C'est que Philintc n'a pas l'idée d'un juircil srru|»ule
i. Sous forme de vive a|)ostro|thc.
— Cot emploi du ycrhc apostropher
est unique. Ne doit-oa pas <;upposot une faute dans le tnxte, cl liiv : la censure intrépide «le lu couver»alion ..
cl la véliémenlt' (tiH)stroph<:...'>
cette scène, parce qu'il est là ce qu'il doit être, et que s'il fait rire le parterre, les honnêtes gens ne rougissent pas d'avoir ri.
Mais, en général, on ne peut nier que, si le misanthrope était plus misanthrope, il ne fût beaucoup moins plaisant, parce que sa franchise et sa fermeté, n'admettant jamais de détour, ne le laisseraient jamais dans l'embarras. Ce n'est donc pas par ménagement pour lui que l'auteur adoucit quelquefois son caractère, c'est au contraire pour le rendre plus ridicule. Une autre raison l'y oblige encore, c'est que le misanthrope de théâtre, ayant à parler de ce qu'il voit, doit vivre dans le monde, et par conséquent tempérer sa droiture et ses manières par quelques-uns de ces égards de mensonge et de fausseté qui composent la politesse, et que le monde exige de quiconque y veut être supporté. S'il s'y montrait autrement, ses discours ne feraient plus d'effet. L'intérêt de l'auteur est bien de le rendre ridicule, mais non pas fou; et c'est ce qu'il paraîtrait aux yeux du public,^'il était tout à fait sage.
On a peine à quitter cette admirable pièce quand on a commencé de s'en occuper; et, plus on y songe, plus on y découvre de nouvelles beautés ^ Mais enfin, puisqu'elle est, sans contredit, de toutes les comédies de Molière, celle qui contient la meilleure et la plus saine morale, sur celle-là jugeons des autres; et convenons que, l'intention de l'auteur étant de plaire à des esprits corrompus, ou sa morale porte au mal, ou lejaux bienju'elle prêche est plus dangereux que le mal même; en ce qu'il séduit paTïïne apparence de raison ; en ce q^iTiî fait préférer fûsage et les maximes du monde à l'exacte probité; en ce'.qu'iU fait consister la sagesse dans un certain milieu entre le vice et
1. Rousseau homme de goût admire: Rousseau misanthrope regimbe.
LETTRE A D'ALEMBERT
la vertu i qi\ ce qu'au grand soulngoniouf dos spectateurs, il leur persuade ([uc, pour èli-e lionnète lionune, il suffit de n'être pas un Iranc scélérat.
(ZaÂ^ iirf^ les montagnons.
i^fr^
Je me souviens d'avoir vu dans ma jeunesse*, aux environs de Neufchâtel, un spectacle assez agréable et peut-être unique sur la terre, une montagne entière couverte d'habitations dont chacune fait le centre des terres qui en dépendent; en sorte que ces maisons, à distances aussi égales que les fortunes des propriétaires, olTrent à la fois aux nombreux habitants de cette montagne le recueillement de la retraite et les douceurs de la société. Ces heureux paysans, tous à leur aise, francs de tailles, d'impôts, de subdélégués*, de corvées, cultivent avec tout le soin possible des biens dont le produit est pour eux, et emploient le loisir que cette culture leur laisse à faire mille ouvrages de leurs mains, et à mettre à profit le génie inventif que leur donna la nature. L'hiver surtout, temps où la hauteur des neiges leur ôte une communication facile, chacun renfermé bien chaudement, avec sa nombreuse famille, dans sa jolie et propre maison de bois' qu'il a bâtie lui-même, s'occupe