‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 166 sur 196 · i. |.. iHi · texte numérisé non relu

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pas. La vie active n'a rien qui me tente ; je consentirais cent fois plutôt à ne jamais rien faire qu'à faire quelque chose malgré moi ; et j'ai cent fois pensé que je n'aurais pas vécu trop malheureux à la Bastille, n'y étant tenu à rien du tout qu'à rester là '.

J'ai cependant fait, dans ma jeunesse, quelques eiïorts pour parvenir. Mais ces etïbrts n'ont jamais eu pour but que la retraite et le repos dans ma vieillesse ; et, comme ils n'ont été que par secousse, comme ceux d'un paresseux, ^ 'iîs n'ont jamais eu le moindre succès. Quand les maux sont venus, ils m'ont fourni un beau prétexte pour me livrer à ma passion dominante. Trouvant que c'était une folie dénie tourmenter pour un âge auquel je ne parviendrais pas, j'ai tout planté là, et je me suis dépêché de jouir. Voilà, monsieur, je vous le jure, la véritable cause de cette retraite, à laquelle nos gens de lettres ont été chercher des motifs d'ostentation qui supposent une constance, ou plutôt une i obstination à tenir à ce qui me coûte, directement contraire à mon caractère naturel.

Vous me direz, monsieur, <|ue cette indolence supposée s'accorde mal avec les écrits que j'ai composés depuis dix ans, et avec ce désir de gloire qui a dû m'exciter à' les publier. Voilà une objection à résoudre, qui m'oblige à prolonger ma lettre, et qui, par conséquent, me force à la finir. J'y reviendrai, monsieur, si mon ton familier ne vous déplaît pas ; car, dans Tépanchement de mon cœur, je n'en saurais prendre un autre : je me peindrai sans fard et sans modestie ; je me montrerai à vous tel que je me vois et tel que je suis ; car, passant ma vie avec moi, je dois me connaître, et je vois, par la manière dont ceux qui

1. C'est ainsi qu'en 1763 il de- j bernoises la faveur d'être cmprimaudcrasérieusemcutaux autorités ' sonné jusqu'à la lia de ses jours.

pt^ns«^nt UH^ connaître interprètent mes actions eA ma coh- (liiite, qu'ils n'y connaissent rien. Personne an monde ne me coimail que moi seul. Vous en jugerez quaixl j'aurai tout dit.

'Se me renvoyez point mes lettres, monsieur, je vous supplie; brûlez-les, parce qu'elles ne valent pas la peine d'être i^ardées, mais non pas par égard pour moi. Ne songez pas lion plus, de grâce, à retirer celles qui sont entre les mains • le Duchesne*.

S'il fallait efTacer dans le monde les traces de toutes mes folies, il y aurait trop de lettres à retirer, et je ne renriue- ,, rais pas le bout du doigt pour cela. A charge et à décharge, je ne crains point d'être vu tel que je suis. Je connais mes mands défauts, et je sens vivement tous mes vices. Avec lout cela, je mourrai plein d'espoir dans le Dieu suprême, cl très persuadé que, de tous les hommes que j'ai connus t'ii ma vie, aucun ne fut meilleur que moi*.

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