‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 42 sur 196 · Voy. Inlrod., p. xli · texte numérisé non relu

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nos penchants, en particulier celui de l'amour, qui remplit tout le théâtre moderne : influence par conséquent à tout le moins inutile, et le plus souvent funeste. Sur ce point, et par une voie différente, Rousseau aboutit à la même conclusion que Bossuet et que tous les moralistes chrétiens : le théâtre nous fait voir en beau, nous fait aimer l'homme naturel, ses concupiscences et ses faiblesses ; c'est un stimulant de l'amour-propre.

En outre le théâtre, quel qu'en soit le répertoire, comporte certaines conditions d'existence, un personnel de comédiens, des représentations périodiques à heure fixe, etc., et développe par là même un certain « goût de luxe, de parure et de dissipation»; et cela non plus n'est pas inoffensif au regard de^ mœurs. Rousseau fait une distinction très ingénieuse, qui lui permet d'apporter à la rigueur de ses principes tous les tempéraments nécessaires dans la pratique, et il raisonne sur le théâtre comme naguère sur la civilisation. Au point de vue absolu, l'institution est mauvaise ; mais pour une société dépravée, dans une grande ville où les oisifs ont besoin d'être amusés, cet amusement-là vaut mieux que beaucoup d'autres, que les cafés ou les tripots ; ailleurs, dans une petite ville (il ne perd pas de vue Genève), où les mœurs sont pures, les citoyens occupés, les amusements coupables à tout le moins difficiles, le théâtre ne devant pas servir à conjurer des maux pires que lui, n'a plus de raison d'être, et il faut se garder de l'y introduire : « Quand le peuple est corrompu, les spectacles lui sont bons, et mauvais quand il est bon lui-même. »

Quant à l'espoir d'établir à Genève, grâce à de sages règlements, un théâtre qui n'y altère pas les mœurs, dont les comédiens et comédiennes n'offrent aucun fâcheux exemple, il n'y faut pas compter. Si les lois laissent s'introduire dans la cité des éléments contraires à l'esprit de l'institution primitive, ce sont elles qui seront réduites à plier devant les mœurs nouvelles, loin qu'elles puissent défendre les mœurs contre l'effet de ces éléments étrangers, légalement autorisés : a Comment préviendrons-nous les changements dont nous aurons volontairement introduit la cause ? » Or, sans nier qu'il puisse y avoir d'honnêtes gens parmi les comédiens, Rousseau tient (et rcxpériencc jusqu'à présent ne lui donne pas tort) que cette profession est un perpétuel danger pour la modestie des femmes qui l'exercent, par suite pour lu vertu des hommes qui les approchent et des spectateurs qui les admirent. Rousseau se défend bien de répéter

sur ce point les anathèmes de l'Église ; il fait mieux, il les coiv lirme par une argumentation toute laïque, et ne dit rien au fond qui ne se trouvât, mais plus véhément et plus irrésistible, dans les célèbres Maximes et Réflexions de Bossuet.

La fin de la Lettre, ionic à l'éloge de Genève, de sa constitution, de ses mœurs, de ses plaisirs simples et fortifiants, tend à montrer qu'une telle ville offrirait à un théâtre bien peu de chances de vivre et de prospérer, et qu'inversement un théâtre, s'il y pouvait durer, en ferait disparaître toute vertu républicaine, tout esprit national, pour la réduire à n'être qu'une plate contrefaçon des grandes capitales.

Bien entendu, ce réquisitoire si fortement motivé contre le théâtre fut très mal accueilli dans le camp des encyclopédistes : d'Alembert et Marmontel en firent la réfutation, mais en s'attaquant surtout au détail et, si je puis dire, en rabattant certaines conséquences outrées, certaines branches excentriques, faute de pouvoir entamer l'arbre même, dur et résistant. Rousseau s'y attendait, et ne s'en émut pas. Mais il comptait bien qu'à Genève le succès serait complet et écrasant pour les partisans de Voltaire. Il ne lui suffisait pas de faire interdire à tout jamais les représentations des Délices; ce qu'il voulait, c'était supplanter son rival, l'évincer de Genève, et y dominer seul l'opinion publique. I*i-ofondèment déçu, il écrivait un an après à son jeune ami Moultou : « Je me suis trompé dans ma lettre à M. d'Alembert : je ne croyais pas nos progi'ès si grands, ni nos mœurs si avancées. Nos maux sont désormais sans remède; il ne nous faut plus que des palliatifs, et la comédie en est un. » Sa Lettre était donc bien une œuvre de circonstance et de polémique. S'il en faut, en fin de compte, retrancher ce qui regarde particulièrement Genève, que contient-elle autre chose qu'une séduisante utopie.'

