‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 27 sur 196 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

hôtes peu disposés à transiger sur certaines convenances, amenèrent Rousseau à souliaiter une autre résidence, encore plus retirée et plus libre. Hume reprit ses reclierches et découvrit enfin un propriétaire du Derbysliire, M. Davenport, qui consentit à mettre sa maison de Wootton, très largement installée et servie, à la disposition de Rousseau, pour une pension annuelle de trente livres sterling (environ 750 francs). Nous voilà au 22 mars. Dès la lin du mois, Rousseau est plein contre Hume des plus noirs soupçons ; c'en est fait entre eux de l'amitié. Nous ne détaillerons pas ses griefs, dont quelques-uns ont un caractère évident d'insanité. Tous reviennent à celui-ci : Hume est un foui-be, qui, do concert avec ses eimcmis, l'a attiré eu Angleterre pour l'espionuor, le déshonorer et le retenir prisonnier : tous les actes d'empressement, de générosité de « son cher patron » sont donc autant de manœuvres perfides. Hume s'entremet notauunent pour lui faire obtenir du roi d'Angleterre une pension de deux milles francs; dans ces conditions, Jean- Jacques la repousse. Il écrit au général Conway, secrétaire d'État : « Loin de me refuser aux bienfaits du roi par l'orgueil qu'on m'impute, je le mettrais à m'en glorifier.... Mais lorsque je les recevrai, je veux n'avoir le cn^ur plein que des bontés de Sa Majesté et des vôtres. » 11 lait part à tous ses amis de Paris, à Mme de Boufllers, à M. de Malesherbes, de la tj-ahison dont il se croit l'objet, et ne s'en explique avec Hume lui-même (ju'après avoir jeté à tous les vents les accusations dont H le charge. Hume bondit sous l'outrage, traita publiquement à sou tour Rousseau do « monstre », et répondit par un écrit, qu'il lit traduire en français, sous ce titre : Exposé succinct de la contestation survenue entre M. Rousseau et M. Hume. Ce fut à Paris un gros événement, une matière abondante de brochures en sens opposés. Mais quoique la vengeance de Hume parût en général d'un ]ihilosoi)lie peu maître de lui, Rousseau s'était donné des torts auxquels la folie seule servait d'excuse, mais qu'aucun arbitre impartial ne pouvait méconnaître. C'était. j)resque en tout point, la répétition de ses procédés envers Mme d'Épinay, et les conséquences en furent les mêmes : Mme de Roufllers et miloi-d Maréchal cessèrent avec lui toute relation.

Profondément malheureux au milieu de ses extravagances; aigri par Thérèse qui se plaignait, là comme partout, d'être eu butte aux impertinences des laquais et du voisinage; persuadé que l'Angleterre était tout entière enrôlée dans le complot om^di

l'oRTRAiT DE J.-.l. RoussEAU. Peint par Ramsay, en 1766.

Ce beau, ce Iragiijiie portrait d'un malheureux asâombri par l'humeur chagrine, paraissait à Housseau poussé volontairement au noir, pour aider à le diffamer, pour lui prêter « la Hgure d'un cyclope affreiiv •.

(Musée d'Edimbourg.)

PI. XI, page L.

LES ANNEES DEXIL. li

contre sa personne, il prit le parti de fuir en secret pour ne pas êtrc arrêté, et quitta Wootton le 1" mai 1767, laissant à l'adresse de M. Davenport, pour tout remerciement, une lettre de reproches. Il gagne Douvres, s'embarque pour Calais, et après un court séjour à Fleury-sous-Mtnidon, chez le marquis do Mirabeau, accepte au château do Trye, eu Normandie, l'hospitalité du prince de Conli. Il y demeura un au; le prince ne lui ménageait ni les soins, ni les visites; mais là connue à Wootton ses rapports avec les servitem'S devinrent tels, et dès le début, que ce lui fut une année de supplice : il se sentait en pays ennemi, ^u mois de juin 1768, il se remet en route pour un long voyage, et par Lyon, Chambéry, Grenoble, atteint Bourgoiu eu Dauphiné. C'est là qu'il contracta avec Thérèse, par-devant témoins, une sorte d'union qui n'avait aucun caractère régulier, mais dont il s'autorisa dans la suite pour appeler sa femme la déplorable compagne de sa vie. Des nuages s'étaient élevés entre eux, et Rousseau avait offert à Thérèse de lui rendre sa liberté en la mettant à l'abri du besoin. Au lieu de cette séparation, ce fut un simulacre de mariage qui intervint et qui le réduisit à traîner avec lui jusqu'à la mort celle qui avait le plus contribué à son infortune. C'est, non à Bourtroin même, mais un peu au-dessus, dans la montagne, à Monqum, qu u passa la plus grande partie de son séjour en Dauphiné. Depuis cinq ans, son unique travail était, quand il prenait i»iod quoique part, de rédiger ses Confessions. Il comptait encore sur cet écrit connue siu- un dernier moyen de se laver, mort ou vif, des caloumies doift il se croyait chargé. En 1770, l'idée fixe le prit de* revenir à Paris et d'y poursuivre sa réhabililatiou. Fait surprenant, et qui nicl hors de cause les sentimeuts de M. de Choiseul envers lui, l'aulorisation fut accordée au fugitif de rentrer dans celle ville, d'où l'arrêt de 1762 p«!rmetlait de l'écarter à tout jamais sans plus de débat. Nul n'était plus que Voltaire, et à bonnes enseignes, choqué de ce paradoxe : a U est plaisant, écrivait-il, qu'un garçon horloger, avec un décret de prise de corps, soit à Paris, et que je n'y sois pas. » C'est que ce décret n'avait été qu'une rigueur de circonstance, une démonstration paiiil:'ue, et que, contrairement à Voltaire, on savait Rousseau revenu de ses anciennes ardeurs et bien résolu à ne plus sortir d'un repos et d'une obscurité conformes à ses goût« de farouche misanthropie.

Son dernier acte d'homme de lettres fut sa souscription à la

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