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LE ROI, LA REINE, LES JUIFS

Arrive une foule effarée et déguenillée entre deux rangs de hallebardes et de piques. Ce sont les députés des juifs. Hommes, femmes, enfants, tous couverts de cendre et vêtus de haillons, jieds nus, la corde au cou. En tête est le grand rabbin Moïse-ben-Habib. Tous ont la rondelle jaune sur leurs habits déchirés. A quelque distance de la table, le rabbin s'arrête et tombe à genoux. Tous derrière lui se prosternent. Les vieillards frappent le pavé du front.

MOISE-BEN-H ABIB, grand rabbin, à genoux.

Altesse de Castille, altesse d'Aragon,

Roi, reine! ô notre maître, et vous, notre maîtresse,

Nous, vos tremblants sujets, nous sommes en détresse,

Et, pieds nus, corde au cou, nous prions Dieu d'abord,

Et \ous ensuite, étant dans l'ombre de la mort,

Ayant plusieurs de nous qu'on va livrer aux flammes,

Et tout le reste étant chassé, vieillards et femmes,

Et, sous l'œil qui voit tout du fond du firmament,

Rois, nous vous apportons notre gémissement.

Altesses, vos décrets sur nous se précipitent,

Nous pleurons, et les os de nos pères palpitent;

Le sépulcre pensif tremble à cause de vous.

Ayez pitié. Nos cœurs sont fidèles et doux;

Nous vivons enfermés dans nos maisons étroites,

Humbles, seuls; nos lois sont très simples et très droites,

Tellement qu'un enfant les mettrait en écrit.

Jamais le juif ne chante et jamais il ne rit.

Nous payons le tribut, n'importe quelles sommes.

On nous remue à terre avec le pied; nous sommes

Comme le vêtement d'un homme assassiné.

Gloire à Dieu! Mais faut-il qu'avec le nouveau-né,

Avec l'enfant qui tette, avec l'enfant qu'on sèvre,

Nu, poussant devant lui son chien, son bœuf, sa chèvre,

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