^^ I. — impuissance! DU THEATRE A CORRIGER

(a scène, en général, est un tableau des passions humaines, dont l'original est dans tous les cœurs : mais si le

peintre n'avait soin de flatter ces passions, les spectateurs seraient bientôt rebutés, et ne voudraient plus se voir sous un aspect qui les lit mépriser d'eux-mêmes. Que s'il donne à quelques-unes des couleurs odieuses, c'est seulement à celles qui ne sont point générales, et qu'on hait naturellement. Ainsi l'auteur ne fait encore en cela que suivre le sentiment du public; et alors ces passions de rebut sont toujours employées à en faire valoir d'autres, sinon plus légitimes, du moins plus au gré des spectateurs. IJji'y ^ q'if la raisoii, qui ne soiLbûnne à riÊU..smLla sc£Be. Un hoiume sans passions, ou qui les dominerait toujours, n'y saurai t intéresser personne^ et l'on a déià remarqué qu'un stoïcien. dans la tragédie, serait un personnage insupportable ; dans la comédie, il ferait rire tmil^jm-cdus.

Qu'on n'attribue donc pas au théâtre le pouvoir de changer des sentiments ni des mœurs qu'il ne peut que suivre et embellir. Un auteur qui voudrait heurter le goût général composerait bientôt pour lui seul. Quand Molière corrigea la scène comique, il attaqua des modes, des ridicules; mais il ne choqua pas pour cela le goût du public*, il le suivit ou le développa, comme fit aussi Corneille de son côté. C'était l'ancien théâtre qui commençait à choquer ce goût, parce que, dans un siècle devenu plus poli, le théâtre gardait sa première grossièreté. Aussi, le goût général ayant changé depuis ces deux auteurs, si leurs chefs-d'œuvre étaient encore à paraître , tomberaient-ils infailliblement aujourd'hui. Les connaisseurs ont beau les admirer toujours, si le public les admire encore, c'est plus par honte de

,jr^e

1. Il y a ici do l'équivoque. — Le goût du public est souvent ))ar- Vigé, indécis ; un grand poète le contraint à incliner dans un certain sens, el prend, comme ou dit,

la tête du mouvement. N'est-ce point, par exemple, ce qu'a fait Molière dans les Précieuses, en donnant le coup de grâce aux beaux esprits de l'iiôlel Rambouillet?

LETTRE A D'ALEMBERT

s'en dédire que par un vrai sentiment de leurs beautés*. On dit que jamais une bonne pièce ne tombe : vraiment je le crois bien, c'est que jamais une bonne pièce ne choque les mœurs- de son temps. Qui est-ce qui doute que sur nos théâtres la meilleure pièce de Sophocle ne tombât tout à plat 3? On ne saurait se mettre à la phice des gens qui ne nous ressemblent point.

Tout auteur qui veut nous peindre des mœurs étrangères -i pourtant grand soin d'approprier sa pièce aux nôtres. Sans cette précaution, l'on ne réussit jamais, et le succès même de ceux qui l'ont prise a souvent des causes bien dilTérentes de celles (|ue lui suppose un observateur super- (iciel. Quand Arlequin sauvage* est bien accueilli des spectateurs, pense-l-on que ce soit par le goiil qu'ils prennent pour le sens et la simplicité de ce personnage, et qu'un seul d'entre eux voulût pour cela lui ressembler? C'est, tout au contraire, que cette pièce favorise leur tour d'esprit, qui est d'aimer et rechercher les idées neuves et singulières. Or il n'y en a point de plus neuves pour eux que celles delà nature. C'est précisément leur aversion pour les I choses comnmnes qui les ramène quelquefois aux choses | simples.

Il s'ensuit de ces premières observations que l'etTel géné-

1. Los conuais»eurs, en pareil cas, sont les étiucateurs du public, i|iii admire sinfèremenl,ot non jiar gageure. — El puis il y a public el public.

2. Je dis le goût ou les mœurs indilTéremment; car, bien que l'une de ces cboses ne soit pas l'autre, elles ont toujours une origine commune et soufTrenl lus mêmes révolutions. Ce qui ne signiliepasque le Iwn goût el les lionnes mœurs régnent toujours en même

temps, proposition qui demande ociaircissement et discussion, mais qu'un certain état du goût réponti toujours à un certain état des mœurs, ce qui est incontestable.

(.Note de Kousseau.)

5. Œdipe roi el Antiyone, de nos jours, ont pleinement réussi au Théâtre-Français, devant le grand public.

4. Comédie de Delisle de la Dré- \ vetière, jouée pour la première loio CD 1721, au Théâtre-Ilalien, el plu-

rai du spectacle est de renforcer le caractère national, d'augmenter les inclinations naturelles, et de donner une nouvelle énergie à toutes les passions. En ce sens il semblerait que, cet effet se bornant à charger et non changer les mœurs établies, la comédie serait bonne aux bons et mauvaise aux méchants. Encore, dans le premier cas, resteraitil toujours à savoir si les passions trop irritées ne dégénè- ^rent point en vices. Je sais que la poétique du théâtre prétend faire tout le contraire, et purger les passions en les excitant : mais j'ai peine à bien concevoir cette règle*. Serait-ce que, pour devenir tempérant et sage, il faut commencer par être furieux et fou ?

