‹ ExtraitsChapitre 5 sur 95 · LA FILLE D'O-TAITI · texte numérisé non relu

LA FILLE D'O-TAITI

o Oh ! dis-moi, tu veux fuir ? et la voile inconstante Va bientôt de ces bords t'enlever âmes yeux? Cette nuit j'entendais, trompant ma douce attente, Chanter les matelots qui repliaient leur tente. Je pleurais à leurs cris joyeux.

« Pourquoi quitter notre île ? En ton île étrangère, Les cieux sont-ils plus beaux ? a-t-on moins de douleurs? Les tiens, quand tu mourras, pleureront-ils leur frère ? Couvriront-ils tes os du plane funéraire

Dont on ne cueille pas les fleurs ?

« Te souvient-il du jour où les vents salutaires T'amenèrent vers nous pour la première fois ? Tu m'appelas de loin sous nos bois solitaires, Je ne t'avais point vu jusqu'alors sur nos terres, Et pourtant je vins à ta voix.

« Oh! j'étais belle alors; mais les pleurs m'ont flétrie Reste, ô jeune étranger! ne me dis pas adieu. Ici, nous parlerons de ta mère chérie ; Tu sais que je me plais aux chants de ta patrie, Comme aux louanges de ton Dieu.

« Tu rempliras mes jours; à toi je m'abandonne. Que t'ai-je fait pour fuir? Demeure sous nos cieux. Je guérirai tes maux, je serai douce et bonne, Et je t'appellerai du nom que l'on te donne Dans le pays de tes aïeux.

« Je serai, situ veux, ton esclave fidèle, Pourvu que ton regard brille à mes yeux ravis. Reste, ô jeune étranger ! reste, et je serai belle. Mais tu n'aimes qu'un temps, comme notre hirondelle. Moi, je t'aime comme je vis.

« Hélas! tu veux partir. — Aux monts qui t'ont vu naître, Sans doute quelque vierge espère ton retour.

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