D'avoir trop de conflance dans la raison. Voy. p
l'expérience m'eûl l'ait sentir ma folie, je m'y livrai, j'ose le dire, avec un zèle digne du motif qui me l'inspirait, et je dessinai les deux caractères de Wolmar et de Julie*, dans un ravissement qui me faisait espérer de les rendre aimables tous les deux, et, qui plus est, l'un par l'autre.
Content d'avoir grossièrement esquissé mon plan, je revins aux situations de détail que j'avais tracées; et de l'arrangement que je leur donnai résultèrent les deux premières parties de la Julie^ que je fis et mis au net durant cet hiver avec un plaisir inexprimable, employant pour cela le plus beau papier doré, de la poudre d'azur et d'argent pour sécher l'écriture, de la noiq^areille bleue pour coudre mes cahiers, enfin ne trouvant rien d'assez galant, rien d'assez mignon, pour les charmantes filles dont je raffolais comme un autre Pygmalion 2. Tous les soirs, au coin de mon feu, je lisais et relisais ces deux parties aux gouverneuses ^. La fille, sans rien dire, sanglotait avec moi d'attendrissement; la mère, qui, ne trouvant point là de compliments, n'y comprenait rien, restait tranquille, et se contentait, dans les moments de silence, de me répéter toujours : Monsieur, cela est bien beau !
(Partie II, livre ix.)