‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 157 sur 196 · A M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A M. DE VOLTAIRE

Paris, 10 septembre 1755.

C'est à moi, monsieur, de vous remercier à tous égards'. Kn vous offrant l'ébauche de mes tristes rêveries, je n'ai point cru vous faire un présent digne de vous, mais m'ac- (juitler d'un devoir et vous rendre un hommage que nous vous devons tous commue à notre chef. Sensible, d'ailleurs, ;i l'honneur que vous faites à ma patrie, je partage la re-

1 II lui donna en efTet l'année 1 bien «ouvcnl ciléc dans les recueils

ivanle l'article Économie poli- \ classiques. — Voy. notre C/ioix rfs

titjiie, écrit pour VMncyiluprdic. , Lettres de Voltaire.

2. C'est la réponse à une cclèhre 5. Voltaire le remerciait du Di.s-

lettro de V(»li;nre (10 août 1755), | cours sur l'origine de l'inégalité.

connaissance de mes concitoyens, et j'espère qu'elle ne fera qu'augmenter encore, lorsqu'ils auront profité des instructions que vous pouvez leur donner. Embellissez l'asile que vous avez choisi ; éclairez un peuple digne de vos leçons ; et vous, qui savez si bien peindre les vertus et la liberté, apprenez-nous à les chérir dans nos murs comme dans vos écrits. Tout ce qui vous approche doit apprendre de vous le chemin de la gloire.

Vous voyez que je n'aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise % quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j'en ai perdu. A votre égard, monsieur, ce retour serait un miracle si grand à la fois et si nuisible, qu'il n'appartiendrait qu'à Dieu de le faire, et qu'au diable de le vouloir *. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes^; personne au monde n'y réussirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de vous tenir sur les vôtres.

Je conviens de toutes les disgrâces qui poursuivent les hommes célèbres dans les lettres; je conviens même de tous les maux attachés à l'humanité, et qui semblent indépendants de nos vaines connaissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mêmes tant de sources de misères, que, quand le hasard en détourne quelqu'une, ils n'en sont guère moins inondés. D'ailleurs, il y a, dans le progrès des choses, des liaisons cachées que le vulgaire n'aperçoit pas, mais qui n'échapperont point à l'œil du sage, quand il voudra y réfléchir. Ce n'est ni Térence, ni Cicéron, ni Virgile, ni Sénèque, ni Tacite; ce ne sont ni les savants, ni les poètes, qui ont produit les malheurs de Rome et les crimes

1. Voltaire : « On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes.... »

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