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MON ENFANCE

Reine du monde encor sur un débris de trône, Avec une pourpre en lambeaux.

Puis Turin, puis Florence aux plaisirs toujours prête, Naple, aux bords embaumés, où le printemps s'arrête Et que Vésuve en feu couvre d'un dais brûlant, Comme un guerrier jaloux qui, témoin d'une fête, Jette au milieu des fleurs son panache sanglant.

L'Espagne m'accueillit, livrée à la conquête. Je franchis le Bergare, où mugit la tempête; De loin, pour un tombeau je pris l'Escurial; Et le triple aqueduc vit s'incliner ma tète Devant son front impérial.

Là, je voyais les feux des haltes militaires Noircir les murs croulants des villes solitaires; La tente de l'église envahissait le seuil; Les rires des soldats, dans les saints monastères, Par l'écho répétés, semblaient des cris de deuil,

Je revins, rapportant de mes courses lointaines Comme un vague faisceau de lueurs incertaines. Je rêvais, comme si j'avais, durant mes jours, Rencontré sur mes pas les magiques fontaines Dont l'onde enivre pour toujours.

L'Espagne me montrait ses couvents, ses bastilles;

Burgos, sa cathédrale aux gothiques aiguilles;

Irun, ses toits de bois; Vittoria, ses tours;

Et toi, Valladolid, tes palais de familles,

Fiers de laisser rouiller des chaînes dans leurs cours.

Mes souvenirs germaient dans mon àme échauffée; J'allais, chantant des vers d'une voix étouffée; Et ma mère, en secret observant tous mes pas, Pleurait et souriait, disant : C'est une fée

Qui lui parle, et qu'on ne voit pas!

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