AUX DÉPUTÉS
Messieurs des centres, messieurs des extrémités, le gros du peuple souffre !
Que vous l'appeliez république ou que vous l'appeliez monarchie, le peuple souffre, ceci est un f lit.
Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe. Ayez pit'é du peuple, à qui le bagne prend ses fils, el le lupanar ses filles. Vous avez trop de forçats, vous avez trop de prostituées.
Que prouvent ces deux ulcères?
Que le corps social a un vice dans le sarfg .
Vous voilà réunis en consu'tation au clievet du malade; occupez-vous de la ma'alie.
Cette maladie, vous la traitez mal. Étudiez-la mieux. Les lois que vous faites, quand vous en faites, ne sont que des palliatifs et des expé lients. Une moitié de vos codes est routine, l'autre moitié empirisme.
La flétrissure était une cautérisation qui gangrenait la plaie; peine insensée que celle qui pour la vie scellait et rivait le crime sur le criminel! qui en faisait deux amis, deux compagnons, deux inséparables! Le bagne est un vésicatoire absurde qui laisse résorber, non sans l'avoir rendu pre encore, presque tout le mauvais sang qu'il extrait. La peine de mort est une amputation barbare.
Quand Javert eut fini d'écrire, il signa, plia le papier et dit au sergpnt du poste, en le lui remettant : — Prenez trois hommes, et menez celte fille au bloc. — Puis se tournant vers la Fantine : — Tu en as pour six mois.
La malheureuse tressaillit.
— Six mois! six mois de prison! cria-t-e'le. Six mois à gagner sept sius par jour! Mais que deviendra Co-ette?ma fille! ma fille! Mais je dois encore plus de cent francs aux Thénardier, monsieur l'inspecteur; s^vez-vous cela?
Elis se traîna sur la dalle mouillée par les bofes boueuses de t' us ces hommes, sans se lever, joignant les mains, taisant de grands cas avec ses genoux.
— Monsieur Javert, dit-elle, je vous demande grâce. Je vous assure que je n'ai pas eu tort. Si vous aviez vu le commencement, vous auriez vu! je vous jure le bon Dieu que je n'ai pas eu tort. C'e-t ce monsieur le bourgeois que je ne connais pas qui m'a mis de la neige dans le dos. E.-t-ce qu'on a le droit de nous mettre de la neige dans le dos quand nous passons comme cela tranquillement sans f lire de mal à personne? Cela m'a saisie. Je suis un peu malade, voyez- vous! Et puis il y avait déjà un peu de temps qu'il me disait des raisons. Tu es laide! tu n'as pas de dents! Je le sais bien que je n'ai plus mes dents. Je ne faisais rien, moi; je disais : C'est un monsieur qui s'amuse Jetais honnête avec lui, je ne lui parlais pas. C est à cet instant-là qu'il m'a mis dp la neige. Monsieur Javert, mon bon monsieur l'inspecteur! esl-ce qu'il n'y a personne là qui ait vu pour vous dire que c'est bien vrai? J'ai peut-être eu tort de me fâcher. Vous savez, dans le premier moment, on n'est pas maître. On a des vivacités. Et puis, quelque cho.-e de si froid qu'on vous met dans le dos à l'heure que vous ne vous y attendez pas. J'ai eu tort d'abîmer le chapeau de ce monsieur. Pourquoi s'est-il en allé? je .lui
demanderais pnrdon. Oli ! mon Dieu, cela me serait bien égal de lui demander pardon. Faites-moi gn'.ce pour aujourd'hui celte fois, monsieur Javert. Tenez, vous n^ savez pas ça, dans les prisons on ne gagne que sept sous, ce n'est pas la faute du gouvernement, maison gagne sept sous, et figurez-v<>us que j'ai cent francs à payer, ou autrement on me renverra ma petite. 0 mon Dieu! je ne peux pas l'avoir avec moi C'est si vilain ce que je fais! 0 maCoseue, ô mon petit ange de la bonne sainte \ierge, qu'est-ce qu'elle deviendra, pauvre loup ! Je vais vous dire, c'e?t les Thénardier, d-s aubergistes, des paysans, <ca n'a pas de raisonnement. Il leur faut de l'argent. Âe me mettez pas en prison! Voyez-vous, c'est une petite qu on mettrait à même sur la grande route, va comme tu pourras, en plein cœur d'hiver, il faut avoir pitié de celte chose-ln, mon bon monsieur Javert. Si c'était plus grand, .ça gagnerait sa yie, mais ça ne peut pas, à ces âges-là. Je ne sus | as une mauvaise femme au fond. Ce n'est pas la lâcheté et la gourmandise qui ont fait de moi ça. J'ai bu de l'eau-de-vie, c'est par misère. Je ne l'aime pas, mais cela étourdit. Quand j'étais plus heureuse, on n'aurait eu qu'à regarder dans mes armoires, on aurait bien vu que je n'étais pas une femme coquette qui a du désordre. J'avais du linge, beaucoup de linge. Ayez pitié de moi, monsieur Javert!
