LA SCÈNE DV MENDIANT
EU PUS, G0RLQ1S et les pages jetant des pierres.
Va-t'en, chien!
M A GNU S, comme se réveillant en sursaut.
En quel temps sommes-nous, Dieu puissant! Et qu'est-ce donc que ceux qui vivent à présent? On chasse à coups de pierre un vieillard qui supplie!
Les regardant tous en face.
De mon tempsT — nous avions aussi notre folie,
Nos festins, nos chansons... — On était jeune, enûn! —
.Mais qu'un vieillard, vaincu par l'âge et par la faim,
Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie,
Vint à passer, tremblant,, la main de froid rougie,
Soudain on remplissait, cessant tout propos vain,
Un casque de monnaie, un verre de bon vin.
C'était pour ce passant, que Dieu peut-être envoie !
Après, nous reprenions nos chants, car, plein de joie,
Un peu de vin au cœur, un peu d'or dans la main,
Le vieillard souriant poursuivait son chemin.
— Sur ce que nous faisions jugez ce que vous faites !
3 O B , se redressant, faisant un pas, et touchant l'épaule de Magnus.
Jeune homme, taisez-vous. — De mon temps, dans nos fêtes,
Quand nous buvions, chantant plus haut que vous encor,
Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or,
S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte,
Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant ; une escorte
L'allait chercher ; sitôt qu'il entrait, les clairons
Éclataient ; on voyait se lever les barons;
Les jeunes, sans parler, sans chanter, sans sourire,
S'inclinaient, fussent-ils princes du saint-empire ;
Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu
En lui disant : Seigneur, soyez le bienvenu !
A G-orlois.
— Va quérir l'étranger !
HATTO s'inclinant.
Mais...
JOB, à Hatto.
Silence !
16i LES BURGRAVES.
LE DUC GERHARD, à Job.
Excellence...
JOB, au duc.
Qui donc ose parler lorsque j'ai dit : Silence!
Tous reculent et se taisent. Gorlois obéit et sort. OTBERT, à part.
Bien, comte ! — 0 vieux lion, contemple avec effroi Ces chats-tigres hideux qui descendent de toi; Mais, s'ils te font enfin quelque injure dernière, Fais-les frissonner tous en dressant ta crinière !
GORLOIS, rentrant, à Job.
Il monte, monseigneur.
JOB à ceux des princes qui sont restés as-is.
Debout !
A ses fils.
— Autour de moi !
A Gorlois.
Ici!
Aux hérauts et aux trompettes.
Sonnez, clairons, ainsi que pour un roi !