« Eh! non, ce n'est pas cela, disent les partisans du théâtre. La tragédie prétend bien que toutes les passions dont elle fait des tableaux nous émeuvent, mais elle ne veut pas toujours que notre affection soit la même que celle du personnage tourmenté par une passion. Le plus souvent, au contraire, son but est d'exciter en nous des sentimens opposés «^ ceux qu elle prête à ses personnages. » Ils disent encore que, si les auteurs abusent du pouvoir d'émouvoir les cœurs pour mal placer l'intérêt, cette faute doit être attribuée à l'ignorance et à la dépravation des artistes, et non point à l'art. Ils disent enfm que la peinture fidèle des passions et des peines qui les accompagnent suffit seule pour nous les faire éviter avec tout le soin dont nous sommes capables.

Il ne faut, pour sentir la mauvaise foi de toutes ces réponses, que consulter l'état de son cœur à la fin d'une tragédie. L'émotion, le trouble et l'attendrissement, qu'on sent en soi-même, et qui se prolongent après la pièce, annon-

sienrs fois reprise pendant le xvin* siècle.

1, Il est en efTet difficile d'expli-

quer chez Aristote celte purgn-, lion. (Voir le 2» Discours de Corneille sur la tragédie.)

^enftî?'iinea^iosïïtWl&renj^ à surmonter et ré-

gler nos passions? Les impressions vives et toucliantes dont nous prenons l'habitude, et qui reviennent si souvent, sontelles bien propres à modérer nos sentimens au besoin? Pourquoi l'image des peines qui naissent des passions efTacerait-elle celle des transports de plaisir*et de joie qu'on en voit aussi naître, et (jue les auteurs ont soin d'embellir encore pour rendre leurs pièces plus agréables? Ne sait-on pas que toutes les passions sont sœurs, qu'une seule suffit pour en exciter mille, et que les combattre l'une par l'autre n'est qu'un moyen de rendre le cœur plus sensible à toutes * ?Le seul inslrnmentgiii serve à les nurgcr est la raison ; et j'ai déjà dit (iiie la raison n'avait nul ellet au tJK'àlrc. Nous ne partageons pas les allections de tous les personnages, il est vrai; car, leurs intérêts étant opposés, il faut bien que l'auteur nous en fasse préférer quelqu'un, autrement nous n'en prendrions point du tout : mais, loin ^e] choisir upijy ,cela li-s passions qu'il veut nous il est forc«'' de cjioisir celles que nous aimons*, dit du genre des spectacles doit s'entendre encore de l'in térét qu'on y fait régner. A Londres, un drame intéresse en faisant lic-^ïr les Français^ à Tunis, la belle passion serait la piraterie; à Messine, une vengeance bien savoureuse; à Goa, l'honneur de brûler les Juifs. Qu'un auteur' choque

lais, loni (jet faire aimer,!

*. Ce que j'ai/

vertueux, mais simple et grossier, sans amour, sans fjalanlerie. et qui ne fasse point de belles plirases; qu'on y mette un sage .^ans préjugés, qui, ayant reru unaflroiil d'un spadassin, refuse de s'aller faire égorger par l'offenseur; et qu'on épuise tout l'art du tht';'tlre pour rendre ces personnages intéressants comme le l^id au peuple

1. A moins que la passion excitée en nous ne tende à nous détacher de nous-méme : c'est souvent l'effet des pièces de Corneille.

2. Non pas, mais celles que nous sommes propres ù aimer, |H)ur peu qu'on nous en fasse sen- \ir la beauté.

3. Qu'on mette, pour voir, sur la scène française uu homme droit cl

fuJ^ 1^ /ut^.XTRAITS DE J.-J. ROUSSEAU. ) Uji.^-t. cuv<. des maximes, il pourra taire? une fort belle pièce ou 1 on

n'ira point : et c'est alors qu'il faudra taxer cet auteur d'ignorance, pour avoir manqué à la première loi de son art, à celle qui sert de base à toutes les autres, qui est de réussir. Ainsi le théâtre purge les passions qu'on n'a pas, et fomente celles qu'on a. Ne voilà-t-il pas un remède bien administré?

Il y a donc un concours de causes générales et particulières qui doivent empêcher qu'on ne puisse donner aux spectacles la perfection dont on les croit susceptibles, et qu'ils ne produisent les effets avantageux qu'on semble en attendre. Quand on supposerait même cette perfection aussi grande qu'elle peut être, et le peuple aussi bien disposé qu'on voudra; encore ces eO'ets se réduiraient-ils à rien, faute de moyens pour les rendre sensibles. Je ne sache que trois sortes d'instruments à l'aide desquels on puisse agir sur les mœurs d'un peuple; savoir, la force des lois, l'empire de l'opiniou, et l'attrait du plaisir. Or les lois n'ont nul accès au théâtre, dcmt la moindre contrainte ferait» une peine et non pas un amusement. L'opinion n'en dépend point, puisqu'au lieu de faire la loi au public le théâtre la reçoit de lui-; et, quant au plaisir qu'on y peut prendre, tout son effet est de nous y ramener plus souvent.

