‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 74 sur 196 · Les enfants · texte numérisé non relu

Les enfants

ou au désir sans raison ' ; car la failtaisie ne les tourmentera point quand on ne l'aura pas fait naitre, attendu qu'elle n'est pas de la nature. Troisième maxime.

!l faut étudier avec soin leur langage et leurs signes, afin que, dans un âge où ils ne savent point dissimuler, on distingue dans leurs désirs ce qui vient immédiatement de la nature et ce qui vient de l'opinion. Quatrième maxime.

L'esprit de ces règles est d'accorder aux enfants plus de liberté véritable et moins d'empire, de leur laisser plus faire par eux-mêmes et moins exiger d'autrui. Ainsi, s'accoutumant de bonne heure à borner leurs désirs à leurs forces, ils sentiront peu la privation de ce qui ne sera pas en leur pouvoir.

Voilà donc une raison nouvelle et très importante pour laisser les corps et les membres des enfants absolument libres, avec la seule précaution de les éloigner du danger des chutes, et d'écarter de leurs mains tout ce qui peut les blesser.

Infailliblement un enfant dont le corps et les bras sont libres pleurera moins qu'un enfant embandé dans un maillot. Celui qui ne connaît que les besoins physiques ne pleure que quand il souffre, et c'est un très grand avantage, car alors on sait à point nommé quand il a besoin de secours, et l'on ne doit pas tarder un moment à le lui donner, s'il est possible. Mais, si vous ne pouvez le soulager, restez tranquille, sans le flatter pour l'apaiser; vos caresses ne guériront pas sa colique; cependant il se souviendra de ce qu'il faut faire pour être flatté ; et s'il sait une fois vous occuper de lui à sa volonté, le voilà devenu votre maître; tout est perdu -.

1. A merveille, mais le discer- 1 2. Rousseau prend plaisir à nous nement en est parfois difficile. | faire entendre ce refrain. A l'eu

Moins contrariés dans leurs mouvements, les enfants pleureront moins; moins importuné de leurs pleurs, on se tourmentera moins pour les faire taire; menacés ou flattés moins souvent, ils seront moins craintifs ou moins opiniâtres et resteront mieux dans leur état naturel. C'est moins en laissant pleurer les enfants qu'en s'empressant pour les apaiser, qu'on leur fait gagner des descentes; et ma preuve est que les enfants les plus négligés y sont bien moins sujels que les autres. Je suis fort éloigné de vouloir pour cela qu'on les néglige ; au contraire, il importe qu'on les prévienne et qu'on ne se laisse pas avertir de leurs besoins par leurs cris. Mais je ne veux pas non plus que les soins qu'on leur rend soient mal entendus. Pourquoi se feraient-ils faute de pleurer dès qu'ils voient que leurs pleurs sont bons à tant de choses? Instruits du prix qu'on met à leur silence, ils se gardent bien de le prodiguer. Ils le font à la fin tellement valoir qu'on ne peut plus le payer; et c'est alors qu'à force de pleurer sans succès ils s'eflbrcent, s'épuisent et se tuent.

Les longs pleurs d'un enfant qui n'est ni lié ni malade et qu'on ne laisse manquer de rien, ne sont que des pleurs d'habitude et d'obstination. Ils ne sont point l'ouvrage de la nature, mais de la nourrice, qui, pour n'en savoir endurer l'importunité, la multiplie, sans songer qu'en faisant laiie l'enfant aujourd'hui, on l'excite à pleurer demain livantage.

Le seul moyen de guérir ou de prévenir cette habitude est de n'y faire aucune altention. Personne n'aime à pren-

luiif, cli;ii|Uf faux |ias dans l'nluition serait irréparable. A ce

ijiiiple, il n'y aurait pas plus d'éducaliuns salutaires que d'éducateurs iufaiilihles. — Je crois, ne lui

déplaise, qu'il n'y a pas d'inconvénient à soulager par des caresses un enfant qui souffre, faute de l>ouvoir le guérir : l'éducation reprendra plus tard ses droits.

dre une peine inutile, pas même les enfants. Ils sont obslinés dans leurs tentatives; mais, si vous avez plus de constance qu'eux d'opiniâtreté, ils se rebutent et n'y reviennent plus. C'est ainsi qu'on leur épargne des pleurs, et qu'on les accoutume à n'en verser que quand la douleur les y force. Au reste, quand ils pleurent par fantaisie ou par obstination, un moyen sûr pour les empêcher de continuer est de les distraire par quelque objet agréable et frappant, qui leur fasse oublier qu'ils voulaient pleurer. La plupart des nourrices excellent dans cet art, et, bien mén/igé, il est très utile : mais il est de la dernière importance que l'enfant n'aperçoive pas l'intention de le distraire, et qu'il s'amuse sans croire qu'on songe à lui : or, voilà sur quoi toutes les nourrices sont maladroites'.

(Livre I.)

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