Elle parlait ainsi, brisée en deux, secouée par les sanglots, aveuglée p r les larmes, la gorge nue, se tordant 1rs mains, toussant a'une toux sèche et courte, balbutiant tout doucement ■avec la voix de l'agonie. La grande douleur est un rayon divin et terrib'e qui transfigure les mi?eiablcs. A ce moment-là, la Fantine était redevenue bêle. A de certains instants, elle s'an était et baisait tendrement le bas de la redingote du mouchard. Elle eût attendri un cœur de granit; maison n'atiendrit pas un cœur de bois.
— Allons! dit Javert, je t'ai écoutée. As-tu bien tout dit? Marche à présent ! Tu as tes six mois ; le Père éternel en personne n'y pourrait plus rien.
A cette solennelle parole, le Père éternel en personne n'y pourrait plus rien, elle comprit que l'arrêt était prononcé. Elle s'affaissa sur elle-même en murmurant :
— Grâce !
Javert tourra le do?.
Les soldats la saisirent par le bras.
Depuis quelques minutes, un homme était entré sans qu'on eût pris garde à lui. Il avait refermé la porte, s'y était adossé, et avait entendu les prières désespérées de la Fantine.
Au moment où les soldats mirent la main sur la malheureuse, qui ne voulait pas se lever, il fit un pas, sortit de l'ombre, et dit :
— Un instant, s'il vous plaît !
Javert leva les yeux et reconnut M. Madeleine. Il ôta son chapeau, et saluant avec une sorte de gaucherie fâchée :
— Pardon, monsieur le maire...
Ce mot, monsieur le maire, fit sur la Fantine un effet étrange. Elle se dressa debout tout d'une pièce comme un spectre qui sort de terre, repoussa les soldats des deux bras, marcha droit à M. Madeleine avant qu'on eût pu la retenir, et le regardant fixement, l'air égaré, e.le cria :
— Ah I c'est donc toi qui es monsieur le maire ! Puis elle éclata de rire et lui cracha au visage. M. Madeleine s'essuya le visage, et dit :
— Inspecteur Javert, mettez cette femme en liberté. Ja\ertse sentit au moment de devenir fou. Il éprouvait en
cet instant, coup sur coup, et presque mêlées ensemble, les plus violentes émotions qu'il eut ressenties de sa vie. Voir une fdle publique cracher au visage d'un maire, cela était une chose si monstrueuse que, dans ses suppositions les plus effroyables, il eût regardé comme un sacrilège de le croire possible. D'un autre côté, dans le fond de sa pensée, il faisait confusément un rapprochement hideux entre ce qu'était cette femme et ce que pouvait être ce maire, et alors il entrevoyait avec horreur je ne sais quoi de tout simple dans ce prodigieux attentat. Mais quand il vit ce maire, ce magistrat, s'essuyer tranquillement le visage et dire : Mêliez celte femme en liberté, il eut comme un éblouissement de stupeur; la pensée et la parole lui manquèrent également; la somme de l'etonnement possible était dépassée pour lui. Il resta muet.