Examinons s'il en peut avoir d'autres. Le théâtre, me dit-on, dirigé comme il peut et doit l'être, rend la vertu aimable et le vice odieux. Quoi donc! avant qu'il y eût des comédies n'aimait-on point les gens de bien? ne haïssaiton point les méchants? et ces sentimens sont-ils plus faibles dans les lieux dépourvus de spectacles? Le théâtre rend

français: j'aurai tort si l'on réussit.

(Note de Rousseau.)

1. Les lois peuvent déterminer les .sujets, la forme des pièces, la

manière de les jouer; mais elles ne sauraient forcer le public à s'y plaire. (Note de Rousseau.) 2. Peut-on nier qu'il U modifie?

j les sujets, Ja lorme des pièces, la z. feui-on mer qu U U modi

,v>, vv^CvW LETTRE A D'ALEMBEUÏr ^ '^djLZll-S'r-

la vertu aimable.... Il opère un grand prodige de faire cje 1 (]ue la nature fM. la raison ' font av,iHt lyi ! Les méchants | sont haïs sur la scène.... Sont-ils aimés dans la société, quand on les y connaît pour tels? Est-il bien sûr que cette haine soit plutôt l'ouvrage de l'auteur que des forfaits qu'il leur fait commettre? E^t-il bien sûr que le simple récit de ces forfaits nous en donnerait moins d'horreur que toutes les couleurs dont il nous les peint? Si tout son art consiste à nous montrer des malfaiteurs pour nous les rendre odieux, je ne vois point ce que cet art a de si admirable, et l'on ne prend là- dessus que trop d'autres leçons sans celle-là. Oserai-je ajouter un soupçon qui me vient? Je doute que tout homme à qui l'on exposera d'avance les crimes de Phèdre ou de Médée- ne les déteste plus encore au commencement qu'à la fin de la pièce : et si ce doute est fondé, que faut-il penser de cet elfet si vanté du théâtre?

Je voudrais bien qu'on me montrât clairement et sans verbiage par quels moyens il pourrait produire des sentimens que nous n'aurions pas, et nous faire juger des êtres moraux autrement que nous n'en jugeons en nous-mêmes. Qne toutes ces vaines prétentions approfondies sont puériles et dépourvues de sens! Ah! si la beauté de la vertu était l'ouvrage de l'art, il y a longtemps qu'il l'aurait défigurée. Ouai^t à moi, dût-on me traiter de méchant encore pour oser souleiiii' que l'homme est né bon, je le pense et crois l'avoir prouvé : la source de l'intérêt qui nous attache à ce (|ui esllionnète,et nous inspire de l'aversion pour le mal, est en nous et non dans les pièces. 11 n'y a point d'art pour produire cet intérêt, mais seulement pour s'en

1 II €il bon, quoi qu'il on dise, I 2. Il sera bicu naïf s'il y fait seu- «Je leur veuir en aide. I Iciuont altculion.

prévaloir. L'amour du beau* est un sentiment aiif^^i na^fnrel au coeur humain gnp rnmnnr Hp t;ni-nTPmp- il n'y nuit point d'un arrangement Hp gppnpc- l'auteur ne l'y porte pas, il l'y trouve; et de ce pur sentiment qu'il flatte naissent les aouces larmes qu'il fait coulerT '

Imaginez la comédie aussi parfaite qu'il vous plaira; où est celui qui, s'y rendant pour la première fois, n'y va pas déjà convaincu de ce qu'on y prouve, et déjà prévenu pour ceux qu'on y fait aimer ? Mais ce n'est pas de cela qu'il est question, c'est d'agir conséquemment à ses principes et d'imiter les gens qu'on estime. Le cœur de l'homme est toujours droit sur tout ce qui ne se rapporte pas personnellement à lui. Dans les querelles dont nous sommes purement spectateurs; nous prenons à l'instant le parti de la justice, et il n'y a point d'acte de méchanceté qui ne nous donne une vive indignation, tant que nous n'en lirons aucun profit; mais, quand notre intérêt s'y mè]^,. bientôt nos sentiments se corrompent, et c'est alors seulement yue nous préférons le nialj^ii nous est^ utile au bien que nous fait aimer la nature. N'est-ce pas un effet nécessaire de la constitution des choses, que le méchant tire un double avantage de son injustice et de la probité d'autrui?Quel traité plus avantageux pourrait-il faire, que d'obliger le monde entier d'être juste, excepté lui seul, en sorte que chacun lui rendît fidèlement ce qui lui est dû, et qu'il ne

1. C'est du beau moral qu'il est ici question. Quoi qu'en disent les philosophes, cet amour est inné dans l'homme, et sert de principe à la conscience. Je puis citer en exemple de cela la petite pièce de Nanine, qui a fait murmurer l'assemblée, et ne s'est soutenue que par la grande réputation de l'au-

la vertu, les purs sentiments de la nature, y sont préférés à l'impertinent préjugé des conditions. (Note de Rousseau.) — Nanine (1749) est une pièce larmoyante de Voltaire, dans le goût de La Chaussée, dont le dénouement (le mariage d'un grand seigneur avec une paysanne) choquait les préjugé»

teurj et cela parce que l'honaeurj aristocratiques.

