‹ F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes. Sa vie, appréciation de ses travaux, analyse raisonnée de ses recherches sur les animaux vertébrés et invertébresChapitre 21 sur 33 · DATE · texte numérisé non relu

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tations disséminées dans la relation du voyage. C’est en compulsant les mémoires des savants contemporains auxquels Péron a fourni les matériaux de leur travail, et en visitant les galeries du Muséum, que nous avons pu joindre un cértain nombre d'espèces à celles que fournissent, comme source directe, les écrits de Péron (1). | |

Le Géographe n'avait pas conservé beaucoup d'animaux vivants de la Nouvelle-Hollande ; mais des animaux en plus grande quantité furent ajoutés au retour, soit donnés an Cap par le gouverneur hollandais, M. Janssens, soit acquis à l'Ilede-France, et souvent des propres deniers de Péron.

La Nouvelle-Hollande, comme on le sait, d’après la nature de ses végétaux, n'avait pu fournir de singes à Péron, les Primates n’y étant représentés par aucune espèce. [Il ramena vivants deux singes de l’intérieur de l'Afrique, et quelques animaux de cette grande famille des lémuridés, parallèle à celle des singes, et provenant de Madagascar. Cette famille, notablement inférieure aux singes par le museau allongé comme chez les renards, le cervelet imparfaitement recouvert, et le second doigt du pied postérieur à ongle de carnassier, était représentée, dans la collection de Péron, par cinq individus vivants. Il y avait trois varis {lemur macaco, Linn.), à pelage varié de grandes taches noires et blanches, et deux #7ongous, (lemur mongos, Linn.), à pelage gris en dessus, blanc en dessous, à pieds et à mains de couleur brune.

Les cheiroptères présentent une grande famille dont la classification a été aidée par les espèces nombreuses et remar-

(4) Je dois, ici, adresser tous mes remerciements à l'extrême obligeance de M. Florent Prévost. Grâce à lui, j'ai pu relever avec le plus grand soin les mar- Supiaux qui proviennent de Péron et Lesueur. Je ne dois pas oublier non plus la complaisance de M. Poortman.

ER Qu quables dues à Péron (1). Ge sont les roussettes où ptéropodés, ces grandes chauves-souris des Moluques, d’une envergure considérable, à oreilles courtes et coniques , à doigt -indicateur de laîle, toujours pourvu de la troisième phalange, la phalange unguéale. Les molaires de ces grandes espèces, au lieu d’être hérissées de rangées de tubercules coniques , comme cela a lieu dans les chauves-souris d'Europe, ont une couronne allongée , lisse et revêtue sur les bords latéraux, surtout le bord externe, d’une crête plus ou moins apparente, type intermédiaire , comme le remarque M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, entre les caruassiers et les herbivores, et qu’on ne retrouve chez aucun autre mammifère. Les roussettes, en effet, sont frugivores, se nourrissent principalement de fruits pulpeux, comme les bananes, et même de fleurs, et accidentellement d'insectes, peut-être de chair. L'insertion des membranes alaires a lieu, non sur les flancs, mais sur le dos; la membrane inter-fémorale est ou peu étendue, ou rudimentaire et sans usage. '

Péron avait rapporté la grande roussette , le vampire de Linné (les vampiridés actuels sont américains ) , mesurant jusqu’à cinq pieds d'envergure. Péron l'appelle péeropus edulis, nom conservé par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire , parce que les Malais recherchent la chair de ces animaux, malgré l'odeur fortement musquée dont elle est imprégnée. Ils les chassent au moyen d’un sac attaché à une longue perche.

La roussette grise (pteropus griseus) a été découverte à Timor par Péron et Lesneur. Le pelage est d’un gris roussàtre. Les individus rapportés étaient au nombre de deux, un mâle et une femelle : cette dernière avec de longues tétines pectorales.

(4) Geoffroy-Saint-Hilaire, Mémoire, ele. ; — Ann. du Mus., & XV, p. 86.

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Les deux espèces appartiennent aux roussettes dépourvues de queue, et chez lesquelles la boîte cérébrale est séparée de la face par un retrécissement considérable qui n'existe pas chez les roussettes pourvues de queue.

La roussette paillée de Timor, rapportée par Péron, a le poil d’un jaune paille ; la queue ne paraît que sous la forme d’un petit tubercule.

La roussette amplexicaude ( pteropus amplexicaudatus ), découverte par Péron et Lesueur à Timor, est une des petites espèces du genre; elle n’a que quinze pouces environ d’envergure et un pelage roussâtre. La queue, égale en longueur à la cuisse, est enveloppée seulement à son origine, par la membrane inter-fémorale.

La dernière espèce provenant de l'expédition australe, qui formait la céphalote de Péron d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, a servi à M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire de type pour établir la tribu des Æypodermiens. La phalange unguéale de l'indicateur de l'aile subsiste, mais dépourvue du petit ongle des roussettes ; de plus, les ailes ne naissent pas des flancs, mais sur la ligne médiane du dos. Il y à une petite queue, libre.

Deux individus mâles de l’Aypoderma Perontii se trouvaient dans la collection. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire remarque que les roussettes de l’île de Timor ont toutes présenté pour caractère d'avoir les poils du dos couchés.

Suivant une note de Péron, elles se tiennent, pendant le jour, dans le creux des arbres ou des rochers, suspendues, la tête en bas, par les pieds, sauf la grande espèce [edulis), qui se retire dans des cavernes.

Aux chauves-souris insectivores, à molaires munies de tubercules coniques, appartient une espèce nouvelle de petite taille, rapportée de Timor, et figurée dans l'Atlas du voyage.

le rhinolophe cruménifère. Elle est comprise dans la famille des vespertilionidés d’'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, manquant d'ongles aux doigts de l’aile, c’est-à-dire, autres que le pouce, à lèvres ordinaires, et dans la tribu des rhinolophiens, caractérisée par l'existence d’une feuille nasale. La queue s'engage tout entière dans la membrane inter-fémorale.

Les carnassiers carnivores terrestres étaient représentés par une hyène mouchetée du Cap, vivante, à pelage d’un gris blanchâtre ; deux lionnes et trois panthères également vivantes. L’animal le plus curieux des féliens, et amené vivant pour la première fois, était une panthère noire de Java. Péron en avait fait une espèce nouvelle sous le nom de felis melas. Il est prouvé maintenant que ce n’est qu'une variété de la panthère ordinaire. Il s’en présente fréquemment dans les portées de panthère à l’île de Java. En regardant le pelage avec attention, on distingue les taches noires dites en rose se détachant sur un fond un peu moins noir. Le mélanisme n’est plus regardé maintenant comme formant des espèces, il est compris dans les limites de leur variabilité, et peut affecter, non seulement les animaux domestiques, mais encore les espèces sauvages. De là, le loup noir, les lapins noirs sauvages de la forêt de Compiègne. Cette loi est tout-à-fait générale : ainsi un lépidoptère diurne, connu des collectionneurs sous le nom de tabac d’'Espagn’, présente une variété affectée de mélanisme.

Un autre félien vivant provenait du Cap. C’est un chat dont quelques auteurs on fait une espèce spéciale { chat obscur, chat métis), mais qui paraît n'être qu'une variété mélanienne du chat de Cafrerie / felis cafra ). M est de la taille de nos chats sauvages, à pelage d’un noir roussâtre, avec de nombreuses bandes transversales d’un noir foncé. D'un naturel fort doux. il vécut en liberté à la ménagerie du Muséum.

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Les viverriens rapportés par Péron étaient deux mangoustes nems, mâle et femelle, vivants, espèce que venait de décrire. dans un récent mémoire, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (Ann. du Mus., t. I, p. 248), et une genette du Cap, également vivante, qui paraît être une variété de la genette commune, répandue depuis les parties méridionales de la France jusqu’au Cap. Ce genre présente, comme on sait, un petit enfoncement anté-anal de fa peau, avec une légère exsudation, rudiment de la poche odorifère des civettes.

Le groupe des carnassiers amphibies a été, pour Péron, le sujet d'importants travaux. Avant lui, ses nombreuses espèces offraient la plus grande confusion. Il en a formé la famille des phocacés qu’il divisait en deux genres, suivant une distinction déjà proposée par Buffon, à savoir le genre p'oque à conques auditives non apparentes, et le genre ofarie, à conques anditives apparentes.

Les phocacés constituent la famille des phocidés d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; le genre otarie a été complétement adopté par la science moderne, et le genre phoque de Péron subdivisé en genres phoque, pélage, stemmatope , sténorhynque.

