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C'est ce dont il ne pouvait se

répondre en proposant un dictateur, n'osant se nommer lui-même, cl ne pouvant s'assurer que son collèg-ue le nommerait. (Note de Rousseau.)

nu CONTHAT SOCIAL. 113

mission soit conférée, il importe d'en fixer la durée à un terme très court, qui jamais ne puisse être prolongé. Dans les crises qui la font établir, l'État est bientôt détruit ou sauvé; et, passé le besoin pressant, la dictature devient tyrannique ou vaine, A Rome, les dictateurs ne l'étant que pour six mois, la plupart abdiquèrent avant ce terme. Si le terme eût été plus long, peut-être eussent-ils été tentés de le prolonger encore, comme firent les décemvirs de celui d'une année. Le dictateur n avait que le temps de pourvoir au besoin qui l'avait fait élire; il n'avait pas celui de songer à d'autres projets.

(Livre IV, cliap. vu.)

P'OTICE

Cet ouvrage est peut-être le chef-d'œuvre de Rousseau. C'est celui quil jugeait lui-même le plus imporlaul de tous. C'est assurément celui où il a le plus remué d'idées, exposé le plus largement les principes de sa philosophie, et dont l'action sur son siècle a été la plus décisive. Des deux autres grands ouvrages de doctrine qu'il avait conçus, l'un, les Inslitiilions pnliliques, ne nous est connu que par le Contrat social, qui en devait former une section ; l'autre, la Morale sensilivc, n'a jamais été exécuté; mais l'idée maîtresse qui devait le remplir, — la toute-puissance exercée sur la vie morale par les circonstances extérieures et les habitudes acquises, — est aussi colle qui inspire tout le traité de rfJrfMca/Zon. Tout système d'éducation repose en effet nécessairement sur une théorie de la nature de l'homme, de ses facultés et de ses devoirs. VÉtnile contient, eu outre, sous le titre de Profession de foi du vicaire savoyard, le morceau célèbre dans lequel Rousseau nous fait connaître sa philosophie religieuse. Cela forme un ensemble de questions capitales, traitées avec le sentiment d'une grande tûche à remplir : « J'ai satisfait mon cœur, dit-il, en rendant honunage à la vérité. Eu parlant aux hommes pour leur vrai bien, en rendant gloire y Dieu, en arrachant aux préjugés du vice l'autorité de la raison, je me suis mis en état, en quittant la vie, de rendre à l'auteur de mon être compte des talents qu'il m'avait confiés. »

L'Emile est donc d'un grand prix. C'est une œuvre de pleine maturité: tout ce qui sentait l'école ou le procédé dans les précédents écrits de Rousseau, — déclamation, fausse sensibilité,

lit) EXTRAITS DE J.-J. ROUSSEAU.

— en a presque absolument disparu. Le style en est abondant, châtié; tour à tour, suivant les sujets, aisé, gracieux, puissant, mais toujours simple, solide, exactement modelé sur l'idée. Que manque-t-il donc à YÉmile pour être, au point de vue de lart, un véritable et parfait modèle? Ce qui manque à presque toutes les grandes œuvres du xviii* siècle, à VEspril des lois, à l'Histoire naturelle, au Siècle de Louis XIV : la composition. Rousseau s'en est bien aperçu. Il avoue souvent que les digressions l'attirent, que la marche de sa démonstration languit. Dans Y Esprit des lois, l'abus des subdivisions nuisait à l'harmonie de l'œuvre, en morcelait l'unité, en détruisait les proportions. Ici c'est l'abus contraire : trop peu de divisions et de repos, quelque chose de trop compacte, l'accessoire et le principal sur le môme plan, un manque de perspective et d'agencement. Rousseau poussait le scrupule à l'extrême (V. Cousin l'a montré dans un article célèbre*) pour choisir l'expression la plus propre à rendre la nuance exacte de sa pensée ; mais il ne savait pas faire un livre, et il semble cette fois en avoir pris son parti, peut-être au fond par négligence, peut-être aussi par une certaine fierté dédaigneuse, et pour ne point rendi^e au lecteur la tâche trop facile : le sujet valait bien qu'on se donnât la peine de suivre l'allure de l'auteur et tous les détours de sa démonstration. « Lecteurs, dit-il, à plusieurs reprises, j'entends vos murmures et je les brave. » Son affaire était, non d'amuser, mais de convaincre.

La division en cinq livres, d'étendue fort inégale, est la seule que l'auteur ait adoptée.

Le premier traite du nouveaU-né, du nourrisson. C'est là que se trouvent les passages bien connus en faveur de l'allaitement maternel et contre l'emmaillotement. « L'éducation de l'homme commence à sa naissance. » 11 importe donc que, dès le début, elle soit soustraite au hasard- Aussi le précepteur entre-t-il aussitôt en fonctions : il suiveille la nourrice d'Emile et l'empêche d'altérer chez le nourrisson, soit par incurie, soit plutôt par des soins intempestifs, le développement normal des premières sensations et des premières habitudes. Quand enfin l'enfant sait parler, manger et marcher, quand il peut sans danger

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