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rendît ce qu'il doit à personne? 11 aime la vertu, sans doute ; mais il l'aime dans les autres, parce qu'il espère en tipofïlfer; il n'en veut point pour lui, parce qu'elle lui serait ^^^oùteuse. Que va-t-il donc voir au spectacle? Précisément ce qu'il voudrait trouver partout; des leçons de vertu pour le public, dont il s'excepte, et des gens immolant tout à leur devoir, tandis qu'on n'exige rien de lui. 1

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LE « MISANTHROPE » DE MOLIÈRE. U . / 3 î^i^ PriCdU ^^U-^i-ÎM^^-^ ^^^i-^Tt^H*^/^

Je trouve que cette comédie nous découvre mieux qu'aucune autre la véritable vue dans laquelle Molière a composé son théâtre, et nous peut mieux faire juger de ses vrais effets. A^nt à plaire au public, il a consulté le goût le plus général de ceux qui le copiposent. : sur ce goût il s'est formé un modèle, et sur ce modèle un tableau des défauts contraires, dans lequel il a pris ses (;ir;ulèrt^ comiques, et dont il a distribué les divers Iniils (l;uis ses pièç£5. H n'a donc point prétendu former un lioiinMe homme, mais un homme du monde, par conséquent il n'a point voulu corriger les vices, mais les ridicules: et, comme j'ai déjà dit, il a trouvé dans le vice même ur» instrument très propre à y réussir*. Ainsi, voulant exposer à la risée pubUgue tous les défauts opposés aux qualités de l'homme aimable, de l'homme de société, après avoir joué tant d'autres ridicules.

1 . Il a dit plus haut : « Examinez le comique de cet auteur : partout vous trouverez que les vices de curaclèie en sont l'instrument, et les dérauts naturels le sujet; que la malice de l'un punit la simpli-

cité de l'autre, et que les sots sont les victimes des méchants. » (Par exemple M. Jourdain escroqué par Dorante, Argantc et Géronle pur Scapin, Georfço Dandin t)'ompc pat Angélique, etc.)

XA MO LjcAJ^^ ,^|XTRAITS DE J.-j'. JROUSSEAU. (tu ,^.,uu^

^'""^^^'^^vè^a^lomT celurque le monde pardonne le moins,

Ile ridicule de la vertu : c'est ce qu'il a fait dans le Misanthroj^.

Vous ne sauriez me nier deux choses : l'une, qu'AlcÊgj^', dans cette pièce, est un homme droit, sincère, estirnable, un véritable homme de bien ; l'autre, que Fauteur, lui donne un personnage ridicule. C'en est a'^sez, ce me semble^poyr rendre Molière inexcusable. On pourrait dire qu'il a joué dans Alceste, non la vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes. A cela je réponds qu'il n'est pas vrai qu'il ait donné cette haine à son personnage : il ne faut pas que ce nom de misanthrope en impose, comme si celui qui le porte élait ennemi du genre humain. Une pareille haine ne serait pas un défaut, mais une dépravation de la nature et le plus grand de tous les vices. Le vrai misanthrope est un monstre. S'il pouvait exister, il ne ferait pas rire, il ferait horreur. Vous pouvez avoir vu à la Comédie-Italienne une pièce intitulée la Vie est un songe. Si vous vous rappelez le héros de cette pièce, voilà le vrai misanthrope *.

Qu'est-ce donc que le misanthrope de Molière? Un homme de bien qui déleste les mœurs de son siècle et la méchancflé (le ses cuiilenipoiaiiis; qui, précisément parce qu'il aime ses semblables, hait en eux les maux qu^s se font réciproquement et les vices dont ces maux sont l'ouvrage. S'il était moins touché des erreurs de l'humanité, moins indigné des iniquités qu'il voit, serait-il plus humain lui-

1. !N'oul)lions pas, pour comprendre les senliinents de Rousseau sur l'Alceste de Molière, qu'il a luimême la prétention d'être un véritable Alceste, — moins le ridicule, bien entendu.

2 Pièce du i'épertoire italien (au-

teur inconnu), représentée en 1717.

Le héros de cette pièce étrangement romanesque est un jeu;ie prince, élevé en prison ])endiint vingt ans, et qui a contracté dans celte captivité une liainc violente monstrueuse, du genre humain.