Les marins les ont observés en grandes troupes aux îles Malouines, à l’île Tristan d’Acunha, aux îles Saint-Pierre et Saint-Paul d'Amsterdam, à l’île Juan Fernandez, où Selkirk, le véritable Robinson, les rencontre et les décrit ; à la Nouvelle-Zélande , à l’île Georgia, aux îles du Nouvel-An, à la terre des États, etc. Les Anglais avaient déjà établi, lors du voyage de Péron, des chasses régulières de ces animaux à ia terre de Sandwich, à la terre des États, sur l’île King et sur celles du Nouvel-An, enfin sur les rocs arides de la terre de Kerguelen où ils existent en grand nombre. Péron en rencontra des espèces de diverses tailles sur presque tous les points

use

de ses relèches à la Nouvelle-Hoilande et à la Tasmanie, et surtout sur les îles, telles que l’île Maria, les îles Hunter, l'ile King, les îles Joséphine, l'archipel Saint-Pierre et Saint- François, etc.

La plus remarquable des espèces observées par Péron est sans contredit celle qu'il nomme phoque à trompe (phoca proboscidea) (XL).

On en parle, pour la première fois, dans les relations qui ont trait à l’île Juan Fernandez, en 1623 (Voyage de la flotte de Maurice de Nassau). En 1742, Anson le décrit et le figure d’après les récits de l’infortuné Selkirk. Avant Péron et Lesueur, il est à peine connu, et on n’en possède que des images grotesques.

Péron rejette d’abord judicieusement les noms de {ion marin, bien plus convenable pour le phoca jubata (Linn.) des mers du nord, à tête ornée d’une longue crinière, et d’éléphant marin, déjà consacré pour le morse, à cause de ses défenses, pour adopter le nom de phoque à trompe, d’après le remarquable prolongement mobile que les narines affectent chez le mâle.

Cette espèce est la plus grande de tous les phocidés , atteignant jusqu'à 30 pieds de longueur, sur 45 à 48 de circonférence, d’une forme lourde et massive, d’une couleur grise plus ou moins bleuâtre.

Comme dans toute la tribu des phociens, il n’y a pas de conque auditive débordant la peau de la tête ; l'oreille externe consiste en un trou suivi d’un canal interne, pouvant se con tracter et se fermer hermétiquement quand lanimal plonge, et terminé par an trou intérieur qui est le véritable trou au-

(4) Histoire de l'éléphant marin ou phoque à trompe ; — Pêches des Anglais aux terres australes ; — Voyage aux lerres australes, &. EL, p. 32.

oo

ditif. Le caractère remarquable de ces animaux est le prolongement des narines qui, affaissées et pendantes lors du repos, un peu comme la longue crête du coq d'Inde, semblent élargir la face de l'animal et s’allongent, à sa volonté, en un tube d'environ 32 centimètres de longueur. La voix est alors singulièrement modifiée. Au lieu de mugissements analogues à ceux d’un bœuf, que poussent les femelles et les jeunes màles, on entend chez les mâles adultes des sons rauques et effrayants ; on dirait le bruit que fait un homme qui se gargarise, La trompe manque chez les femelles, et même la lèvre supérieure est légèrement échancrée vers le bord. £a trompe ne se développe chez le mâle que vers l’âge de trois ans ; jusqu’à ce moment, il reste confondu , pour ainsi dire, avec la femelle. Ce fait, observé avec soin par Péron, est un exemple de plus de cette grande loi, que les femelles reproduisent d’une manière permanente les caractères du mâle encore impubère. Cette loi est surtout très marquée chez les oiseaux , et l’on sait que, parfois, les vieilles femelles acquièrent, avec l’âge et la stérilité, quelques-uns des caractères des mâles.

Le phoque à trompe se trouve exclusivement dans la zône australe qui environne le cercle polaire. Il se plaît dans les îles désertes, ainsi celles du détroit de Bass, l’île King, l’île du Nouvel-An, l’île Hunter. Il vit en grandes troupes à la terre de Kerguelen, sur l’île Georgia, la terre des États, l’île Juan Fernandez. Il est rare aux Malouines ; il manque, sauf accident, sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et de la Tasmanie.

Ses immenses troupeaux exécutent des migrations réguliéres, car il est également ennemi d’une chaleur trop active ou d'un froid trop vif. Vers la imi-juin, il remonte au nord du contour du cercle polaire austral, et les pêcheurs anglais Pattendent à ses stations fixes. Ces migrations polaires appartien-

uent aussi à divers phocidés du nord, comme le remarque Steller dans son naufrage à l’île de Behring, au sujet des /e0 et ursus marint.

Un mois après l’arrivée aux stations chaudes, choisies pendant l'hiver austral, a lieu la mise-bas des femelles. Elles ne font qu'un petit et très rarement deux, ce qui, dit Péron, est une nouvelle confirmation de ce principe : le nombre des fœtus est d'autant moindre que les animaux sont plus grands. Péron rapporte ce fait curieux que, pendant toute la durée de l'allaitement, qui est de sept à huit semaines, les femelles demeurent à terre, y sont retenues par les mâles, même forcément ; et tous deux, pendant ce temps, restent sans nourriture. Aussi éprouvent-ils un amaigrissement considérable. [ls avalent des pierres pour que leur estomac demeure tendu. Cette précaution singulière se rencontre, à ce qu’il paraît, chez beaucoup de phocidés. Quand on les ouvre, on trouve des pierres dans leur estomac. Selon certains auteurs, ce serait pour eux un moyen de se lester lorsqu'ils vont à l’eau. Peut-être serait-ce un auxiliaire pour la digestion de certaines proies, comme chez les oiseaux.

Vers la fin de septembre, ils retournent encore à terre, et c’est alors qu'ont lieu les accouplements. Les mâles se livrent de furieux combats, et c’est le seul moment où ces gigantesques animaux ne puissent être approchés sans précaution par l'homme. Le mâle victorieux garde pour lui toutes les femelles, ei ce n’est que par satiété qu'il les abandonne à ses rivaux, Enfin s'opère le départ vers le pôle, lorsqu'approche lV’été austral.

Le phoque à trompe habite les plages sablonneuses et non les rochers. Son allure à terre est lente et pénible ; # rampe par petites secousses au moyen de ses nageoires antérieures, et son corps, dans ses mouveinents, paraît trembloter, comme

une énorme vessie pleine de gelée, tant est épaisse la couche de lard huileux qui l'enveloppe.

Le naturel de ces monstrueux amphibies est dure extrème douceur. C’est à peine s'ils essaient de se défendre dans les souffrances que leur font endurer les pêcheurs. Quoique carnivores, ils ne se nourrissent que de petits et faibles animaux, surtout de seiches. Péron rapporte qu’un des pêcheurs anglais de l’île King avait apprivoisé un de ces animaux, qui répondait à son appel. Les femelles, blessées et mourantes, versent d’abondantes larmes , observation curieuse qui s’applique également aux phoques du nord. La durée de Pexistence de ces grands animaux n’est que d'environ vingt-cinq ans ; les Jeunes atteignent tout leur développement au bout de la troisième année. Sur ces êtres, fait remarquer Péron avec justesse, se vérifie cette loi générale : la durée de l’existence est proportionnelle au temps du développement ; elle est d'autant moindre qu’il est plus rapide. On sait comment M. Flourens vient de remettre en lumière ces grands principes.

De nombreuses causes tendent à avancer le terme de la vie chez le phoque à trompe. Des animaux, encore inconnus, semblent les assaillir au sein des mers. Parfois, disent les pêcheurs, on les voit sortir épouvantés du sein des flots, et perdant tout leur sang par d'horribles blessures. Mais l’homme est surtout leur adversaire acharné et redoutable. Ceux qui, entraînés par les courants, viennent échouer sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Diémen, sont massacrés par les sauvages accourus en foule. Ils leur enfoncent dans la bouche des torches ardentes. Ils se repaissent avidement de leur chair et de leur graisse. Après la curée, les tribus, souvent hostiles, engagent de meurtriers combats, et le

sang de ces brutes, gorgées de chair corrompue , coule à la suite de ces dégoütantes orgies.

Leurs ennemis les plus nombreux et les plus destructeurs sont les pêcheurs anglais, qui ont organisé des massacres réguliers sur les îles sauvages et si longtemps désertes où ces grands animaux trouvaient, depuis la création, des retraites paisibles. L’avidité mercantile de l’homme a amené une décroissance irréparable dans leur population jadis si nombreuse. |

Les pêcheurs anglais se servent contre ces animaux de lances de / à 5 mètres de long, armées d’un fer très acéré, qui varie de 6 décimètres à À mètre. Ils saisissent l'instant où l'animal soulève sa nageoïire antérieure gauche pour se porter en avant, et plongent au-dessous le fer de la lame pour lui percer le cœur. Le malheureux amphibie tombe aussitôt en perdant des flots de sang. Au reste, il suffit d’un coup de bäton, fortement appliqué au bout du museau , pour les tuer à l'instant. Oppien, dans son poème sur la pêche (halieuticon), nous apprend que les anciens savaient avec quelle facilité tous les phoques en général meurent par de pareilles lésions.

C’est presque exclusivement la graisse de ces animaux que recherche le commerce. La couche de lard est épaisse d’environ AC centimètres, et les gros individus fournissent de 700 à 700 kilogrammes d'huile. Elle est très estimée en Angleterre, et sert surtout, dans les manufactures de draps, pour adoucir les laines.

