LE REVENANT
Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus. Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus, Parfois au même nid rend la même colombe. O mères, le berceau communique à la tombe. L'éternité contient plus d'un divin secret.
La mère dont je vais vous parler demeurait
ABlois; je l'ai connue en un temps plus prospère;
Et sa maison touchait à celle de mon père.
Elle avait tous les biens que Dieu donne ou permet.
On l'avait mariée à l'homme qu'elle aimait.
Elle eut un fils; ce fut une ineffable joie.
Ce premier-né couchait dans un berceau de soie ; Sa mère l'allaitait: il faisait un doux bruit A côté du chevet nuptial ; et, la nuit, La mère ouvrait son âme aux chimères sans nombre, l'auvre mère, et ses yeux resplendissaient dans l'ombre Quand, sans souffle, sans voix, renonçant au sommeil, Penchée, elle écoutait dormir l'enfant vermeil. Dès l'aube, elle chantait, ravie et toute fière.
Ede se renversait sur sa chaise en arrière,
Son fichu laissant voir son sein gonflé de lait,
Et souriait au faible enfant, et l'appelait
Ange, trésor, amour ; et mille folles choses.
Oh! comme elle baisait ces beaux petits pieds roses;
Comme elle leur parlait ! L'enfant, charmant et nu,
Hiait, et, par ses mains sous les bras soutenu,
Joyeux, de ses genou* montait jusqu'à sa bouche.
-Tremblant comme le daim qu'une feuille effarouche,