XV. — A M"" ROGUIN, NÉE BOUQUET
A Motiers, le 31 mars 1764
Assurément, madame, vous serez une bonne mère, et, avec le zèle que vous me marquez pour les devoirs attachés à ce hen, c'eût été grand dommage que M. Roguin ne vous eût pas mise dans l'état de les remphr. Vous vous inquiétez déjà de votre enfant, du temps où vous pourrez commencer à le baigner dans l'eau froide, de la manière de parvenir graduellement à lui couvrir la tête, et il n'est pas encore né. C'est là, madame, une solUcitude maternelle très bien
1. Madeleine-Elisabeth Bouquet, mariée en 1762 : u colonel Roguin (Augustin-Gabriel). — L'eul'ant at-
tendu dont il est question dans cettf lettre fut une fille, et ne vécut que huit ans.
placée à certains égards; à d'autres, un peu précoce; mais très louable en tous sens et qui mérite que j'y réponde de mon mieux.
En premier lieu, il importe fort peu que l'enfant soit dans un panier d'osier ou dans autre chose. Qu'il soit couché un peu mollement, un peu de biais, et souvent au grand air. S'il est en liberté*, il ne tardera pas d'acquérir la force nécessaire pour se donner l'attitude qui lui convient. Et d'ailleurs il ne sera pas toujours couché, puisque une aussi bonne nourrice que vous voulez l'être, daignera- bien le tenir quelquefois sur ses bras.
Vous désirez le baigner de très bonne heure dans l'eau froide. C'est très bien fait, madame. Mon avis est que, pour ne rien risquer, on conjmence dès le jour de sa naissance. Le quart du monde chrétien, c'est-à-dire tous les Russes et la plupart des Grecs, baptisent les enfants nouveau-nés, en les plongeant trois fois de suite dans l'eau toute froide et même glacée. Faites la même chose, madame, baptisez votre t'iifant par immersion deux fois le jour, et n'ayez pas peur des rhumes*.
Vous songez de trop loin au temps de lui couvrir la tèle; mais je n'en vois pas bien la nécessité. Cette nécessité ne viendra sûrement jamais, si c'est un garçon. Si c'est une