Le phoque à trompe a été placé, par Frédéric Cuvier, dans un genre nouveau qu'il appelle macrorhin. paraît plus rationnel, comme le fait M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , de le comprendre dans le genre stemmatope. La dentition est en effet la même ; la trompe n'existe que chez les vieux mâ-

les, et n’est probablement pas constante dans touie la durée de l’année. C’est sans doute un gonflement momentané et dépendant du rut, comme Île singulier capuchon du phoque capucin du Groënland {/phoca cristata ). Dans les travaux de Péron se trouvaient aussi quelques études sur un phoque du genre actuel pélaäge, à 32 dents ; c’est le sno0ine où phoca leucogaster (Péron).

Nous avons cru devoir donner une fidèle analyse du travail de Péron sur le phoque à trompe ; car ce mémoire, remarquable comme modèle d’une monographie exempte de l’aridité habituelle, est précieux, en ce que les détails de mœurs s’appliquent à tout le groupe des phocidés.

Un titre plus important encore de Péron à la reconnaissance scientifique, c’est sa distinction des phoques d'avec les otaries. Dans l'examen de cette famille, si difficile à classer, il a su reconnaître un excellent caractère différentiel. Les otariens sont en effet pourvus de petites conques auditives externes. Le caractère pisciforme est plus prononcé que chez les phociens. Les membres de devant, placés très en arrière, n’ont plus de doigts distincts ; ce sont des nageoires de cétacés où tout est couvert par la peau. Le pied de derrière n’est plus simplement palmé, comme chez les phociens; la peau déborde les ongles par cinq longues expansions cutanées : c’est une excellente nageoire.

Les otariens, répandus dans la partie sud de la zône antarctique, s'élèvent, le long des côtes du Japon, jusqu'au détroiss de Behring. Ils manquent complétement en Europe et dans les parties boréales de l’océan Atlantique.

Les uns présentent des conques auditives droites et coniques. Tels sont le ursus marinus de Steller, des côtes de Kamschatka et des îles Aléoutiennes, et le /ion marin où phoca jubata, du même auteur, dont le mâle porte sur le cou

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une épaisse crinière descendant jusque sur les épaules, et habite locéan Pacifique boréal et les rivages californiens. Ils deviennent pour Péron les otaria ursina et otaria leonina. Le poil de ces animaux est de deux natures ; par dessus, un poil long, brunâtre, raide, tacheté de gris foncé; par dessous, un poil ras, court, doux et satiné, sorte de feutre recherché pour faire les casquettes dites de loutre. |

Chez d’autres otariens, les conques extérieures sont enroulées et recouvrent l’orifice auditif. Nous citerons le petit phoque noir de Buffon, auquel Péron donne le nom d'otarie de l’île de Rottnest, de petite taille, ayant de deux à quatre pieds de longueur, d’une couleur noirâtre, d’un pelage doux, et habitant la Nouvelle-Hollande. 1l est encore appelé otarie de Péron, otaria pusilla, phoca pusilla (Desm.).

Deux otaries d’epèces nouvelles ont été reconnues par Péron. Ce sont : lofarie à cou blanc (otaria albicollis), de 8 à 9 pieds de longueur, ayant une grande tache blanche sur la partie moyenne et supérieure du cou, et habitant la Nouvelle- Hollande. L’ofaria albicollis {ut trouvée par Péron sur l’île Eugène. Les pieds antérieurs sont plus en avant que chez les autres otaries, d'où résulte une agilité bien plus grande et un ra urel bien moins timide. D’autre part, l’otarie cendrée (ota-

inerea), &e 9 à 10 pieds de longueur. Le pelage est d’un

endré. Cette otarie habite les côtes méridionales de la

(le-Holiande, l’île Decrès , le détroit de Bass. Un indi-

té à l’île Decrès, a offert à Péron trente-trois pierres ses grosseurs accumulées dans son estomac.

ue les travaux de Péron aient été complétés par Fré-

ier, par Lesson, par Quoy et Gaimard, l’histoire de

iiers, les plus grands de leur ordre, suivant la loi

s espèces aquatiques comparées aux espèces ter-

spondantes, laisse encore beaucoup à désirer.

Comme ils ont été observés le plus souvent par des hommes étrangers à toutes notions scientifiques, de nombreuses fables viennent constamment obseurcir le petit nombre de résultats certains. Ainsi Buffon pensait que l'ouverture du trou de Botal, analogue à ce qui a lieu chez le fœtus avant la naissance, leur permettait de rester longtemps sous l’eau sans être asphyxiés. Labillardière, Steller avaient déjà reconnu lerreur de cette hypothèse sur certains phocidés, et Péron confirme leur manière de voir. Ses dissections sur cinq espèces nouvelles des mers du sud lui ont démontré l’occlusion du trou de Botal.

Les carnassiers dégradés, qu’on appelle insectivores, et qui se placent si naturellement à la fin de leur ordre, dans un parallélisme complet, tribu à tribu, avec l’ordre des rongeurs, nous offrent, dans les collections de Péron, une espèce de la famille des soricidés, la musareigne du Cap, très mal décrite avant lui. C’est l'espèce (1) qui a le museau le plus long et le plus eflilé, de larges oreilles nues, une forte odeur de musc. Elle habite dans les caves, où on la détruit pour ses dégats et son odeur. Ce genre présente un certain intérêt. Le vulgaire, en effet, le confond avec les rats et les souris ; mais il forme un groupe parallèle de carnassiers insectivores, remarquable par les glandes odorantes des flancs, dont les vestiges se retrouvent à la même place dans les rongeurs du groupe correspondant.

L'ordre des rongeurs nous offre deux porcs-épics vivants, mâle et femelle, dans les animaux ramenés sur le Géographe.

Les pachydermes étaient représentés par un zèbre femelle, pris très jeune, et qui avait appartenu au gouverneur du Cap.

(4) Voir Ann, du Mus., t. XVII, p. 184.

Il se laissait monter, et avait la docilité du cheval, fait précieux à opposer à ceux qui ont prétendu que le zèbre est indomptable et que la domestication en est impossible. Ce zèbre femelle fut fécondé par un âne et donna un métis vigoureux. I le fut ensuite par un cheval, mais mourut au huitième mois de la gestation. Le fœtus, avec les formes du père, avait une partie de la robe de la mère.

Les ruminans amenés vivants furent un cerf et une biche du Gange {cervus axis), espèce déjà bien connue en France, et qui s’y reproduit facilement. Avant la Révolution, il y avait plus de soixante axis dans les parcs royaux.

Un des plus précieux échantillons rapportés par Péron fut un gnou ou antilope du Cap, vivant. Cet animal, qui se rapproche du genre bœuf, est pourvu de cornes dans les deux sexes, d’une barbe et d’une crinière blanche à la base. Le reste du corps est semblable à celui d’un petit cheval à jambes fines. Les gnous habitent, en troupes considérables, les montagnes au nord du Cap.

Parmi tous les mammifères étudiés ou rapportés par Péron, les marsupiaux et les monotrêmes furent, sans contredit, lobjet de ses plus curieux travaux.

Avant ce naturaliste, on ne connaissait en France, à peu d’exceptions près, quelques-uns de ces animaux, que par les descriptions souvent insuffisantes des auteurs anglais. Il y amena, le premier, de nombreux individus de cegroupe, tant vivants que préparés. On n’avait encore vu que deux kanguroos vivants.

Les marsupiaux forment une grande division parallèle aux mammifères à génération ordinaire. On sait que leurs principaux caractères se résument en deux os marsupiaux portés sur les pubis et surajoutés au bassin, soutenant une poche développée chez les femelles, n’existant qu’en rudiment chez

les jeunes mâles, et dans laquelle sont logés les petits, greffés aux tétines maternelles.

= L’embryon ne contracte que des adhérences placentaires très imparfaites ou nulles ; il est rejeté hors de l'utérus par une sorte d’avortement et introduit aussitôt dans la poche de la mère, sorte de second utérus où le petit, encore très imparfait et quasi gélatineux, s'adapte par la bouche à une tétine et opère une lactation continue. Les marsupiaux présentent une bifurcation considérable des pièces génito-urinaires et deux utérus distincts. Cette non-réunion sur la ligne médiane indique une infériorité marquée.

Un groupe, les didelphes ou sarigues, seul bien connu de Buffon, est propre à l'Amérique du Sud , sauf la seule espèce opossum de Virginie. Tous les autres sont de l'Australie et des îles qui la bordent, de la Tasmanie, et quelques espèces de l'archipel Indien.

Le parallélisme le plus évident nous fait rencontrer, chez les marsupiaux, des carnassiers ordinaires, à molaires comprimées et tranchantes, des insectivores à molaires armées de tubercules coniques, à canines petites, des frugivores et des rongeurs à canines nulles ou variables, à molaires aplaties.

