LES FABLES DE LA FONTAINE SONT -ELLES UN LIVRE ENFANTIN
Le Corbeau et le Renard.
S'il n'y a point de science de mots, il n'y a point d'étude propre aux enfants. S'ils n'ont pas de vraies idées, ils n'ont point de véritable mémoire; car je n'appelle pas ainsi celle
1. C'est qu'il est difficile de tromper l'enfant. Rousseau abuse de ce moyen, médiocrement moral, et d'un emploi toujours dangereux.
2. Il n'est guère de passage où Jean-Jacques ait accumulé plus
d'ingénieux sophismes, ait mieux montré combien est insuffisante chez lui la faculté d'observation. Voir la judicieuse critique qu'en a faite Saint-Marc Girardin, La Fontaine et les Fabulistes, xx* leçon
jui ne retient que des sensations. Que sert d'inscrire dans leur tète un catalogue de signes qui ne représentent rien pour eux? En apprenant les choses, n'apprendront-ils pas les signes? Pourquoi leur donner la peine inutile de les apprendre deux fois? Et cependant quels dangereux préjugés ne commence-t-on pas à leur inspirer, en leur faisant prendre pour de la science des mots qui n'ont aucun sens pour eux! C'est du premier mot dont l'enfant se paye, c'est de la première chose qu'il apprend sur la parole d'autrui, sans en voir l'utilité lui-même, que son jugement est perdu* : il aura longtemps à briller aux yeux des sots avant qu'il répare une telle perte.
Non, si la nature donne au cerveau d'un enfant cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d'impressions, ce n'est pas pour qu'on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géo. graphie, et tous ces mots sans aucun sens pour son âge et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit*, dont on accable sa triste et stérile enfance; mais c'est pour que toutes les idées qu'il peut concevoir et qui lui sont utiles, toutes celles qui se rapportent à son bonheur' et doivent l'éclairer un jour sur ses devoirs, s'y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire pendant sa vie d'une manière convenable à son être et à ses facultés.
Sans étudier dans les livres, l'espèce de mémoire que peut avoir un enfant ne reste pas pour cela oisive; tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend le frappe, et il s'en souvient;