Ce mot n'avait pas porté un coup moins étrange à la Fantine. Elle leva son bras nu et se cramponna à la clef du poêle comme une personne qui chancelle. Cependant elle regardait tout autour d'elle et elle se mil à parlera voix bas-e, comme si elle se parlait à elle-même.
— En liberté! qu'on me laisse aller 1 que je n'aille pas en prison six mois. Qui est-ce qui a dit cela? Il n'est pas possible qu'on ait dit cela. J'ai mal entendu. Ça ne peut pas être ce monstre de maire! Est-ce que c'est vous, mon bon monsieur Javert, qui avez dit qu'on me mette en liberté? Oh! voyezvous ! je vais vous dire et vous me laisserez aller. Ce monstre de maire, ce vieux gredin de maire, c'est lui qui est cause de tout. Figurez vous, monsieur Javert. qu'il m'a chassée! à cause d'un tas de gueuses qui tiennent des propos dans l'atelier. Si ce n'est pas là une horreur ! renvoyer une pauvre fille qui fait honnêtement son ouvrage ! Alors je n'ai plus gagné assez, et tout le malheur est venu. D'abord il y^a une amélioration que ces rae.-s eurs de la police devraient bien faire, ce serait d'empêcher les entrepreneurs des pri-ons de faire du tort aux pauvres gens. Je vais vous expliquer cela, voyez-vous. Vous gagnez douze sous dans les chemises, cela tombe à neuf sous; il n'y a plus moyen de vivre. Il faut donc devenir ce qu'on peut. Moi, j'avais ma petite Cosette, j'ai bien été forcée de devenir une mauvaise femme. Vous comprenez à présent que c'est ce gueux de maire qui a fait tout le mal. Après cela, j'ai piétiné le chapeau de ce monsieur bourgeois devant le café des « officiers. Mais lui, il m'avait perdu toute ma robe avec de la neige. Nous autres, nous n'avon- qu'une robe de soie, pour le soir. Voyez- vous, je n'ai jamais fait de mal exprès, vrai, monsieur Javert, et je vois partout des femmes bien plus méchantes que moi qui sont bien plus heureuses. 0 monsieur Javert, c'est vous qui avez dit qu'on me mette dehors, n'est-ce pas? Prenez d?s informations, parlez à mon propriétaire, maintenant je paye mon terme, on vous dira bien que je suis honnête. Ah! mon Dieu, je vous demande pardon, j'ai louché, sans faire attention, à la clef du poêle, et cela fait fumer.
M. Madeleine Fécoutait avec une attention profonde. Pendant qu'elle parlait, il avait fouillé dans son gilet, en avait tiré sa bourbe et l'avait ouverte. Elie était vide. Il l'avait remise dans sa poche. Il dit à la Fantine :
— Combien a\ez-vous dit que vous deviez?
La Fantine, qui ne regardait que Javert, se retourna de son côté :
— Est-ce que je te parle, à toi !
Puis s'adressant aux soldats :
FANTINE. 19i
— Dites donc, vous autres, avez-vous vu comme je te vous lui ai craché à la figure ? Ali ! vieux scélérat de maire, tu \iens ici pour me faire peur, mais je n'ai pas peur de toi. J'ai peur de monsieur Javert. J'ai peur de mon bon monsieur Javf rt!
Tout à coup elle rajusta vivement le désordre de ses vêtements, fit retomber les plis de sa robe qui, en se traînant, s'éiait relevée presque à la hauteur du genou, et marcha vers la porte en disant à demi-voix aux soldats avec un signe d.tête amical :
— Les enfants, monsieur l'in-pecteur a dit qu'on me làcher je m'en vas.
Elle mit la main sur le loquet. Un pas de plus, elle était dans la rue.
Javert jusqu'à cet instant était re.-té debout, immobile, l'œil fixé à terre, posé de travers au milieu de cette scène comme une s'atue dérangée qui atten 1 qu'on la mette quelque part.
Le bruit que fit le loquet le réveilla. 11 releva la tête avec une expression d'autorité souveraine, expression toujours d'autant plus effrayante que. le pouvoir se trouve placé plus bas, féroce chez la bête fauve, atroce chez l'homme de rien.