Le groupe des marsupiaux carnivores est constitué par les dasyuridés, comprenant les trois genres {hylacine, dasyure, phascogale. |

Les descriptions du capitaine Philipp et de John faisaient connaître l’existence, dans la Nouvelle-Hollande, de carnassiers à poches, et qu'on disait analogues aux sarigues. D’après les grandes idées de Buffon sur la distribution géographique des animaux, les didelphes ou sarigues devaient être américains. Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui alors ne connaissait encore l'existence, en Australie, que de marsupiaux frugivores, pénétré de la vérité des principes, osa soutenir que le

En 2

spoticd opossum des Anglais devait fournir le type d’une famille nouvelle, bien distincte des didelphes ou sarigues. Sept ans plus tard , les dasyures , envoyés par Péron et Lesueur, sur le VNaturaliste, devaient confirmer la vérité de cette assertion. Les didelphes ont la queue nue, écailleuse et fortement préhensile, caractère spécial à un assez grand nombre d’animaux, presque tous américains, le pouce long , écarté, opposable. Ils sont grimpeurs et se balancent aux arbres.

Les dasyures, au contraire , sont des carnassiers terrestres (1). Ils ont deux incisives de moins que les didelphes. Les doigts , non divisés profondément , sont au nombre de cinq en avant, quatre en arrière, avec un pouce nul ou rudimentaire. Le poil n’est plus parsemé de soies, comme chez les didelphes, mais doux et laineux comme celui des genettes. La tête est conique, le museau à longues moustaches, la queue lâche et à longs poils.

Péron, dans ses courtes relâches à la Tasmanie , n'avait pas rencontré le thylacine, de la taille du loup, plus bas sur jambes, vivant dans les creux des rochers, à sept molaires toutes carnassières. Il attaque les troupeaux.

Les animaux envoyés sur le Vaturaliste appartiennent aux genres dasyure et phascogale. Yes dasyures, proprement dits, ont sept molaires, trois comprimées et tranchantes, quatre à couronne plate, mamelonnée. Leur taille et leurs habitudes rappellent les martes, putois et genettes ; ils sont redoutables pour les poulaillers.

Le dasyurus macrourus où Peronit , figuré dans l'Atlas dévorant un cadavre de phoque (pl. 33), est le plus grand de tous. Il a un pied et demi de long, et une queue de même longueur. Il avait été confondu par Philipp et Shaw avec une

(1) Geoffroy Saint-Hilaire, Ann. du Mus., t. LL, p. 358.

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fouine (viverra maculata). Les oreilles sont courtes , le museau fin, le pelage marron à taches blanches, la queue également tachetée. Péron en rencontra deux individus à l'île King, après le départ du Vaturaliste. Les premiers venaient de la Nouvelle-Galles du Sud.

Le dasyurus Maugei (espèce nouvelle) est un peu plus petit, à taches plus égales et répandues sur tout le corps. Le pelage est olivâtre, moucheté de blanc, la queue sans taches.

En outre, se trouvaient dans l'envoi les dasyurus viverrinus et dasyurus tafa, déjà connus par de mauvaises descriptions. Le premier est peut-être une variété du précédent. Le dasyurus tafa a le pélage brun, non moucheté, et la queue de même couleur.

Les deux autres, de petite taille, sont rangés maintenant dans les phascogales , chez lesquels les molaires du fond se hérissent de pointes coniques, caractère de passage aux véritables marsupiaux insectivores. 11 y avait le dasyurus penicillatus, déjà découvert par Shaw, de 8 pouces de longueur, provenant de la Nouvelle-Galles du Sud, à pelage cendré, non moucheté et à queue noire, et le dasyurus minimus , de la taille d’un lérot, 4 pouces de long, qui forme une espèce nouvelle. II a le pelage roux, non moucheté, et la queue de même couleur.

Viennent ensuite des carnassiers marsupiaux principalement insectivores.

Les myrmécobes, de la Nouvelle-Hollande, sur le bord de la rivière des Cygnes et de la Tasmanie, furent inconnus à Péron. Les objets rapportés sur le Vaturaliste permirent à Étienne Geoffroy Saint-Hilaire la création d’un genre nouveau, devenu maintenant la famille des péramélidés. On connaissait un animal de Port-Jackson, appelé par Shaw didelphis obesula, par suite d’une confusion avec les didelphes américains.

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Péron et Lesueur envoyèrent une espèce nouvelle, provenant de la Nouvelle-Galles du Sud (1). Ils ont plus d’incisives que les carnassiers ordinaires , signe de dégradation. Ce groupe ressemble aux sarigues et aux dasyures par les dents, mais les pieds de derrière le rapprochent des kanguroos, par leur longueur et leurs ongles énormes, triangulaires. En apparence, ils n’ont que trois doigts, le médian, très prédominant , mais le doigt interne, muni de deux ongles, est formé de deux doigts accolés sous le même tégument. Il y a un pouce rudimentaire sans ongle qui manque au pied postérieur des kan guro0s.

Leurs mœurs et la forme de ce train postérieur les éloignent des didelphidés : ce ne sont pas des grimpeurs comme ceux-ci, mais des fouisseurs à la manière des blaireaux. Ils courent en sautillant, vivent de chaïrs mortes, de reptiles, et surtout d'insectes. L'espèce type, due à Péron, est le perameles nasuta, d'une longueur de 50 centimètres environ, avec une queue de 15 à 16 centimètres, le museau très effilé et le nez prolongé au-delà de la machoire. Le pelage est d’un brun clair en dessus, et blanchâtre en dessous.

L'autre famille de marsupiaux insectivores est formée par les didelphidés ou marsupiaux américains.

Les découvertes de Péron ne sont pas moins précieuses relativement aux marsupiaux frugivores.

Parallèlement aux sciuridés se présentent les phalangidés, animaux crépusculaires, vivant dans les forêts épaisses , se nourrissant essentiellement de fruits, et y ajoutant sans doute des œufs d'oiseaux et des insectes. Les vraies molaires de ces animaux ont des collines transverses, à leur couronne, comme celles des semnopithèques et des indris, indice du régime

‘(A) Ann. du Mus., Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, & IV, p. 56.

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frugivore. Les incisives sont analogues à celles des kanguroos ; il y en asix à la mâchoire supérieure, et deux seulement à la mâchoire inférieure, longues, couchées en avant, comme celles des rongeurs.

Le genre phalangiste, parallèle aux écureuils , ayant par fois la queue à poils distiques , est caractérisé par sa queue prenante, tantôt nue et écailleuse, tantôt poilue, et seulement un peu dénudée au-dessous de la partie terminale. Dans les individus provenant de Péron, se rencontre le couscous ou phalanger oriental, blanc ou blanc jaunâtre, varié de brun en dessus. Il est commun à Timor, dans les lieux boisés ; il a la queue nue, les pupilles elliptiques ; c’est un animal seminocturne, répandant upe odeur fétide au moyen d’une glande placée au pourtour de l'anus, et néanmoins recherché par les nègres de la Papuasie et des Moluques, qui mangent sa chair, après lavoir fait rôtir sur des charbons ardents.

Dans les phalangistes à queue velue, garnie de longs poils un peu distiques, et même couverte de très petits poils dans la région où elle paraît dénudée au premier abord, nous rencentrons le phalanger de Cook, de taille un peu moindre que le chat domestique.

Péron a rapporté également une espèce du troisième sousgenre des phalangistes , de petite taille, à queue garnie de petits poils et tout-à-fait nue par dessous, à l'extrémité terminale. C’est le phalanger nain (phalangista nana, Geoffr.), de la grosseur d’une souris. Le pelage est, en dessus, d’un gris légèrement roussâtre. Les parties inférieures et le dedans des membres sont blancs. L’individu rapporté par Péron provient de Pîle Maria, près la terre de Diémen. Il l’obtint par échange d’un sauvage qui se disposait à le tuer pour le manger. Il est

désigné à tort comme un dasyure dans la relation du voyage (RE, -p:1804).

Le second genre des phalangers est constitué par des animaux parallèles aux polatouches, et chez lesquels la queue n’est plus prenante, mais longue et velue dans toute son étendue. Une membrane poilue et frangée, extension de la peau des flancs, est comprise entre leurs membres et leur sert de parachute pour sauter, sans danger, d’un arbre à l’autre. Ils forment le genre petaurus.

Le sous-genre petaurista est représenté, dans la collection de Péron, par le pétauriste taguanoïde ou phalangiste taguanoïde de Geoffroy Saint-Hilaire. C’est la plus grande espèce du genre ; elle a 55 centimètres du bout du museau à l’origine de la queue, et celle-ci est presqueaussi longue. La membrane des flancs engage le membre antérieur jusqu'au poignet. Le pelage est très doux et très long sur le dos ; aussi, lors du voyage de Péron, les naturels de la Nouvelle-Hollande chassaient activement ces animaux, dont la fourrure servait à faire des manteaux recherchés par leurs femmes.

