‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 82 sur 196 · Si, comme Emile, il n'a pas la moindre idée de Dieu · texte numérisé non relu

Si, comme Emile, il n'a pas la moindre idée de Dieu

3. Tout maître qui sait causer avec Tenfant possède celte philosophie-là.

EMILE OU DE L'ÉDUCATION. 14î)

que, quand ils sont en élat d'en faire l'application, ils en font presque toujours une contraire à l'intention de l'auteur, et qu'au lieu de s'observer sur le défaut dont on veut les guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. Dans la fable précédente des enfants se moquent du corbeau, mais ils s'affectionnent tous au renard; dans la fable qui suit* vous croyez leur donner la cigale pour exemple 2; et point du tout, c'est la fourmi qu'ils choisiront 5. On n'aime point à s'immilier : ils prendront toujours le beau rôle; c'est le choix de l'amour-propre, c'est un choix très naturel. Or, quelle iiorrible leçon pour l'enfance ! Le plus odieux de tous les monstres serait un enfant avare et dur, qui saurait ce qu'on lui demande et ce qu'il refuse. La fourmi fait plus encore, elle lui apprend à railler dans ses refus.

Dans toutes les fables où le lion est un des personnages, comme c'est d'ordinaire le plus brillant, l'enfant ne manque point de se faire lion ; et quand il préside à quelque partage, bien instruit par son modèle, il a grand soin de s'emparer de tout. Mais, quand le moucheron terrasse le lion, c'est une autre alfaire; alors l'enfant n'est plus lion, il est moucheron. Il apprend à tuer un jour à coups d'aiguillon ceux qu'il n'oserait attaquer de pied ferme.

Dans la fable du loup maigre et du chien gras, au lieu d'une leçon de modération qu'on prétend lui donner, il en prend unedelicence,jen'oublieraijamais d'avoir vu beaucouj) pleurer une petite fille qu'on avait désolée avec cette fable, tout en lui préchant toujours la docilité. On eut peine à savoir la cause de ses pleurs : on la sut enfin. La pauvre

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