‹ F. Halévy, sa vie et ses œuvres. Récits et impressions personelles - simples souvenirsChapitre 4 sur 5 · EXPOSÉ DES MOTIFS · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES MOTIFS

Du projet de loi tendant à accorder à 31"'^ hodrigiiés-IIenriqués, veuve de M. F. Halévy, une pension de cinq mille francs, à titre de récompense nationale.

Mkssuurs,

Le gouvernement propose au Corps législatif d'accorder une pension de cinq mille francs à M'"'' Léonie liodriguès-Henriquès, veuve de M. P'romental Halévy, à titre de récompense nationale. Il est de principe que ces témoignages exceptionnels de la reconnaissance du pays ne doivent être décernés qu'à des mérites exceptionnels; aussi la proposition que nous soumettons au Corps législatif s'appuie-t-elle tout d'abord sur l'éclat incontestable des œuvres musicales qui ont illustré F. Halé^7. A ce titre fondamental, on peut ajouter plus de quarante années de services dans l'enseignernent, et surtout le mérite des travaux littéraires qui vinrent compléter sa réputation, en variant et en multipliant ses couronnes. F. Halévy a présenté, en effet, la réunion peut-être unique de ces trois qualités : le génie du compositeur, l'excellence de l'enseignement et fous les dons du grand écrivain.

Personne ne peut méconnaître, au milieu du mouvement progressif des sociétés modernes, ce que l'éclat des arts ajoute à la puissance et à la richesse d'une nation ; en sorte que les grands succès obtenus dans leur domaine s'élè- -^ent incontestablement jusqu'à la hauteur de services rendus au pays. Aussi l'opinion publique comprend-elle facilement ce que la France doit aux hommes qui l'ont placée au premier rang sous ce rapport, et qui l'aident à marcher sans cesse en avant.

L'impression profonde produite par les grandes œuvres musicales d'Halévy est encore présente à toutes les mémoires ; nous pouvons donc nous borner à mentionner ici ceux de ses opéras que la faveur publique a consacrés d'une manière plus éclatante et plus durable.

La Suive, Guido et Ginevra, la Reine de Chypre, Charles VI, V Éclair, les Mousquetaires de la Rpine, le Val d'Andorre, telles sont les plus remarquables entre toutes les œuvres du maître : œu\res éminemment françaises, une des expressions les plus pures de cette grande école musicale, non moins savante que l'école allemande, aussi riche de mélodie que l'école italienne, et possédant au plus haut degré la variété des rhythmes et la puissance dramatique.

Halévy est incontestablement un des plus illustres représentants de l'école française ainsi définie, et c'est surtout ce titre que le gouvernement de l'Empereur prétend, avant tout, mettre en lumière, et qu'il propose au Corps législatif de récompenser d'une manière exceptionnelle.

Ce ne serait pas néanmoins rendre justice à F. Halévy, que de passer sous silence la longue série de ses travaux administratifs. Né en 1799, il fut nommé professeur-adjoint à l'âge de dix-sept ans; en 1.S27, il obtint la chaire d'harmonie et fut nommé, en 1833, professeur de composition. Nos premiers artistes réclament aujourd'hui l'honneur d'avoir été ses élèves, rendant ainsi un témoignage éclatant tout à la fois à son enseignement et à son caractère.

Un talent d'un autre ordre valut bientôt à F. Halévy la plus insigne distinc-

tiûii. Il avait été admis à l'Académie des beaux-arts en 1836. La mission du secrétaire perpétuel exige, dans cette Académie, une généralité de connaissances si difficile à concilier avec les études spéciales de l'artiste, que ce corps illustre en avait toujours confié les fonctions à un littérateur choisi dans une autre classe de l'Institut. C'est à la place qu'avaient occupée des hommes comme Quatremère de Quincy et Haoul-Rochette, que fut appelé F. Halévy ; et, comme la dit un critique excellent, « pour son premier choix, l'Académie eut la main heureuse. » Les éloges et les notices d'Halévy eurent bientôt conquis tous les suffrages : sentiment vif et profond de l'art, critique sûre et élevée, style brillant, animé, châtié cependant, et portant l'empreinte de la recherche opiniâtre de l'expression juste et correcte ; telles sont les qualités qui, dans cette seconde face de son talent, l'avaient de nouveau placé au rang des maîtres.

L'Académie fut justement fière d'avoir rencontré, dans un.de ses membres, la science de la critique et les grâces du style qui semblaient convenir plus particulièrement à celui qui portait la parole au nom des beaux-arts. Ce choix fut un honneur exceptionnel, et qu'elle n'a pas renouvelé malgré les talents littéraires qu'elle compte dans son sein.

- Elle a voulu témoigner plus spécialement encore en quelle estime elle tenait la mémoire de F. Halévy. Elle savait que, par suite des changements survenus à différentes époques dans les règlements du Grand Opéra, les services que ses nombreux ouvrages a^ aient rendus à notre première scène lyrique n'avaient pas été rémunérés dans une juste proportion. Par une délibération prise à l'unanimité, l'Académie a prié M. le ministre d'Etat d'être son interprète auprès de l'Empereur : elle demandait qu'une proposition, tendant à faire obtenir à la veuve de M. F. Halévy une pension exceptionnelle, fût soumise au Corps législatif.

Ce vœu, non moins honorable pour ceux qui l'ont formé que pour celui qui en est l'objet, le gouvernement de l'Empereur l'a accueilli avec empressement, montrant ainsi a\ec quelle justice il apprécie toutes nos gloires.

Nous a^ons la confiance que vous reconnaîtrez a\e( lui que cette récompense nationale sera justement accordée à la mémoire d'un homme chez qui le génie du compositeur fut encore r. 'haussé par le talent de l'écrivain, par l'honneur constant de la vie privée ei par la dignité du caractère.

Le Coiiseillev d'État, rapporteur, Vicomle de 1 toi ce.

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