DE L'ABBÉ DE SAINT-PIERRE
(Ouvrage poslhume.)
NOTICE
I/ahbé de Snint-Picrrc, l'aimable rêveur et philanthrope, était mort plus qu'octogénaire en 1745. Rousseau avait donc eu le temps de le connaître, mais tout à fait sur le tard, et fort peu. M"" Dupin, qui s'était engouée du bon abbé, eut l'idée que son fatras aurait chance de n'être pas oublié, si Rousseau consentait a le présenter au public, abrégé et digéré; à en donner, comme on disait alors, l'Extrait. Elle lit entrer dans ses vues, en 4754, le comte de Saint-Pierre, neveu de l'abbé; et voilà comment Rousseau reçut en dépôt tous les papiers laissés par le fécond écrivain. Il se pro}X)sait d'en tirer deui volumes, précédés d'une biographie de l'auteur.
Rousseau, n<)us le savons de reste, donnait, lui aussi, dans l'utopie, particulièrement dans l'utopie politique. L'abbé croyait à la toute-puissance de la raison, en quoi il était bien de son siècle; Rousseau croyait à celle du sentiment. Leur manière de réformer le monde n'était donc pas identique, et avec beaucoup d'estime pour le caractère cl les intentions de l'abbé, Rousseau éprouvait une répugnance bien naturelle ù l'éditer sans le réfuter. Mais le pouvait-il sans désobliger les personnes qui attendaient de lui tout autre chose? Et enfin, n'y avait-il pas danger pour lui à publier contre le gouveinement frainais, même sous le couvert d'autrui, certaines censures qui, ch(>z le bon abbé lui-même, n'avaient pas été jugées innocentes? V»)ilà pourquoi le projet n'eut pas de suite.
La seule partie qui parut du vivant de Rousseau fut VExtrait de la paix perpétuelle (17G1], vendu deux louis à un certain M. de Bastide. Le jugement sur cet ouvrage demeura inédit, de même que l'extrait et le jugement de la Polysynodie. Et c'est à quoi se borna le travail de Rousseau.