Aujourd’hui , les épaisses fourrures de plusieurs espèces de phalangers sont l’objet, en Australie, d’un immense commerce d'exportation. Les habitudes nocturnes de ces animaux expliquent la conservation d’un pelage serré dans un pays chaud, et leur acclimatation dans nos régions tempérées n’amènerait pas la disparition de la fourrure, inconvénient qui empêchera toujours l'introduction en France des rongeurs monodelphes des régions boréales , si précieux pour les pelleteries. |

Péron avait aussi rapporté de la Nouvelle-Hollande le pélauriste à ventre jaune (petaurus flaviventer), et les galeries du Muséum présentent encore un individu mâle donné par Péron, d’un pelage blanc et indiqué comme une variété albine de cette espèce. On attribue encore à notre naturaliste une autre espèce qui lui a été dédiée { petaurista Peronû ), de la

He taille d’un écureuil d'Europe, et chez laquelle la peau des flancs ne s'étend que jusqu'aux coudes.

* Dans le sous-genre acrobate, les collections du Voyage nous ont donné l’acrobate nain (petaurista pygmata où pétauriste type de Geoff. St-Hil. et Dum.). Ce joli animal, de la taille d'une souris, a les formes plus ramassées que les autres pétauristes, et la membrane des flancs terminée aux coudes. Il est de la Nouvelle -Hollande.

Les tarsipèdes, qu’on avait cherché à joindre aux phalangidés, s’en écartent notablement par leurs dents rudimentaires, qui semblent les rejeter parallèlement aux édentés. Il ne furent pas connus de Péron. Il en est de même des phascolarctidés.

Au contraire, les £kanguridés ou macropodés, voisins des précédents par la dentition, doivent à Péron de nombreux individus formant encore aujourd’hui les plus remarquables échantillons de cette famille dans les galeries du Muséum. Ces animaux , parallèles aux rongeurs dipodiens et hélamiens, sont caractérisés par la longueur extrême de leur train postérieur, leur queue grosse à la base, et servant de point d'appui et de contrepoids pour le saut et pour franchir les obstacles. Leur régime est exclusivement frugivore et herbivore. Leur marche est fort singulière , ils ramènent , à l’aide de la queue, le train postérieur contre le train antérieur demeuré fixe. Leur chair est excellente , et il est bien à désirer que ces animaux, déjà élevés en Angleterre, dans quelques parcs, soient bientôt naturalisés en France. Les petites espèces se placeront à côté du lapin domestique et sauvage, les grandes formeront des troupeaux. Ils existent déjà, suivant de récentes communications faites à la Société zoologique d’acclimatation, en plusieurs points de l'Espagne et de l'Italie.

Jadis un seul couple de ces animaux, sous une direction intelligente, a donné un petit troupeau à Rosny, propriété de

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M la duchesse de Berry. À la ménagerie du Muséum , les kanguroos, placés ons des conditions très défavorables, ont reproduit.

Au dire des amateurs, la chasse des kanguroos est d’un singulier et puissant intérêt.

Le poil d’une de leurs espèces est l’objet d’une grande exportation en Amérique. Par suite d’une chasse active, leur nombre a singulièrement diminué dans leur pays natal. Ils sont propres à la Nouvelle - Hollande, à la Tasmanie et aux nombreuses îles côtières. Une espèce, le kanguroo d’Aroé ; s'étend dans les Moluques. Parmi eux se trouvent les plus grands Marsupiaux.

Les anciens kanguroos ont été subdivisés en deux genres : macropus où kangurus, n'ayant de canines ni en haut ni en bas, et potoroo où hypsiprymnus, ayant des canines à la màchoire supérieure.

Les kanguroos rapportés par Péron furent le £anguroo géant (macropus giganteus), dont la taille est à peu près celle d’un mouton, d’un gris cendré un peu roussâtre en dessus et blanchâtre en dessous. Cette espèce, découverte par Cook, en 1770, existe dans la Nouvelle-Galles du Sud, et on la chasse dans les Montagnes Bleues, avec des lévriers. Les kanguroos se défendent par des coups de leur queue et avecleurs ongles postérieurs, énormes et pointus, qui peuvent faire des blessures assez dangereuses. Péron en ramenait un individu vivant qui périt à l’arrivée et servit aux dissections de Cuvier. D’après une letire de Baudin , lors de la seconde relâche à Timor, il y avaiteu dix kanguroos géants en vie sur le Géographe. Des pertes successives n’en laissérent qu’un seul, au retour en France.

La chair du kanguroo géant est assez dure. Comme le dit Péron, au sujet de l’acclimatation de ces animaux, la chair du kanguroo gris (macropus rufo-griseus, Geoff.) est bien préfé-

| = M5 = rable. On doit encore à ce naturaliste une espèce nouvelle, le kanguroo à cou roux {macropus ruficollis, Geoff.) découverte par Péron à l’île King, dans le détroit de Bass, et ramenée vivante sur le Géographe; enfinle kanguroo brun enfumé (macropus fuliginosus, Geo. , kangurus fuliginosus, Pér. et Les.) au pelage d’un roux canelle, d’une taille énorme, supérieure même à celle du kanguroo géant.

Deux individus de cette espèce, les plus grands spécimens des kanguroos dans les collections du Muséum , proviennent des chasses de Lesueur et de l'équipage du Géographe à l’île Decrès. Assis sur leurs pieds de derrière, ils dépassaient la hauteur d’un homme.

Nous trouvons encore citée dans le Voyage (tome IF, page 117) une espèce de £anguroo de l’île Eugène, dont M. Lesueur tua plusieurs individus sur cette île, et qu’on ne vit nulle part ailleurs. Chacun de ces quadrupèdes pesait de huit à dix livres, la fourrure était épaisse, d’un poil très fin, et d’une belle couleur rousse, tirant sur le brun. Quatre phalangers d’une espèce nouvelle furent aussi tués à l’île Eugène par Lesueur. Péron signale encore un £anguroo rouge, d'espèce inconnue, rencontré par les hardis explorateurs des montagnes abruptes de la Nouvelle-Galles du Sud.

Une remarquable espèce de kanguridé découverte par Péron a reçu les noms les plus divers. Il s’agit du £anguroo élégant ou potoroo élégant. Les uns le considèrent comme un potoroo, ayant à la mâchoire supérieure deux canines, qui manquent dans le genre kanguroo. Fr. Cuvier admet cinq molaires au lieu de quatre, eten fait le sous genre Aalmaturus. Il a reçu de Péron et de Lesueur le nom de £anguroo à bandes (kangurus fasciatus) et est figuré dans l'Atlas du Voyage, pl. 27. On l'appelle aussi £anguroo lapin, bettongia fasciata

2 jC (Gould , Monogr. des marsupiaax). Le Muséum possède le mâle, la femelle et le jeune, rapportés par Péron.

La patrie de ce joli animal est l’île Bernier, celle de Dorre, celle de Dirck-Hartighs, îles dans lesquelles n’habite pas l'homme (1). Péron ne l’a trouvé ni sur le continent, ni sur les autres îles, et il indique que ce phénomène de localisation très restreinte se reproduit pour toutes les autres espèces de Kanguroos.

Le kanguroo à bandes est la plus petite espèce des kangu roos proprement dits, si on le range dans ce genre. L'espèce se distingue par douze ou quinze bandes disposées transversalement sur le dos, étroites, d’un roux brun, devenant de plus en plus distinctes et plus brunes, des épaules à la queue. On n'en observe aucune trace sur le ventre. La queue, faible et dépourvue de poils , est au premier aspect celle d’un très gros rat.

Ces kanguroos, privés de tous moyens de défense ou d’attaque, ont un caractère extrèmement doux et timide, et s’alarment au moindre bruit. Le souffle du vent même est pour eux une cause d’effroi. Ils se réfugient, par des petits chemins couverts, convergents, au milieu de buissons fourrés impénétrables. En s’embusquant à l’entrée de ces chemins, les chasseurs s’emparaient, à coup sûr, de ces animaux.

Leur chaïr, qui ressemble à celle du lapin de garenne, est plus aromatique. C’est la meilleure chair de kanguroo que Péron ait rencontrée , et, sous ce rapport, dit-il, l’acquisition de cette espèce serait un bienfait pour l’Europe. |

A l’époque où l'expédition française aborda sur ces rivages, les femelles avaient dans leur poche un petit déjà assez gros,

(4) Voyage aux Terres australes, tome I°°, page 114.