LETTRE A DALEMBERT, 41

même? Aulanl vaudrait soiiloiiir qu'un tendre père aime mieux les enfans d'aulrui que les siens, parce qu'il s'irrite d's fautes de ceux-ci, et ne dit jamais rien aux autres. ^-^

Os sentiments du misantiirope sont parlaitement développais dans son rôle. Il dit, je l'avoue, qu'il a conçu une haine eflroyable contre le genre humain. Mais en quelle occasion le dit-il»? Quand, outré d'avoir vu son ami trahir lâchement son sentiment et tromper l'homme qui le lui demande, il s'en voit encore plaisanter lui-même au plus fort de sa colère, il est naturel que cette colère dégénère en emportement et lui fasse dire alors plus qu'il ne pense de sang-froid. D'ailleurs la raison qu'il rend de cette haine universelle en justilie pleinement la cause :

« Les uns parce qu'ils sont méchants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants. »

Ce n'est donc pas des hommes qu'il est ennemi, mais de 1 la méchanceté des uns et du support que cette méchan- l

1. J'avertis qu'étant sans livros, sans mémoire. pI n'ayant ponr tous mati'îriaux qu'un rouTus souvenir des observations que j'ai faites autrefois au spectacle, je puis me tromper dans mes citations et renverser l'ordre des pièces. Mais quand mes exemples seraient peu justes, mes raisons ne le seraient pas moins, attendu qu'elles ne sont point tirées de telle ou de lolle pièce, mais de l'esprit général du tliéAtre, que j'ai bien étudié. (Noie de Rousseau.) — Ses souvenirs en cfTet sont inexacts. I.a boutade ti'AIcestc est dans la première scène, et non dans celle du sonnet. Lr.

vrai texte du vers cité d1u.s bas est :

« Les uns parce qu'ils sont m^'chants et [malftiisants. »

Housseau venait, quand il écrivit sa Lettre à d'Alembert, de quitter l'Emiitage, et n'avait pas encore ses livres sous la main dans sa nouvelle babitation de Moniniorency. — 11 allait, dit-il dans les Cou fessions, « pendant un biver assez rude, au mois de février », passer tous les jours « deux beures le matin et autant rapi-t>s-dîiiée, dans un donjon tout ouvert ». au bout de son jardin, « sans abri contre le vent et la neige, et sans autre feu qt;e celui de son cœur ». C'est là qu'i.

composa sa Lettre en trois semaines.

icpté trouve dans les autres. S'il n'y avaU, ni fripons ni flatliMus il aimerait tout le genre humain. Il n'y a pas un homme de bien qui ne soit misanthrope en ce sens; ou plutôt les vrais misanthropes sont ceux qui ne pensent pas ainsi; car, au fond, je ne connais point de plus grand ennemi des hommes que l'ami de tout le monde, qui, toujours charmé de tout, encourage incessamment les méchants, et flatte par sa coupable complaisance, les vices d'où naissent tous les désordres de la société.

Une preuve bien sûre qu'Alceste n'est point misanthrope à la lettre, c'est qu'avec ses brusqueries et ses incartades il ne laisse pas d'intéresser et de plaire. Les spectateurs ne voudraient pas à la vérité lui ressembler, parce que tant de droiture est fort incommode; mais aucun d'eux ne serait fâché d'avoir affaire à quelqu'un qui lui ressemblât : ce qui n'arriverait pas s'il était l'ennemi déclaré des hommes. Dans toutes les autres pièces de Molière, le personnage ridicule est toujours haïssable ou méprisable. Dans celle-là, quoique Alceste ait des défauts réels dont on n'a pas tort de rire, on sent pourtant au fond du cœur un respect pour lui dont on ne peut se défendre. En cette occasion, la force de la vertu l'emporte sur l'art de l'auteur et fait honneur à son caractère. Quoique Molière fit des pièces répréhensibles, il était personnellement honnête homme; et jamais le pinceau d'un honnête homme ne sut couvrir de couleurs odieuses les traits de la droiture et de la probité. Il y a plus : Mohère a mis dans la bouche d'Alceste un si grand nombre de ses propres maximes, que plusieurs ont cru qu'il s'était voulu peindre lui-même. Cela parut dans le dépit qu'eut le parterre à la première représentation de n'avoir pas été, sur le sonnet, de l'avis du misanthrope : car on vit bien que c'était celui de l'auteur. I Cependaiit ce..caractère si vertueux est présenté conime

ridicule. Il Test en elTet, à certains ég.irds; et ce qui dé- 1 montre que l'intention du ppèle est bien de le rendre tel. \ c est celui de l'ami Philinte. (^u'il met en opposition avec ) le sien. Ce Philinte est le sage de la pièce ; un de ces honnêtes gens du grauTlîionde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons; de ces gens si doux, si modérés, qui trouvent toujours (|ue tout va bien, parce qu'ils ont intérêt que rien n'aille mieux; qui sont toujours conl^nts de tout le monde,, parce qu'ils ne se soucient de personne; qui, autour d'une bonne table, sdiiliennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait laiiii; (jiii, le gousset bien garni, trouvent fort mauvais qu'on déclame en faveur des pauvres; qui, de leur maison bien fermée, verraient voler, piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre, attendu que Dieu les a doués d'une douceur très méritoire à supporter les malheurs d'autrui '.

