Mémoires, t. II, p. 129. Edition de 1804, in
FRANÇOIS BOUCHER
si dissipée, le temps de se marier, — ce qui n’est pas, après tout, le fait d'un grand corrompu. Cette formalité, il est vrai, n’engageait pas alors à grand’chose, et Boucher lui-même ne se piqua jamais d’une fidélité farouche. Il est du moins équitable de penser qu'il fut d’abord sincèrement épris de sa femme et qu’il l’épousa par amour sur sa jolie mine. Elle s’appelait Marie-Jeanne Buseau, était née à Paris le 8 janvier 1 7 16 1 , et avait par conséquent dix-sept ans et trois mois le jour de son mariage, célébré, le 21 avril i/33, à l’église Saint-Roch, d’après l’acte publié par M. de Concourt.
On a conservé dans une collection privée de Bordeaux le portrait de Mme Boucher, exposé par La Tour au Salon de 1737. « Le pastelliste, écrit M. de Concourt, nous la montre blonde avec des yeux bleus d’une infinie douceur, et le sourire le plus malin. Elle est représentée dans une robe de satin blanc, décolletée en carré et garnie d’une ruche, le cou légèrement voilé par la dentelle d’une écharpe et tourmentant un éventail fermé de ses jolies mains gantées de mitaines blanches sans doigts et doublées de rose. » En 1761, Roslin exposait un autre portrait de Mme Boucher, « qui est toujours belle », disait Diderot 2 3, et le Nécrologe de 1771 faisant allusion à cette beauté célèbre : « Nous ne pouvons laisser ignorer qu’ayant eu, comme l’Albane, le bonheur de choisir une compagne qui put sans cesse lui retracer l’idée de ses grâces fugitives, il sut, comme ce grand homme, en faire le plus heureux usage pour son art. »
On trouve une confirmation de cet indiscret renseignement dans une note curieuse, à plus d’un titre, tirée des papiers de Bachaumont :l. Boucher, avant à fournir une série de tableaux empruntés à la fable de Psyché, avait prié son ami de lui indiquer les sujets à choisir. Bachaumont lui répondit : « Pour l’amour de vous, j’ai relu la Psyché de La Fontaine , non seulement il y a dans cette histoire de
1. Extrait des registres de baptême de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs. « Le neuf janvier mil sept cent seize a été baptisée par nous prêtre soussigné, Marie- Jeanne, fille de Jean-Baptiste Buscaux, bourgeois de Paris, et de Marie-Anne Sédeville, sa femme, demeurant rue du Temple. Le parrain, Antoine Foule, suisse de cette paroisse; la marraine, Marguerite Bulet, femme d’Antoine Pingnct, demeurant rue du Temple. Le père absent. » (Arch. nat., O1, fifiq.)