‹ F. BoucherChapitre 57 sur 67 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Boucher, premier peintre du roi. — Salon de 1765. — Voyage en Hollande, Ses derniers travaux. — Salon de 17(19. — Sa mort. — Sa vente.

La mort de Mme de Pompadour (i5 avril 1 764I enleva à Boucher une amie et une puissante protectrice, mais ne lui fit rien perdre de son crédit à la cour. Marigny lui resta fidèlement attaché et saisit toutes les occasions de lui prouver son amitié. C’est ainsi que, quoique son fils, Juste-Nathan Boucher, élève de Blondel et Soufflot, eût obtenu un simple second prix d’architecture, le directeur général lui accordait un brevet de pensionnaire-surnuméraire à l’Académie de Rome, et écrivait le 18 août 1764 à Natoire, en lui annonçant cette décision : « ...Il a des dispositions pour réussir dans l’architecture, et il est le fils d’un homme de mérite que j’estime et que j’aime. Je saisis avec plaisir toutes les circonstances pour lui en donner des preuves dans la personne de son fils, que je vous recommande singulièrement1. » Enfin, lorsque la mort de Carie Van Loo eut rendu vacante la place de premier peintre, la nomination de François Boucher fut immédiatement présentée par le directeur général et signée par le roi (8 août 1765).

« Recevez mes compliments, monsieur, lui écrivait Marigny, pour la justice que le roi vient de rendre à la supériorité de vos talents, en vous nommant son premier peintre. Cette distinction est d’autant plus flatteuse pour vous qu’il semble que Sa Majesté ait consulté le vœu public. Elle a disposé de la surinspection des Gobelins en faveur d’un autre, cette place étant incompatible avec celle que vous allez remplir. Mais Sa Majesté vous en dédommage amplement en vous conservant la pension de douze cents livres dont vous jouissiez déjà et en vous

1 . (Ai'ch. nat., O1 1 1 1 1 .) — • Le 3o septembre 1 765, Marigny écrit encore à Natoire : « Vous me faites un vrai plaisir en m’apprenant que le fils de M. Boucher fait tous ses efforts pour se rendre digne de son père; à ce prix, il peut compter que je ne l’oublierai pas dans l’occasion. » (Obi 114.) — Juste-Nathan Boucher, né en 1736, mourut en 1781 : on a de lui des cahiers de Modèles d'ameublements, décoration extérieure et intérieure. (A Paris, chez Le Père et Avanlez, marchands d’estampes.)

LA DANS K Composition de F. Doucher. —

(Collection de M, Henri Lacroix*)

i>o I-ES ARTISTES CÉLÈBRES

laissant en entier les appointements attachés à la place qu’elle vous accorde avec tant de justice 1 . »

Pierre était nommé à la surinspection des Gobelins, Michel Van Loo à la direction de l’Ecole des élèves protégés : « On pourrait dire à l’occasion de ce partage, écrivait Bachaumont, ce que dit une femme de la cour, lorsqu’à la mort de Turenne, Louis XIV fit une promotion de plusieurs maréchaux de France : C’est la monnaye de Van Loo. »

Il avait été un moment question de donner aussi à Boucher la direction des élèves protégés 2 : « En sachant les contenir, disait Cochin, il aura l’art de s’en faire aimer et de leur inspirer l’amour du talent et du travail. » — Boucher était, en effet, très populaire dans les ateliers, par son indulgence, sa facilité dans les rapports, son empressement à rendre service, à encourager les débuts ou consoler les déboires des jeunes. Quand eut lieu, en 1767, le charivari provoqué par le jugement de l’Académie dans le concours du prix de Rome, les élèves, rangés en double file sur la place du Louvre pour conspuer les académiciens, accueillirent Boucher par des applaudissements répétés3. Si l’on venait lui demander conseil, il ne « pontifiait » pas, comme on dirait dans les ateliers d’aujourd’hui, mais « il se défiait de la charlatanerie des mots... il préférait meme, lorsqu’il s’agissait d’éclairer un jeune artiste,... l’instruire par l’exemple que par l’étalage des règles... « Je ne sais conseiller « que le pinceau à la main », disait-il4. »

Pourtant, on craignit sans doute qu’il ne fût pas pour la jeunesse- un maître assez orthodoxe et Michel Van Loo demandant la succession de son oncle, on la lui accorda. — Son état de santé, d’ailleurs, rendait Boucher impropre à tout service actif; il ne remplit aucune des attributions de sa charge : « il ne souhaitait que l’honorifique », comme écrivait Cochin5, qui gardait tout « le détail des arts ».

Une maladie « considérable, suivie d’une fort longue convalescence », faillit l’empêcher d’exposer au Salon de 1765, oü il aurait voulu, cette année-là surtout, faire bonne figure; le Mercure mettait une insistance significative à expliquer que la maladie n’avait pas permis au

Page 1