‹ ExtraitsChapitre 56 sur 95 · SCÈNE DE L'EMPOISONNEMENT · texte numérisé non relu

SCÈNE DE L'EMPOISONNEMENT

d'une torture de l'enfer chacun de tes moindres plaisirs, que je n'hésiterais pas, que je ne murmurerais pas, que je serais heureuse, que je baiserais tes pieds, moa Gennaro! Ohl tu ne sauras jamais rien de mon pauvre misérable cœur, sinon qu'il est plein de toi! Gennaro, le temps presse, le poison marche, tout à l'heure tu le sentirais, vois-tu ! encore un p^u, il ne serait plus ternes. La vie ouvre en ce moment deux espaces obscurs devant toi, mais l'un a moins de minutes que l'aatre n'a d'années. Il faut te déterminer pour l'un des deux. Le choix est terrible. Laisse-toi guider par moi. Aie pitié de toi et de moi, Gennaro. Bois vite, au nom du ciel!

GENNARO

Allons, c'est bien. S'il y a un crime en ceci, qu'il retombe sur votre tête. Après tout, que vous disiez vrai ou non, ma vie ne vaut pas la peine d'être tant disputée. Donnez,

Il pread la fiole et boit.

DON'A LUCREZIA

Sauvé! — Maintenant il faut repartir pour Venise de toute la vitesse de ton cheval. Tu as de l'argent?

GENNARO

J'en ai.

DONA LUCREZIA

Le duc te croit mort. Il sera aisé de lui cacher ta [fuite. Attends! Garde cette fiole et porte-la toujours sur toi Dans des temps comme ceux où nous vivons, le poison est de tous les repas. Toi suitout, tu es exposé. Maintenant pars vite.

Lui montrant la porte masquée qu'elle entr'ouvra.

— D.^sc nds par cet escalier. Il donne dans une des cours du palais Negroni. Il te sera aisé de t'évader par là. N'attends pas jusqu'à demain matin, n'attends pas jusqu'au coucher du soleil, n'attends pas une heure, n'attends pas une demi-heure ! Quitte Ferrare sur-le-champ, quitte Ferrare comme si c'était Sodome qui brûle, et ne regarde pas derrière toi! Adieu! — Attends encore un instant. J'ai un dernier mot à te dire, mon Gennaro.

GENNARO

Parlez, m^dirne.

Jii LUCRÈCE B0RG1A.

DOXA LUCREZIA

."Je le dis adieu en ce moment, Gennaro, pour ne plus te revoir jamais. Il ne faut plus songer maintenant à te rencontrer quelquefois sur mon chemin. C'était le seul bonheur que j'eus.-e au monde. Mais ce serait risquer la tête. Nous voilà donc pour toujours séparés dans cette vie; hélas! je ne suis que trop sûre que nous serons séparés aussi dans l'autre. Gennaro! est-ce que tu ne me diras pas quelque douce parole avant de me quitter ainsi pour l'éternité ?

GENNARO, baissant les yeux.

Madame...

DON A LUCREZIA

Je viens de te sauver la vie, enfin !

GENNARO

Vous me le dites. Tout ceci est plein de ténèbres. Je ne sais que penser. Tenez, madame, je puis tout vous pardonner, une chose exceptée.

DOXA Ll'CREZIA.

Laquelle ?

GENNARO

Jurez-moi par tout ce qui vous est cher, par ma propre tête puisque vo-s m'ai nez, par le salut éternel de mon âme, jurezmoi que vos crimes ne sont pour rien dans les malheurs de ma mère.

DONA LUCREZIA

Toutes les paroles sont sérieuses avec vous, Gennaro. Je ne puis vous jurer cela.

GENNARO

0 ma mère ! ma mère ! la voilà donc l'épouvantable femme qui a fait ton malheur 1

DON A LUCREZIA

Gennaro !

Vous l'avez avoué, madame! Adieu! Soyez maudite!

DOXA LUCREZIA

Et toi, Gennaro, sois béni !

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