‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 168 sur 196 · Ce st\n le iireniior mot des Confeuwns · texte numérisé non relu

Ce st\n le iireniior mot des Confeuwns

360 EXTRAITS DE J.-J. ROUsSEAU.

ne m'ont point ôté votre estime, je ne présume pas que ma franchise me la doive ôter.

Une àme paresseuse qui s^ffraye de tout soin, un tempérament ardent, bilieux, facile à s'affecter, et sensible à

l'excès à tout ce qui Taffecte, semblent ne pouvoir s'allier dans le même caractère; et ces deux contraires composent

pourtant le fond du mien. Quoique je ne puisse résoudre

celte opinion par des principes, elle existe pourtant; je le sens, rien n'est plus certain, et j'en puis du moins donner par les faits une espèce d'historique qui peut servir à la concevoir. J'ai eu plus d'activité dans l'enfance, mais jamais comme un. autre enfant. Cet ennui de tout m'a de bonne heure jeté dans la lecture. A six ans, Plularuue me tomba sous la main ; à huit, je le savais par cœur ; j'avais lu tous les romans; ils m'avaient fait verser des seaux de larmes avant l'âge où le cœur prend intérêt aux romans. De là se forma dans le mien ce ^oût héroïque et romanesque qui n'a fait qu'augmenter jusqu'à présent, et qui acheva de me dégoûter de tout, hors de ce qui ressemblait à mes folies. Dans ma jeunesse, que je croyais trouver dans le monde les mêmes gens que j'avais connus dans mes livres, je me livrais sans réserve à quiconque savait m'en imposer par un certain jargon dont j'ai toujours été la dupe. J'étais actif, parce que j'étais fou; à mesure que j'étais détrompé, je changeais de goûts, d'attachements, de projets; et dans tous ces changements, je perdais toujours ma peiuc et mon temps, parce uue ie cherchais toujours ce qui n'était point . En devenant plus expérimenté, j'ai perdu à peu près l'espoir de le trouver, et par conséquent le zèle de le chercher. Aigri par les injustices que j'avais éprouvées, par celles dont j'avais été le témoin *, souvent aflligé du désordre

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