvrages, nous poussâmes notre promenade un quart de lieue plus loin, jusqu'au réservoir des eaux du parc, qui touchait la foret de Montmorency, et où était un joli potager, avec une petite loge fort délabrée, qu'on appelait l'Ermitage. Ce lieu solitaire et très agréable m'avait frappé, quand je le vis pour la première fois, avant mon voyage à Genève. Il m'était échappé de dire dans mon trnnspoit : « Ah! madame, quelle habilalion délicieuse! Voilà un asile tout fait pour moi. » Mme d'Épinay ne releva pas beaucoup mon discours ; mais, à ce second voyage, je fus tout surpris de trouver, au lieu de la vieille masure, une petite maison presque entièrement neuve, fort bien distribuée, et très logeable pour un petit ménage de trois personnes*. Mme d'Épinay avait fait faire cet ouvrage en silence et à 1res peu de frais, en détachant quelques matériaux et quel- (pies ouvrims de ceux du château. Au second voyage, elle me dit, en voyant ma surprise : « Mon ours*, voilà votre asile; c'est vous (pii l'avez choisi, c'est l'amitié qui vous l'olfre; j'espère qu'elle vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi. » Je ne crois pas avoir été de mes jours plus vivement, plus délicieusement ému : je mouillai de pleurs la main bienfaisante de mon amie; et, si je ne fus pas vaincu dès co[ instant même, je fus extrêmement ébranlé. Mme d'Épinay, qui ne voulait pas en avoir le démenti, devint si pressante, employa tant de moyens, taiil de gens pour me circonvenir, jusqu'à gagner pour cela Mme Le Vnsseur et sa fille, qu'enfin elle triompha de mes résolutions. Renonçant au séjour de ma patrie, je résolus, je promis d'habiter l'Ermitage; et, en attendant que le
1. Lui, Thérèse, et la mère «le 1 2. C'i'sl le Miriiom ninicnl fjno Thérèse. | lui avait donné M- d'Épinay.
bâtiment fût sec, elle prit soin d'en préparer les meubles, en sorte que tout fût prêt pour y entrer le printemps suivant....
Ce fut le 9 avril 1756 que je quittai la ville pour n'y plus habiter*; car je ne compte pas pour habitation quelques courts séjours que j'ai faits depuis, tant à Paris qu'à Londres et dans d'autres villes, mais toujours de passage, ou toujours malgré moi. Mme d'Épinay vint nous prendre tous trois dans son carrosse ; son fermier vint charger mon petit bagage, et je fus installé dès le même jour. Je trouvai ma petite retraite arrangée et meublée simplement, mais proprement et même avec goût. La main qui avait donné ses soins à cet ameublement le rendait à mes yeux d'un prix inestimable, et je trouvais délicieux d'être l'hôte de mon amie, dans une maison de mon choix, qu'elle avait bâtie exprès pour moi.
Quoiqu'il fit froid et qu'il y eût même encore de la neige, la terre commençait à végéter-; on voyait des violettes et des primevères; les bourgeons des arbres commençaient à poindre, et la nuit même de mon arrivée fut marquée par le premier chant du rossignol, qui se fit entendre presque à ma fenêtre, dans un bois qui touchait la maison. Après un léger sommeil, oubliant à mon réveil ma transplantation, je me croyais encore dans la rue de Grenelle, quand tout à coup ce ramage me fit tressaiUir, et je m'écriai dans mon transport : « Enfin tous mes vœux sont accomplis ! )) Mon premier soin fut de me hvrer à l'impression des objets champêtres dont j'étais entouré. Au lieu de commencer à m'arranger dans mon logement, je commençai à m'arranger pour mes promenades, et il n'y eut pas un sentier, pas
1. Cette page était écrite avant | Paris pour y demeurer huit ans. 1770, date où Rousseau revint à 1 2. A se couvrir de végétation.
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