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II. - LA MÉDIOCRITÉ ET LE GÉNIE

.... Mais si le progrès des sciences et des arts n'a rien ajouté à notre véritable félicité; s'il a corrompu nos mœurs, et si la corruption des mœurs a porté atteinte à la pureté du goût*, que penserons-nous de cette foule d'auteurs élémentaires qui ont écarté du temple des Muses les difiicultés qui défendaient son abord, et que la nature y avait répandues comme une épreuve dos forces de ceux qui seraient tentés de savoir? Que penserons-nous de ces compilateurs d'ouvrages qui ont indiscrètement brisé la porte des sciences et introduit dans leur sanctuaire une populace indigne d'en approcher, tandis qu'il serait à souhaiter que tous ceux qui ne pouvaient avancer loin dans la carrière des lettres eussent été rebutés dès l'entrée, «"t se fussent jetés dans des arts utiles à la société? Tel (jui sera toute sa vie un mauvais versificateur, un géomètre subalterne,

lait peut-être devenu un grand fabricateur d'étoffes. 11 Mil point fallu de maîtres à ceux (|uc la nature destinait à

I . Ce iiiorcRuu est ctHëWrc cuintiu' Kcbantilloii de style déclaiiialoirc; mais ce que Rousseau Tait din; à Fanricius, c'est lui-nièiiio qui le

dit à &UII siècle : c'est sa déula-

ratioii de guerre à la civilisation.

i. Rousseau résuute ici le f>ara-

doïe développé 4»tM soti fUscaur».

ii-i. RotlMEAO. — EXTHAIT». *i

faire des disciples*. Les Verulam^, les Descartes et les Newton, ces précepteurs du genre humain, n'en ont point eux-mêmes'; et quels guides les eussent conduits jusqu'où leur vaste génie les a portés ? Des maîtres ordinaires n'auraient pu que rétrécir leur entendement en le resserrant dans l'étroite capacité du leur. C'est par les premiers obstacles qu'ils ont appris à faire des efforts, et qu'ils se sont exercés à franchir l'espace immense qu'ils ont parcouru. S'il faut permettre à quelques hommes de se livrer à l'étude des sciences et des arts, ce n'est qu'à ceux qui se sentiront la force de marcher seuls sur leurs traces, et de les devancer*; c'est à ce petit nombre qu'il appartient d'élever des monuments à la gloire de l'esprit humain. Mais si l'on veut que rien ne soit au-dessus de leur génie, il faut que rien ne soit au-dessus de leurs espérances; voilà l'unique encouragement dont ils ont besoin. L'âme se proportionne insensiblement aux objets qui l'occupent, et ce sont les grandes occasions qui font les grands hommes. Le prince de l'éloquence fut consul de Rome, et le plus grand peut-être des philosophes, chancelier d'Angleterre s. Croit-on que si l'un n'eût occupé qu'une chaire dans quelque université, et que l'autre n'eût obtenu qu'une modique pension d'Académie; croit-on, dis-je, que leurs ouvrages ne se sentiraient pas de leur état? Que les rois

1. 11 y a bien lie l'orçueil sous cet amas de fleurs de rhétorique.

Rousseau, qui s'est instruit sans maîtres (voy. Inlrod. p. xv ), prêche pour son saint.

2. François Bacon, baron de Verulam, chancelier d'Angleten-e sous Jacques I", et théoricien de la méthode expérimentale (1561-1626).

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