On voit bien que le flegme raisonneur de celui-ci est très propre à rédoubler et faire sortir d'une manière comique les emportements de l'autre; et le tort de Molière n'est pas d'avoir fait du misanthrope un homme colère et bilieux, mais de lui avoir donné des fureurs puériles sur des sujets qui ne devaient pas l'émouvoir. Lecaractère du misanthrope n'est pas à la disposition du poète ; il est déterminé par la nature de sa passion dominante. Cette passion e^jin^ violente haine du vice, née d'un amour ardent p»"r la vertu, et aigrie par l'? fjpftr.tarlp i^i>n<iniipl dft la nn4ph^nr,p»«^ des hommes. 11 n'y a donc qu'une âme grande et noble qyi en soit susceptible. L'horreur et le mépris qu'y nourrit cette

I. Ce Philinte ne rossembic puèrc à celui de Molière, qui esl l'i tout le moins un Turt i)un homme, un peu «réplique, mais nullement égoïste. Mais Rousseau, qui su reconnaîl dans Alccste, re-

trouve aussi dans PhiliDle, à Iravers des souvenirs peu fidèles, son ancien ami Grimm (Voy. Introd., p. xxxni). dont il nous avertit luimr^me qu'il j inséré le portrait dans ce passage.

même passion pom^ tous les vices qui l'ont irritée sert encore à les écarter du cœur qu'elle agite. l)e plus, cette contemplation continuelle des désordres de la société le détache de lui-même pour fixer toute son attention sur le genre humain. Cette habitude élève, agrandit ses idées, détruit en lui les inclinations basses qui nourrissent et concentrent l'amour-propre ; et de ce concours naît une certaine force de courage, une fierté de caractère qui ne laisse prise au fond de son âme qu'à des sentiments dignes de l'occuper.

Ce n'est pas que l'homme ne soit toujours homme; que la passion ne le rende souvent faible, injuste, déraisonnable; qu'il n'épie peut-être les motifs cachés des actions des autres avec un secret plaisir d'y voir la corruption de leurs cœurs; qu'un petit mal ne lui donne souvent une grande colère, et qu'en l'irritant à dessein un méchant adroit ne pût parvenir à le faire passer pour méchant luimême : mais il n'en est pas moins vrai que tous moyens ne sont pas bons à produire ces effets, et qu'ils doivent être assortis à son caractère pour le mettre en jeu, sans quoi, c'est substituer un autre homme au misanthrope, et nous le peindre avec des traits qui ne sont pas les siens.

Voilà donc de quel côté le caractère du misanthrope doit porter ses défauts; et voilà aussi de quoi Molière fait un usage admirable dans toutes les scènes d'Alceste avec son ami, où les froides maximes et les railleries de celui-ci, démontant l'autre à chaque instant, lui font dire mille impertinences très bien placées : mais ce caractère âpre et dur, qui lui donne tant de fiel et d'aigreur dans l'occasion, l'éloigné en même temps de tout chagrin puéril qui n'a nul fondement raisonnable, et de tout intérêt personnel trop vif, dont il ne doit nullement être susceptible. Qu'il s'emporte sur tous les désordres dont il n'est que le témoin, ce

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^-rev-^'-V ^^LETTRE A D'ALEMBERT. '^ 4.5

sont toujours de nouveaux traits au tableau ; mais qu'il soit

froid sur celui qui s'adresse directement à lui : car, ayant déclaré la guerre aux méchants, il s'attend bien qu'ils la lui feront à leur tour. S'il n'avait pas prévu le mal que lui fera franchise, elle serait une étourderie et non pas une

sa

vertu. Qu'une femme fausse le trahisse, qued'indignes amfs le déshonorent, que de faibles amis l'abandonnent, il doit le souffrir sans en murmurer : il connaît les hommes'.

Si ces distinctions sont justes, Mohère a mal saisi le [ misanthrope. Pense-ton que ce soit par erreur? Non, sans doute. J[ais voilà par où le désir de faire rire aux dépens du \ personnage l'a forcé de le dégrader contre la vérité du ! caractère.

Après l'aventure du sonnet, comment Alceste ne s'attendil point aux mauvais procédés d'Oronte? Peut-il en être étonné quand on l'en instruit, comme si c'était la première fois de sa vie qu'il eût été sincère, ou la première fois que sa sincérité lui eût fait un ennemi ? Ne doit-il pas se préparer tranquillement à la perte de son procès, loin d'en marquer d'avance un dépit d'enfant?

