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LE MÉDECIN M A L G K É LUI

Composition Je F. Bouclier pour les Œuvres de Molière gravure Je Laurent Cars.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

décor étaient dans la tradition du xvne siècle, qui la tenait des maîtres italiens; il s’en servit encore et presque à la même époque dans la Vénus endormie qu’il peignit pour le cabinet du chevalier de La Roque, et dont la gravure par Michel Aubert, « mise en vente chez Drouais, peintre du roy, » est annoncée dans le Mercure d’avril 1/35, avec ces vers de Lépicié :

Ne cessons de craindre une belle;

Son repos même a des appas.

L’amour fait toujours sentinelle

Et ce Dieu ne sommeille pas.

On éditait en même temps la Belle Cuisinière , gravée par Aveline,

« d’après le tableau original de M. Boucher, qu’un seigneur anglais a emporté à Londres, et qui représente au vrai l’intérieur d’une cuisine avec la marmite sur le feu et un jeune homme assis voulant retenir la cuisinière ».

Représenter au vrai l’intérieur d’une cuisine, c’était une idée à la Chardin qui ne dut pas venir toute seule à Boucher. Il voulut sans doute s’essayer, comme les camarades, à ces tableaux de genre que « les peintres à talents » commençaient à mettre à la mode; mais il avait sa manière à lui d’être réaliste et, malgré la précision de maint détail, en dépit des casseroles, des choux et des marmites, il ne peut se tenir d’arranger et d’animer le spectacle. Dans le groupement des accessoires, dans le remue-ménage pittoresque de cette cuisine, il se fait déjà la main au fouillis de ses pastorales. Même dans le simple dessin du plus simple ustensile, son pinceau a des caprices, des enjolivements, des escamotages involontaires et charmants; les queues de ses casseroles et les manches de ses balais sont faits pour recevoir des pompons et des rubans. La belle cuisinière est d’ailleurs fort accorte et très engagée dans une scène d’amour, dont le dénouement est facile à prévoir :

Vos œufs s’échappent, Mathurine;

Ce présage est mauvais pour vous.

Tout compte fait, de Vénus aux cuisinières, la distance est, chez Boucher, moins grande qu’on ne pourrait penser.

La Belle Cuisinière a pour pendant la Belle Villageoise, gravée par

FRANÇOIS BOUCHER

Aveline en 1738 qui a autant de fantaisie et plus d’aimable ampleur.

Il avait déjà fait ses preuves comme peintre de « la modernité ». A la fin de 1734, avait paru, en six volumes in-40, une magnifique édition de Molière, dont les dessins avaient été confiés « aux sieurs Oppenord, Blondel et Boucher », la gravure à Cars et Joullain. Oppenord et Blondel n’avaient été chargés que de la partie ornementale, des culs-de-lampe et des lettres ornées; l’illustration proprement dite du texte était l’œuvre du seul Boucher. Il en agit aussi librement avec Molière qu’avec la mythologie : ses personnages sont tous à la mode de 1734; le mobilier et la décoration de ses intérieurs pourraient être signés : Meissonnier; il n’a pas plus pensé à restituer l’œuvre dans son milieu véritable qu’à donner un commentaire psychologique de son auteur, à incarner en des types approfondis les créations du grand comique; mais il a retrouvé pour la circonstance quelque chose de la légèreté, de la finesse et de la fringante élégance de Watteau. Les trente-trois dessins, gravés par son ami Laurent Cars avec une intelligente fidélité, font de cette édition de Molière un des beaux livres à vignettes du siècle qui eut, plus qu’aucun autre, le génie de la vignette.

Après l’avoir annoncé, le Mercure ajoutait : « Nous venons d’apprendre qu’on nous donnera avant la fin de l’année une nouvelle édition in- 12 des œuvres de Racine. Cette édition sera suivie d’une autre in-40, avec de nouvelles estampes à la tête de chaque tragédie dont la composition sera du sieur Boucher. Il est à souhaiter que les libraires de Paris fassent le même honneur au grand Corneille. » Un Racine et un Corneille parurent en effet, plusieurs années après seulement et sans la collaboration de Boucher; mais si son nom n’y figure pas, son influence du moins n’y est pas contestable; Gravelot, avant de se mettre au travail, dut beaucoup feuilleter le Molière.