(T2 qu'elles cherchaient à sauver avec un admirable courage. Blessées, elles fuyaient emportant leur petit dans leur poche, et ne se décidaient à l’abandonner qu'épuisées par la fatigue ou par la perte de leur sang. Alors elles s’arrêtaient, et s’accroupissant sur leurs pattes de derrière, l’aidaient, avec leurs pieds de devant , à sortir du sac maternel , et cherchaient, en quelque sorte, à lui désigner un lieu de retraite. Pais elles continuaient à fuir avec autant de vitesse que leurs forces le permettaient. La poursuite du chasseur venait-elle à se ralentir, on les voyait retourner au buisson protecteur de leur nourrisson. Elles l’appelaient avec un grognement qui leur est propre, le caressaient affectueusement, comme pour dissiper ses alarmes , le faisaient de nouveau rentrer dans leur poche, et cherchaient , avec ce doux fardeau, quelque fourré où le chasseur ne püût ni les découvrir ni les forcer. Les mêmes preuves d'intelligence et d'affection se reproduisaient d’une manière plus touchante encore de la part de ces pauvres mères, lorsqu'elles se sentaient mortellement atteintes ; tous leurs soins avaient alors pour but le salut de leur nourrisson ; bien loin de penser à la fuite, elles s’arrêtaient sous les coups du chasseur, et leurs derniers efforts étaient dirigés vers la conservation de leurs petits.

Péron en avait élevé un jeune qui s’apprivoisa et périt par accident à Timor. Il mangeait du pain avec plaisir et savourait l’eau sucrée avec délices. Ce fait prouve que cette espèce s’accommoderait parfaitement des soins de l’homme.

Le genre potoroo proprement dit sert de passage entre les kanguroos et les phalangers. Ces espèces, de petite taille, ont la queue nue et écailleuse comme celle de nos rats.

Une espèce, voisine du £anguroo-rat où potoroo de White (hypsiprymnus murinus), de la taille d’un petit lapin, et com-

mun dans la Nouvelle-Galles du Sud, figure, dans les envois du voyage, par un squelette déposé au Muséum, sur lequel on a fondé le potoroo de Péron (hypsiprymnus Perontüi). 1 paraît différer du kanguroo-rat par quelques caractères secondaires.

La famille des phascolomidés, celle qui se rapproche le plus des rongeurs par la dentition, a été pour la première fois bien étudiée et rapportée en Europe par Péron et Lesueur. Ces animaux, dont on ne connaît encore d’une manière positive qu’une espèce, ont deux incisives antérieures à chaque mâchoire, mais ressemblant plutôt pour la forme aux incisives médianes de certains phalangers qu’à celles des rongeurs ; pas de canines et cinq molaires, haut et bas, de chaque côté. Leur corps est trapu , avec une queue très courte et entièrement cachée par les poils; leur tête très grosse, comme carrée et aplatie, les oreilles courtes, les yeux très écartés, les narines percées dans un petit mufle, et le pelage épais et d’un brun grisâtre. Les membres sont terminés par cinq doigts armés d'ongles fouisseurs, sans réunion de deux doigts internes au pied postérieur, comme chez les kanguroos et les phalangers, sans pouce opposable, comme celui des phalangers.

L'espèce type est le phascolome wombat ( phascolomys wombatus, Pér. et Les., ou didelphis ursina, Shaw), pouvant atteindre et même dépasser la taille du blaireau dont il a les allures, mais non le régime complet, car il est seulement herbivore et frugivore. ;

Le système dentaire de ces animaux et leurs pieds de devant à ongles fouisseurs , très grands, les rapprochent des marmottes ; mais, remarque Etienne-Geoffroy Saint-Hilaire, il y a des différences profondes qui consistent en un cæcum très petit et très grèle , au lieu d’être long et volumineux, comme l’indiquerait la dentition. De plus , les os marsupiaux

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existent chez le mâle et la femelle, et il y a une poche chez celle-ci (1). |

Ils se creusent des terriers et sont claviculés. fs se rassemblent à demi en boule, marchent sur la plante des pieds, et ont l’aspect de petits ours. [ls sont un peu nocturnes, comme tous les animaux qui terrent, et également, pour la même raison, timides et peu intelligents.

Péron parle avec de grands éloges du goût exquis de leur chair. Le wombat est un de ces animaux dont il désirait au plus haut point amener l’acclimatation en France. Dans les cabanes des pêcheurs anglais, qui fui fournirent des aliments et un abri protecteur, à l’île King, cet animal, doux et dépourvu de ruses, était déjà réduit à l’état domestique, allait chercher pendant le jour, au milieu des forêts, la nourriture dont il avait besoin, et rentrait, le soir, dans la cabane qui lui servait de retraite. Voilà de ces faits précieux qu’on ne saurait trop mettre en lumière.

C'est dans la vue d’être utile à son pays que Péron n’avait rien négligé pour faire parvenir en France des phascolomes vivants. Le /Vaturaliste en ramenait trois, mais l’un d’eux avait tellement souffert en route, sur le bateau qui remontait la Seine, qu’il mourut peu d'heures après son arrivée au Jardin des Plantes. Les deux autres, encore jeunes, vécurent à la ménagerie. Lors de la seconde relâche à Timor, le Géographe possédait deux wombats vivants (2) ; ils ne supporterent pas les fatigues de [a traversée. Les galeries du Muséum offrent actuellement, sous le nom de Péron et Lesueur, un wombat mâle, type de l'espèce, et un second individu jeune. L’atlas du voyage (pl. 28), représente deux wombats, mâle

(1) Étienne-Geoffroy Saint-Hilaire, Ann. du Mus., t. I, p. 364.—Nolice, etc; (2) Lettre de Baudin, Ann. du Mus., t. I, p. 475.

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et femelle, avec leurs petits, de l’île King. Lors de l’arrivée de ces animaux en France, Étienne-Geoffroy Saint-Hilaire les crut d'abord entièrement nouveaux, tant était incomplète la description du wombat découvert par Bass à la terre de Diémen.

Et, pour le remarquer ici en passant, n’est-il pas juste de compter, parmi les services indirects rendus en si grand nombre à la science par Péron, ce trait de lumière que jette dans l'esprit d’un de nos plus éminents naturalistes la nécessité où il se trouve de créer le nouveau genre phascolome, dès qu’il recoit le premier envoi de l’expédition française ? En effet, Geoffroy Saint-Hilaire, après avoir restreint le genre didelphe aux marsupiaux de l'Amérique, avait proposé le genre phalanger pour ces marsupiaux de l’archipel Indien, ayant la mâchoire supérieure armée d’incisives et de canines, comime les carnivores, et présentant à la mâchoire inférieure le système de dentition des rongeurs.

Avec les genres dasyure et kanguroo, aux deux extrémités opposées, on avait, pour l’ordre des marsupiaux, une sorte de chaîne uni-linéaire, allant des carnassiers aux rongeurs ; mais la nature ne connaissant pas, à proprement parler, de séries continues, ni de chaînes dans une direction unique (1), la combinaison précédente devint impossible, dès que furent connus les phascolomes et les péramèles rapportés par Péron, ces derniers surtout réunissant à la fois les caractères des dasyures et des kanguroos. Ainsi se trouve corroborée, à son début, cette théorie des séries parallèles qui envahit de plus en plus les domaines de la science, que la physique emprunte aux sciences naturelles, dans les études comparées de la chaleur et de la lumière, et qui entre, par des prescriptions offi-

(4) Geoff. Saint-Hilaire, Mémoire déjà cité, Ann. du Mus., t, EV, p. 59.

re cielles , dans l’enseignement de la chimie. ( Voir progr. de chimie de 3°, sect. des sciences.)

Enfin Péron, le premier, a rapporté en France, pour les collections du Muséum, ces deux animaux placés aux limites des mammifères, et dont Geoffroy Saint-Hilaire, d’après les descriptions anglaises , avait le premier indiqué la réunion en un ordre, les monotrèmes, parallèles aux édentés. Un bec analogue à celui des oiseaux , un cloaque, l'absence de placenta , un seul ovaire, bien développé et en grappe : d'autre part, des téguments pileux , des pieds à cinq doigts armés d'ongles, des mamelles , enfin une épaule de reptile, avec un bassin à os marsupiaux, un pénis bifurqué et deux oviductes distincts mais sans poche, telle est la réunion étrange des caractères les plus disparates qui donnent tant d'intérêt à cette création anormale , si peu nombreuse en espèces, et qui semble porter à son comble l’étrangeté des animaux australiens. On rejette aujourd’hui leurs œufs prétendus ; un ergot des pieds postérieurs, rudimentaire chez les femelles , développé chez les mâles, canaliculé, verse le produit d’une glande cachée entre les muscles cruraux. Le caractère venimeux dé ce liquide paraît devoir être relégué au rang des fables ; l’'ergot des mâles semble bien plutôt un organe préhenseur et excitateur de la femelle, lors de l’accouplement, analogue aux pièces copulatrices de beaucoup d'insectes et aux éperons cornés de certains crapauds.

L’ornithorynque a le bec large, offrant à la base des dents cornées, la langue non extensible, les pieds ultra-palmés. Il vit dans les marécages de la Nouvelle-Galles du Sud et fouille la vase avec son bec. Il creuse des terriers sur le bord des eaux. Son pelage, fauve en dessus, blanchâtre en dessous, rappelle les loutres, les ondatras. Sa taille est la plus grande parmi les monotrèmes ; les yeux sont cerclés de poils beau-

coup plus pâles. Ces caractères généraux des animaux aquatiques sont si constants, que ces êtres, placés à la limite des mammifères, paraissant , au premier abord , déroger aux lois ordinaires, viennent, au contraire, nous apporter la confirmation éclatante de l’unité des principes.

