CHAPITRE II
Boucher à l’Académie. — Son morceau de réception. — La Belle Cuisinière. — L’édition de Molière. — - Les Cris de Paris. — Ses travaux pour les libraires. — Les grisailles de la Chambre de la reine. — Le concours académique de 1733. — La manufacture de Beauvais. — Le Salon de 1737.
Il y avait plus de deux ans que Boucher était agréé à l’Académie; le moment était venu pour lui d’y prendre enfin séance; il se décida peu de temps après son mariage à présenter le morceau de réception qui lui valut, le 3o janvier 1734,1e titre d’académicien; c’est Renauld et Armide (n° 23 du Louvre). Une architecture vaguement ionique, qui déploie au fond du tableau sa colonnade circulaire d’où retombe à grands plis sur le tapis rouge du premier plan une lourde draperie verdâtre, donne l’impression qu’il voulut pour la circonstance se mettre en frais de style et gagner dignement ce diplôme de « peintre d’histoire », passeport indispensable des charges et dignités académiques. La coloration générale est maintenue dans une gravité relative ; c’est sans doute cette manière que Diderot devait regretter plus tard quand il écrivait : « Cet homme, lorsqu’il était nouvcdlement revenu d’Italie, faisait de très belles choses; il avait une couleur forte et vraie; sa composition était sage’. » La vérité est que sa palette est assez lourdement composée, mais on retrouve le peintre raffiné des carnations féminines dans la figure d’ Armide, coquette et blonde sous ses voiles blancs dénoués, les jambes et les seins nus, caressant distraitement de la main gauche un double rang de perles noué sur son épaule, jouant de l’autre avec un bout d’écharpe argentée rayée de rose pâle où un amour vient de jeter deux petites fleurs bleues. D’autres amours cachés aux plis des draperies épient curieusement le couple amoureux et fièrement cambrés soutiennent le miroir où la belle écoute en souriant le fade chevalier, jaune et bleu, agenouillé à ses pieds.
Ces rideaux qu’il aimait alors à draper largement comme fond de