— Sergent, cria-t-il, vous ne voyez pas que celte drôlesse s'en va ! Qui est-ce qui vous a dit de la laisser aller ?
— Mui, dit Madeleine.
La Fantine à la voix tle Javert avait tremblé et lâché le loquet comme un voleur pris lâche l'objet volé. A la voix de Madeleine, elle se retourna, et à partir de ce moment, sansqu'elle prononçât un mot, sans qu'elle osât même laisser sortir son souffle librement, son regard alla tour à tour de Madeleine à Javert et de Javert à Madeleine, selon que c'était l'un ou l'autre qui parlait.
Il était évident qu'il fallait que Javert eût été, comme on dit, « jeté hors des gonds » pour qu'il se fût permis d'if po?tropher le sergent comme il l'avait l'ait, après L'invitation du maire de mettre Fantine en liberté. En était-il venu à oublier la présence de monsieur le maire? Avait-il fini par se déclarer à lui-même qu'il était impossible qu'une « autorité » eût donné un pareil ordie, et que bien certainement monsieur le maire avait dû dire sans le vouloir une chose pour une autre? Ou bien, devant les énormités dont il était témoin depuis c'eai
heures, se disait-il qu'il fallait revenir aux suprêmes résolutions, qu'il éi ait nécessaire que le petit se fît grand, que le -mouchard se transformât en magistrat, que l'homme rie police -devînt homme de justice, et qu'en cette extrémité pro liseuse l'ordre, la loi, la morale, le gouvernement, la société tout entière, se personnifiaient en lui Ja\ert?
•Quoi qu'il en soit, quand M. Madeleine eut dit ce moi qu'on vient d'entendre, on vit l'inspecteur de police Javert se tourner vers monsieur le maire, pâle, froid, les lèvres bleues, le regard désespéré, tout le corps pg:té d'un tremblement imperceptible, et, chose inouïe, lui dire, l'œil baissé, mais la voix ferme :
— Monsieur le maire, cel i ne se peut pas.
— Comment? dit M. Madeleine.
— Cette malheureuse a insulté un bourgeois.
— Inspecteur Javert, repartit M. Madeleine avec un accent conciliant et calme, écoutez. Vous êtes un honnête homme, et je ne fais nulle difficulté de m'expliquer avec vous. Voiei le vrai. Je passais sur la place comme vous emmeniez cette femme, il y avait encore des groupes, je me suis informé, j'ai
out su, c'est le bourgeois qui a eu tort et qui, en bonne police, eût dû être arrêté.
Javert reprit :
— Ceite misérable vient d'insulter monsieur le maire.
— Ceci nie regarde, dit M. Maleleine. Mon injure est à moi peut-être. J'en puis faire ce que je veux.
— Je demande pardon à monsieur le maire. Son injure n'est pas à lui, elle est à la justice.
— Inspecteur Javert, répliqua M. Madeleine, la première justice, c'est la conscience. J'ai entendu cette femme. Je sais ce que je fais.
— Et moi, monsieur le maire, je ne sais pas ce que je vois.
— Alors contenu z-vous d'obéir.
— J'obéis à mon devoir. Moa devoir veut que cette femme fasse six mois de prison.
M. Madeleine répondit avec douceur :
— Écoutez bien ceci. Elle n'en fera pas un jour.
A celte parole décisive, Javert osa regarder le maire fixement, et lui dit, mais avec un son de voix toujours profondément respectueux :
— Je suis au désespoir de résister à monsieur le maire, c'est la première fois de ma vie, mais il daignera me permettre de lui faire observer que je suis dans la limite de mes attributions. Je reste, puisque monsieur le maire le veut, dans le fait du bourgeois. J'étais là. C'est cette fille qni s'est je'ée sur monsieur Bamatibois, qui est électeur et propriétaire de cette belle maison à balcon qui fait le coin de l'esplanade, à trois étages et toute en pierre de tai le. Enfin, il y a des choses dans ce inonda! Quoi qu'il en soit, monsieur le maire, cela, c'est un fait de police de la rue qui me regarde, et je retiens la femme Fautme.