L’échidné, animal terrestre et fouisseur de l’île de Diémen et de la Nouvelle-Hollande , présente des soies entremélées de piquants. Son bec est mince, tubuleux , ouvert seulement à l'extrémité, sa langue extensible comme celle des fourmiliers ; ce qui fait supposer un régime analogue. On en a indiqué deux espèces, qui sont peut-être deux variétés {echidna selosa et hystrix). L’ornithorynque a été amené vivant plusieurs fois en Angleterre ; l’échidné n’a pu être transporté en Europe. |

Les galeries du Muséum possèdent encore un ornithorynque mâle dû à Péron et Lesueur , et deux échidnés soyeux : savoir une femelle privée d’ergot, et un jeune mâle muni d’ergot et d’une très belle conservation. Ces derniers viennent de l’île King. L’ornithorynque est figuré dans l’atlas du voyage aux terres australes (planche 34), ainsi que le détail des poils du dos, à élargissement, lancéolé du milieu à la pointe. Seulement, on y trouve désignées deux espèces , ornithorynchus rufus et fuscus (Pér. et Les.), établies à tort sur de simples variations de couleur. Plus tard, M. Geoffroy Saint-Hilaire a fait voir qu’elles n’en forment réellement qu’une, ornithorynchus paradoxus (À).

Les sirénides ou pachydermes bipèdes amphibies, groupe parallèle aux pachydermes ordinaires, ne figurent qu'incidemment dans les travaux de Péron, mais, toutefois, de manière à résoudre une intéressante question. Dampier, un des

(1) Ann. des Sciences naturelles, IX, 451, 1826.

premiers explorateurs de la baie des Chiens marins, à la terre d'Endracht, prétendait avoir rencontré les restes d’une tête d’Aippopoiame, reconnaissable à ses défenses, dans l'estomac d'un requin. Ce fait était en désaccord avec les notions les mieux acceptées de la géographie zoologique, car l’hippopotame est exclusivement propre à l'Afrique, vit seulement dans les grands lacs et fleuves d’eau douce, et descend rarement à leur embouchure. La terre d’'Endracht, comme toutes les côtes de la Nouvelle-Hollande , est privée de cours d’eau. Un heureux hasard permit à Péron de trancher cette grave difficulté. Lors de la seconde relâche à la terre d’Endracht, les matelots lui apportèrent sept dents arrachées à un animal dont le cadavre, long de six à sept pieds, gîsait en putréfaction étendu sur la grève. Il reconnut des dents de dugong, mammifère bipède, encore bien mal étudié à cette époque, et de l’océan Indien. L'erreur de Dampier fut ainsi expliquée ; car les dents du dugong indiquent un régime herbivore , comme celles de l’hippopotame. Il a aussi des défenses, mais à la inûchoire supérieure , tandis que les canines recourbées en défenses, chez l’hippopotame, sont surtout celles de la mâchoire inférieure.

Péron n’a pu, malgré ses recherches à la terre d’Endracht, rencontrer le dugong vivant. Peut-être ce hurlement terrible, semblable au mugissement d’un bœuf, mais beaucoup plus fort, et qui paraissait sortir des roseaux (1), objet de grande épouvante pour les explorateurs de la rivière des Cygnes, lors de la première relâche, doit-il être rapporté aa dugong. Les rytines, bipèdes herbivores, voisins des dugongs , ont, au dire de Steller, la voix analogue au mugissement des bœufs.

Les cétacés, parmi lesquels les cachalots et un grand nom-

(1) Voy. aux terres austr., t. I‘, p. 183.

pr # bre de dauphins non classés, fréquentant en grand nombre les archipels polynésiens, ont peu fourni aux observations de Péron. À l'égard des baleines et des cachalots, il remarque seulement leur multitude incroyale en certains parages de la Nouvelle-Hollande, et en certaines saisons, multitude qui doit être bien diminuée aujourd’hui , tant est grande, selon les prévisions de Péron, l’ardeur des baleiniers anglais et américains à se porter dans ces régions. C’est surtout la baie des Chiens marins, à la terre d’'Endracht , qui offrait ces colosses de la mer en quantité prodigieuse, comme l’avait déjà constaté Dambpier, dont le navire en fut environné de toutes parts, et à si courte distance, que l'équipage était éponvanté en voyant la mer blanchir et écumer sous le battement de leurs queues puissantes, et l’eau rejetée à grands flots par leurs évents (1).

Près du cap sud de la terre de Diémen , Péron découvrit un dauphin d'espèce nouvelle, qu'il désigne sous le nom de dauphin à museau blanc (delphinus leucoramphus), et à laquelle Lacépède, dans son Æistoire des célacés, donna le nom de dauphin de Péron (delphinus Peroniï). Cette espèce a servi de type unique au genre delphinaptère, caractérisé par l’absence de nageoire dorsale, et par un sillon profond qui sépare le museau du crâne. Le bout du museau, les flancs et les nageoires pectorales et caudales sont d’un blanc argenté, la tête et le dos, d’un noir bleuâtre.

Péron remarque cette disposition des animaux à devenir blancs, à mesure que leur habitation se rapproche des hautes latitudes australes ou boréales. Aïnsi, dans le nord, se rencontre le dauphin blanc (delphinus leucas, Linn.), qui n’est peut-être qu’une variété. Dans les mers australes, outre le dauphin de Péron, on cite, d’après Commerson et Forster,

(1) Dampier, Voy. aux lerres austr.; &. ENV, p. 407.

un.

une autre espèce, dont le corps, tout-à-fait blanc, ne conserve plus que des taches d’un brun bleuâtre.

La classe des oiseaux est une de celles sur lesquelles les découvertes de Péron nous ont laissé le moins de renseignements écrits. C’est à Maugé qu’on doit les échantillons de la première partie du voyage ; le capitaine Baudin s’en occupait également.

Les oiseaux sans contredit les plus remarquables rapportés par Péron sont les casoars. [ls appartiennent à ce singulier groupe d'oiseaux terrestres à ailes rudimentaires ou nulles, les autruches , les nandous , les aptérix , les gigantesques dinornis de la Nouvelle-Zélande. On ne sait au juste si l’on doit y Joindre l’épyornis de Madagascar , et le dronte ou dodo de l’île Maurice, si récemment perdu. Chez ces oiseaux, les os sont dépourvus de trous à air , et les ailes, quand elles existent, absolument impropres au vol. On dirait une création faite exprès pour justifier l'unité de composition organique et démontrer le vice de cette définition , donnée uniquement au point de vue de l’harmonie , que l'oiseau est un animal organisé pour le vol.

Outre un grand nombre de dépouilles, Péron ramena vivants deux casoars sans casque où émous de la Nouvelle-Hollande, du genre actuel dremée. Cet oiseau, que le capitaine Philipp fit connaître pour la première fois, est le plus grand des oiseaux de la Nouvelle-Hollande, sa taille pouvant atteindre à près de six pieds. Il forme le passage des véritables casoars aux nandous ou autruches américaines, espèces tridactyvles comme lui. Il se distingue du casoar par sa tête petite, dépourvue de casque, son cou et le derrière de sa tête garnis de petites plumes duveteuses, l’absence des cinq piquants, qui remplacent les pennes alaires chez le casoar. Il est figuré dans l’atlas du voyage (pl. 36 et A1), avec les petits encore

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vêtus de la livrée, le détail de la tête à bec très fendu, à larges narines, les plumes à fines barbules , moins décomposées que celles du casoar, et le bout de l’aile terminée par un piquant. À l’époque de Péron, cet oiseau existait dans les forêts d’eucalyptus de la Nouvelle-Galles du Sud, et surtout dans les îles côtières ; les plus beaux individus rapportés viennent de l’île Decrès. Les chasses se font au moyen du chien. Il se trouve maintenant sur le continent australien, rejeté au delà des montagnes Bleues.

L'émou est d’une très grande importance au point de vue de la domestication. Péron l’a trouvé, à côté du wombat, pendu au croc des pêcheurs de l’île King. Il donne des œufs de la grosseur de ceux de l’autruche et de meilleur goût. Sa chair, qui tient le milieu entre celle du coq d'Inde et du jeune porc, est véritablement exquise. Il est appelé à devenir, avec le nandou d'Amérique, suivant l’ingénieuse expression de M. Esidore-Geoffroy Saint-Hilaire, un oëseau de boucherie. La fenelle pond environ quatorze œufs d’un gris ardoisé très foncé, que le mâle couve pendant deux mois. Le petit, en un an, est aussi haut en taille que ses parents, considération bien importante pour les éleveurs. Il supporte très bien notre climat, et un de ces émous a véeu plusieurs années à la Ménagerie, exposé au froid des hivers, sans Jamais rentrer dans sa cabane.

