PENSENT-ILS A CE MOUTON
Tableau de F. lioucher, gravure de M"10 Jourdan Heproduite d’après nue épreuve de la co
•llection de M. Henri Lacroix
LES ARTISTES CELEBRES
premier peintre de Sa Majesté « de s’occuper de grands ouvrages ». Pour ne pas se borner aux « sujets galants », il demanda à M. Bergeret de Grandcourt de lui prêter, pendant la durée du Salon, deux tableaux de son cabinet : Jupiter transformé en Diane pour surprendre Calisto et Angélique et Médor. — Il y joignit huit pastorales.
Diderot s’emporta aux dernières violences : « Je ne sais que dire de cet homme-ci. La dégradation du goût, de la couleur, de la composition, des. caractères,... a suivi la dépravation des mœurs... Que peut avoir dans l’imagination un homme qui passe sa vie avec les prostituées du plus bas étage ?... J’ose dire que cet homme ne sait vraiment ce que c’est que la grâce; j’ose dire qu’il n’a jamais connu la vérité; j’ose dire que les idées de délicatesse, d’honnêteté, d’innocence, de simplicité, lui sont devenues presque étrangères; j’ose dire qu’il n’a pas vu un instant la nature, du moins celle qui est faite pour intéresser mon âme, la vôtre... Toutes ses compositions font aux yeux un tapage épouvantable : c’est le plus mortel ennemi du silence que je connaisse; il en est aux plus jolies marionnettes du monde; il tombera dans l’enluminure... Quand il fait des enfants, il les groupe bien; mais qu’ils restent à folâtrer dans les nuages. Dans toute cette innombrable famille, vous n'en trouverez pas un à employer aux actions réelles de la vie , à étudier sa leçon, à lire , à écrire, à tiller du chanvre. »
Diderot était injuste, comme tout ce qui arrive contre tout ce qui s’en va. Le pauvre Boucher n’avait jamais pensé à envoyer' ses petits amours à l’école pour en faire de bons philosophes, ou à l’atelier pour en faire des hommes du peuple sensibles; l’idée ne lui était jamais venue de travailler, ni même qu’on pût travailler, par la peinture, au bien social et au perfectionnement de ses semblables; il ne s’était pas inquiété de mettre dans ses tableaux « une leçon pour le spectateur ». 11 continuait de peindre, comme il avait toujours peint, — il peignait moins bien seulement, — des sujets religieux, comme l 'Education de la Vierge (1766), de la collection Beurnonville, ou la Vierge portant l'Enfant Jésus dans ses bras (pastel), — des mythologies comme Vénus et l’Amour [iy65), du musée de Berlin, une Vénus sortant de l'eau, pour laquelle il présentait, en 1766, un mémoire de 1,000 livres1; le Réveil de Vénus , ou Y Amour priant Vénus de lui rendre ses armes, reproduit par Bonnet, — des pastorales comme la Pèche (1764), de 1. Arch. nat.,