« Ce sont vingt niillo francs qui! m'en pourra coûter; ,^ Mais pour vingt mille francs j'aurai droit de pester. » /ÙA-Cfr''*^

Un misanthrope n'a que faire d'acheter si cher le droit de pester, il n'a qu'à ouvrir les yeux, et il n'estime pas assez l'argent pour croire avoir acquis sur ce point un nouveau droit par la perte d'un procès. Mais il fallait faire rire le parterre.

Dans la scène avec Dubois, plus Alceste a de sujet de

1. Il est clair quo Rousseau pn'-lenii se dépeindre ainsi iui-inénie, Iraiii par Mme d'Épinay et par

Grimm, ahandonnt' par Diderot, Saint-Lambert et autre?. — Voy.

Introd., p. XXXIII ctsuiv.

iQ ", JT EXIBMTS DE J.-J. ROUSSEAU. ^

s'impatienter; plus il doit rester flegmatique et froid, parce que l'étourderie du valet n'est pas un vice. Lejmisanthrope et l'JK)mnie emporté sont deux caractères très-difFérents : c'était là l'occasion de les distinguer*. Molière ne l'ignorait pas. Mais il fallait faire rire le parterre.

Au risque de faire rire aussi le lecteur à mes dépens, j'ose accuser cet auteur d'avoir manqué de très-grandes convenances, une très grande vérité, et peut-être de nouvelles beautés de situation ; c'était de faire un tel changement h son plan, que Philinte entrât comme acteur nécessaire dans le nœud de sa pièce, en sorte qu'oiij)ût mettre les actions de Philinte et d'Alceste dlana-Jine apparente opposition avec leurs principes, et dans ujie conformité parfaite avec leurs caractères. Je veux dire qu'il fallait que le misanthrope fût toujours furieux^ conti'e. fej vices publics, et toujours tranquille sur les méchanceté? personnelles dont il était la victime. Au contraire, le philosophe Philinte devait voir tous les désordres de la I société avec un flegme stoïque, et se mettre en fureur au moin- \ dre mal qui s'adressait directement à lui. En effet, j'observe que ces gens si paisibles sur les injustices publiques sont toujours ceux qui font le plus de bruit au moindre tort qu'on leur fait, et qu'ils ne gardent leur philosophie qu'aussi longtemps qu'ils n'en ont pas besoin pour eux-mêmes. Ils ressemblent à cet Irlandais qui ne voulait pas sortir de son lit, quoique le feu fût à la maison. « La maison brûle, lui criait-on. — Que m'importe? répondait-il, je n'en suis que le locataire. » A la fin le feu pénétra jusqu'à lui. Aussitôt il s'élance, il court, il crie, il s'agite; il commence à comprendre qu'il faut quelquefois prendre intérêt à la maison Iqu'on habite, quoiqu'elle ne nous appartienne pas.

1. Comme si un misanthrope, l vait avoir un mouvement d'impalarf ait honnête homme, ne pou- | tience!

LETTRE A D'ALEMBERT

Il me semble qu'en traitant les caractères en question sur cette idée, chacun des deux eût été plus vrai, plus théâtral, et que celui d'Alceste eût lait incomparablement plus d'eflet, mais le parterre alors n'auroit pu rire qu'ajjx J (lépens de l'homme du monde; et l'intention de l'auteur^ étnitjjirftq pt aux dépfps du misanthrope*.

Dans la même vue, il lui fail tenir (pielquefois des propos d'humeur d'un },^oût tout contraire à celui qu'il lui donne. Telle est cette pointe* de la scène du sonnet,

a La peste de ta chute, empoisonneur au diable! En eusses-tn fait une à te casser le nez! »

pointe d'autant plus déplacée dans la bouche du misanthrope, qu'il vient d'en critiquer de plus supportables dans le sonnet d'Oronte, et il est bien étrange que celui qui la fait propose un instant après la chanson du roi Henri pour un modèle de goût*. 11 ne sert de rien de dire que ce mot échappe dans un moment de dépit; car le dépit ne dicte rien moins que des pointes; et Alceste, qui passe sa vie à gronder, doit avoir pris, même en grondant, un ton conforme à son tour d'esprit :

« Morbleu ! vil complaisant ! vous louez des sottises ! »

C'est ainsi que doit parler le misanthrope en colère. Jamais une pointe n'ira bien après cela. Mais il fallait faire rire le parterre; et voilà comment on avilit la vertu. Une chose assez remarquable, dans cette comédie, est

1 (Iftio ni.M- (II- \iii'vei a été recupillic pnr Fal)re (l'Fi^îlanline, autour <lu nhilinle de Molière (1790).

Mais Fabre y a mélc la politiqur :

son Pliilinte est un • inf&mc modé-

ré ». — Cette comédif, d'ailleurs, est «l'un slyl»; déploral)l(».

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