‹ ExtraitsChapitre 19 sur 95 · ULTIMA VERBA · texte numérisé non relu

ULTIMA VERBA

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche, Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau, Je vous embrasserai dans mon exil farouche, Patrie, ô mon autel ! liberté, mon drapeau I

Mes nobles compagnons, je garde votre culte ; Bannis, la république est là qui nous unit. J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ; Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !

Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre, La voix qui dit : malheur! la bouche qui dit : non! Tandis que tes valets te montreront ton Louvre, Moi, je te montrerai, césar, ton cabanon.

Devant les trahisons et les têtes courbées, Je croiserai les bras, indigné, mais serein. Sombre fidélité pour les choses tombées, Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !

Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste, O France ! France aimée et qu'on pleure toujours, Je ne reverrai pas ta terre douce et triste, Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente, France ! hors le devoir, hélas ! j'oublîrai tout. Parmi les éprouvés je planterai ma tente. Je resterai proscrit, voulant rester debout.

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme, Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme, Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ; S'il en demeure dix, je serai le dixième ; Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!

Jerse}-, 2 décembre 1852.

XES CONTEMPLATIONS

Page 1