Alors M. Madeleine croisa les bras et dit avec une voix sévère que personne dans la ville n'avait encore entendue :
— Le l'ait dont vous parlez est un fait de police municipale. Aux termes des articles neuf, onze, quinze et soixante-six du code d'instruction criminelle, j'en suis juge. J'ordonne que cette femme soit mise en liberté.
Javert voulut tenter un dernier effort.
— Mais, monsieur le maire...
— Je vous rappelle, à vous, l'article quatre-vingt-un de la loi du \ 3 décembre 1799 sur la détention arbitraire.
— Mons'eur le maire, permettez...
— Plus un mot.
— Pourtant...
— Sortez, dit M. Madeleine.
Javert reçut le coup, debout, de face, et en pleine poitrine comme un soldat russe. Jl salua jusqu'à terre monsieur le maire, et sortit.
Fanline se rangea de la porte et le regarda avec stupeur passer devant elle.
Cependant elle aussi était en proie à un bouleversement éirange. Elle venait de se voir en quelque sorte disputée par deux puissances opposées, lille avait vu lutter devant ses yeux deux hommes tenant dans leurs mains sa liberté, sa vie, son âme, son en'ant; l'un de ces hommes la tirait du côté de l'ombre, l'autre la ramenait vers la lumière. Dans cette lutte, entrevue à travers les grossissements de 1 épouvante, ces deux hommes lui étaient apparus comme deux géants; l'un parlait comme son démon, l'autre parlait comme son bon ange. L'ange avait vaincu le démon, et, chose qui la faisait frissonner de la
tête aux pieds, cet ange, ce libérateur, c'était précisément l'homme qu'elle abhorrait, ce maire qu'elle avait si longtemps considéré comme l'auteur de tous ses maux, ce Ma :eleinel et au moment même où elle venait de l'insulter d'une façon hideuse, il la sauvait! S'était-elle donc trompée? Devait-elle donc changer toute son âme? Elle ne savait, elle tremblait. Klle écoutait éperdue, elle regardait effaée, et à chaqu > parole que disait M. Madeleine, elle sentait fonlre et s'écrouler en elle les affreuses ténèbres de la haino et naître dans son cœur je ne sais quoi de réchauffant et d'ineffable qui était de la joie, de la confiance et de l'amour.
Quand Javert fut sorti, M. Madeleine se tourna vers elle, et lui dit avec une voix lente, ayant peine à parler comme un homme sérieux qui ne veut pas pleurer :
— Je vous ai entendue. Je ne savais rien de ce que vous avez dit. Je crois que c'est vrai, et je sens que c'est vrai. J'ignorais même que vous eussiez quitté mes ateliers. Pourquoi ne vous êtes-vous pas adressée à moi? .Mais voici : je payerai vos dettes, je ferai venir votie enfant, ou \ous irez la rejoindre. Vous vivrez ici, à Paris, où vous voudrez. Je me charge de votre enfant et de vous. Vous ne travaillerez pi us, si vous voulez. Je vous donnerai tout l'argent qu'il vous faudra. Vous redeviendrez honnête en redevenant heureuse. Et même, écoutez, je vous le déclare dès à présent, si tout est comme vous le d.tes, et je n'en doute pas, vous n'avez jamais cessé d'être vertueuse et sainte devant Dieu. Oh! pauvre femme!
C'en était plus que la pauvre Fantine n'en pouvait supporter. Avoir Cosette! sortir de cette vie infâme! vivre libre, riche, heureuse, honnête, avec Cosette! voir brusquement s'épanouir au milieu de sa misère toutes ces réalités du paradi-! Elle regarda comme hébétée cet homme qui lui parlait, et ne put que jeter deux ou trois sanglots : oh! oh! oh! Ses jarrets plièrent, e'ie se mit à genoux devant M. Madeleine, et, avant qu'il eût pu l'en empêcher, il sentit qu'elle lui prenait la main et que ses lèvres s'y prisaient.
Puis elle s'évanouit.