Boucher travaillait alors assidûment pour les libraires; ses productions se succèdent avec une rapidité que son extraordinaire facilité suffit a peine à expliquer. En juin 1735, le Mercure annonce le « Livre d’études, d’après les dessins originaux de Blocmaert, gravés par François Boucher, peintre de l’Académie royale... »; en avril 1 y 56, le premier « Livre de fontaines, d’une très élégante composition, inventées par F. Boucher »,

1. Voir le Mercure île juin 17LR4. Le groupe des trois entants a été gravé par Ravcnct et édité sous le titre de Y Heureux Age. De la même époque, on connaît ('.ères et le Printemps, gravés par Aveline.

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gravées par Aveline, bientôt suivi du Second livre, du Livre de vases, suite de douze pièces y compris le titre. Comme il avait fait connaissance chez Huquier, leur éditeur commun, et s’était lié d’amitié avec Juste-Aurèle Meissonnier qui, en mai 1736, servait de parrain à son fils , il est permis de penser que l’inventeur du style rocaille ne fut pas sans exercer quelque influence sur Boucher ornemaniste.

Huquier publiait en même temps une estampe en hauteur, « intitulée Pastorale, et un Berger et une Bergère en conversation, orné d’animaux et d’un très beau paysage », premiers essais dans un genre dont il fut l’inventeur, et dont ses quatre Livres de sujets et pastorales donnèrent bientôt la formule et montrèrent des modèles, repris jusqu’à la satiété dans la suite de son œuvre.

Quelques mois auparavant, avaient paru chez Odieuvre, « au coin du carrefour de l’Ecole, vis-à-vis la Samaritaine », deux estampes « d’un grand débit » : Y Amour moissonneur et Y Amour oiseleur, gravés par Lépicié, d’après les tableaux du cabinet de M. Derbois 1 . C’était le commencement de cette innombrable série d’amours joufflus et potelés qu’il devait répandre à travers son œuvre avec l’abondance et l’ampleur d’un « bâtard de Rubens ». Avant de les mêler aux cortèges de ses Vénus, de les faire cabrioler dans la lumière, piquer des têtes dans les nuages, se rouler au-dessus des vagues ou se blottir dans les plis d’un rideau pour épier sournoisement un rendez-vous d’amour; avant de les transformer tour à tour en Eléments, en Saisons, en Génies des arts, il publie chez Huquier six Livres de groupes d'enfants (gravés par Aveline, La Rue et Huquier fils). Ce sont les génies familiers du maître, les enfants préférés de sa verve. Leurs formes rebondies et comme gonflées de sève, leurs petits membres si joliment troussés, la vivacité de leurs mouvements, la grâce espiègle de leurs attitudes, il sait tout dire en quelques traits d’une ampleur superbe, d’une touche grasse et succulente qui fait entrer dans l’œil comme une plénitude savoureuse. V Albertina, de Vienne, possède, dans ce genre, quelques dessins et sanguines admirables où l'on surprend dans son éclosion puissante et joyeuse l’improvisatfon créatrice d’un maître.

Tout lui était bon d’ailleurs; il faisait, pour le Bréviaire de Paris de 1736, quatre vignettes bientôt célèbres, représentant les trois Vertus cardinales et la Religion au-dessus d’une vue de Paris, « malignement

1. En 1741, Fessard grava V Amour vendangeur et Y Amour nageur.

FRANÇOIS BOUCHER

caractérisées par les points de vue qui les accompagnent » : la Foi et les Invalides, Y Espérance et le Louvre, la Charité et le Pont-Neuf, la Religion et Notre-Dame 1 ; quelques mois après, paraissaient les Cris de Paris, « études prises dans le bas peuple », croquis lestement enlevés de quelques métiers ambulants 2. Il y mit consciencieusement tout le

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