Le Géographie ramenait aussi, à l’état vivant, le véritable casoar, Où casoar à casque où émeu, des Moluques, provenant des acquisitions du retour. Il est caractérisé par le casque osseux qui recouvre sa tête, et qui est une saillie du frontal. Le cou est nu, et la peau de la tête bleue (comme celle des côiés de la tête du dromée ou casoar sans casque ). Les ailes, impropres au vol, portent, en guise de pennes, cinq piquants propres à la défense. Cet oiseau tridactyle, des forêts profon-

* pre des des Moluques, de taille moindre que lautruche (environ un mètre et demi), est rare partout. Sa gloutonnerie, sa stupidité, son caractère farouche, sa chair de mauvais goût le rendent inutile à l’homme. Ses plumes, très décomposées, dépourvues de barbules, d’un noir luisant, ressemblent à des soies de sanglier.

Le vaisseau monté par Péron ramena encore à l’état vivant une autruche d'Afrique, didactyle, le secrétaire du Cap ou inessager, rapace diurne, à bec robuste, crochu, très fendu, à ailes armées de trois éperons obtus, à jambes très longues, grand destructeur de serpents; trois poules sultanes, deux pigeons couronnes, et cinq perroquels royaux , ces derniers de la Nouvelle-Follande.

Nous devons, avant tout, citer les espèces qui pourront deveair utiles à l'homme ou pour leur chair, ou comme oiseaux d'ornement.

Au premier titre se place l’oie du détroit de Bass, dont un grand nombre de dépouilles figurent dans la collection du voyage, et qui pourra être une bonne acquisition domestique. C'est le cereopsis cinereus, oiseau voisin des Bernaches, de la taille d’une oïe. Le plumage est cendré, avec les tectrices alaires, les rémiges primaires et les rectrices d’un brun obscur.

Le cygne noir avait été envoyé vivant en France sur le Vaturaliste et a vécu à la Malmaison (deux ou un individu). En outre, quatre échantillons en peau furent rapportés. Ce bel oiseau d'ornement s’acclimate aisément en France, et vit en ce moment à la ménagerie du Muséum. Îl a pour patrie exclusive les côtes méridionales de la Nouvelle-flollande et de la terre de Diémen. Son plumage est entièrement noir; le bec ronge, ainsi que la cire dont sa base est couverte ; les pieds sont d’un gris foncé.

Nous trouvons aussi, dans la collection de Péron, un des

Lu

plus curieux oiseaux des régions australes, c’est le ménure lyre. 1 se rapproche des faisans parmi les gallinacés, et des merles parmi les déodactyles. M. Isidore-Geoffroy Saint-Hi laire l’a placé dans le sous-ordre des gallinacés passéripèdes. La collection du Muséum le présente actuellement rangé parmi les déodactyles (coupe des anciens passereaux). Habitant les forêts d’eucalyptus et de casuarinas, qui couvrent les ravins des montagnes Bleues, à la Nouvelle-Galles du Sud, sa queue, dit M. Lesson, est l’image fidèle, sous les solitudes australes, de la lyre harmonieuse des Grecs. Il est surtout remarquable par la beauté de cette queue propre au mâle. Le reste de son plumage est triste, d’un brun grisâtre. Il serait, pour nos parcs, un admirable ornement.

Nous consacrerons quelques lignes à ces brillantes légions des cacatoës et des perruches australes, qui, malgré la froide température de ces contrées, peuvent le disputer avec avantage aux espèces les plus éclatantes des climats équatoriaux. Ces oiseaux offrent d’abord un des bons exemples à citer contre cette théorie, beaucoup trop absolue, qui concentrait entre les tropiques , avec la chaleur et la lumière, la vivacité et la richesse de la parure extérieure des animaux. Péron fait remarquer le grand nombre de ces perroquets sous des latitudes souvent assez froides; ce qui offrira des facilités pour acclimater beaucoup de ces belles espèces.

Les collections du Muséum renferment encore une quantité assez notable des individus rapportés par l’expédition australienne. Dans les cacatoës proprement dits ou plyctolophinés, se trouve le beau cacatoës blanc, à huppe jaune soufre, recueilli à la terre de Diémen , et deux fois plus grand que celui des Moluques. Viennent ensuite, dans les calyptorhynchinés, ces perroquets magnifiques, à plumage quasi-funéraire, où domine le noir à brillants reflets ; ainsi le cacatoës

funèbre (deux individus), dont la queue en dessous est élégamment ornée de fascies transversales d’une belle couleur aurore ; il habite les forêts d’eucalyptus de Parramatta ; le cacatoës de Cook, le cacatoës de Solander, le cacatoës de Banks, le cacaioës de Baudin , enfin le cacatoës à tête rouge, de plus petite taille, rencontré à l’île King par Péron et Lesueur, dans le détroit de Bass.

Un genre voisin renferme le licmétis nasique où cacatoës nasique, d’un plumage blanc, à petite huppe blanche, avec des plumes d’un rouge vif autour du bec, et les pennes caudales d’un jaune soufré en dessous. Cet oiseau est remarquable par sa mandibule supérieure, longue, très comprimée, très pointue, dont il se sert, comme d’un coin, pour détacher les écorces sous lesquelles s’abritent les larves d'insectes qu’il convoite. Aussi commet-il beaucoup de dégâts dans les forêts du sud de l'Australie.

La famille des perroquets proprement dits nous donne deux individus du perroquet batave de Timor, et deux également du trichoglosse austral de la Nouvelle-Hollande et du trichoglosse hématode de Timor, type da genre. Citons aussi l’agapornis iris de Timor, et une variété du Lort à collier. Enfin, parmi les perruches, nous trouvons la perruche à front roux, de Timor, et dans le genre platycerque, établi par Vigors sur les perruches à queue large, les platycerques ictérote, calédodonien et ensanglanté, de Timor.

Les rapaces des régions australes furent, presque sans exception, remarquables par un plumage blanc en totalité ou en srande partie, d’un caractère tout différent de celui des oiseaux de proie d'Europe. Ils appartiennent à peu près tous à la section la plus nombreuse de l’ordre, les rapaces ignobles, à aile obtuse.

Dans le genre aquila, figure l'aigle à queue étagée, de la

Nouvelle-floïilande, de grande taille, à tête d’un jaune blanchâtre (deux individus); dans le genre haliastur, la pygarque leucosierne, de la Nouvelle-Hollande, à tête blanche, avec quelques plumules fauves ; dans le genre pandion , le balbuzard leucocéphale (Nouvelle-Hollande).

Les milans du genre é/ane doivent à Péron l’éfane aæxillaire ( falco axillaris ), à tête, gorge et ventre blancs, mêlés de roux.

L'autour blanc, de la Nouvelle-Hollande, dont le mâle est complétement blanc, tandis que la femelle, avec le ventre blanc, a la tête et le dos gris, sont aussi mentionnés dans le voyage pour leur singularité.

Seuls , le faucon cresserelle, de Timor, dû à Maugé, et l'épervier à collier, de la Nouvelle-FHollande (un mâle et une jeune femelle), ressemblent, pour la robe, aux espèces de nos pays. |

Les rapaces nocturnes de la collection sont deux effraies (strix flaminea), de la Nouvelle-Hollande, de grande taille, à ventre blanc roussâtre, tacheté de points noirs.

Les syndactyles de la collection sont le martin pêcheur à tête verte, et le ceyx à dos bleu, sans doigt interne, tous deux de Timor (Maugé), deux guépiers et trois calaos.

L'ordre immense et confus des déodactyles nous offre beaucoup d’espèces nouvelles de ses diverses familles.

Les plus nombreux échantillons , que nous ayons pu retrouver appartiennent à la famille des dentirostres. À côté des pie-grièches se placent trois espèces du genre langrayen (à ventre blanc , à lignes blanches et chocolat), de Timor, recueillies par Maugé. La Nouvelle-Hoilande a fourni la grive à ventre brun, ei Timor, deux merles des Indes (turdus orientalis). En outre, le merle à collier jaune, le tangara couleur lilas, un gobe-mouckhe, de la Nouvelle-Hollande, et deux dron-

tes gos, de Timor. Nous devons mentionner, avec plus de détaiis la queue gazée de Port-Jackson (muscicapa malachura), très petit passereau, à queue des plus curieuses, dont les barbules, fines et espacées, semblent une mince et transparente dentelle.

Dans les becs-fins, figurent deux éraquets noirs de Timor, et un traquet de la Nouvelle-flollande, de plumage gris, non classé, une fauveite grivelée de Timor, une rubiette de très petite taille, le pinc-pinc du Cap (sylvia tectrix).

La famille des fissirostres avait, dans la collection, cinq représentants, parmi lesquels l’engoulevent de Timor et l’hirondelle à gorge rayée, de Timor, dus aux recherches de Maugé.

L'île Decrès est citée par Péron comme lui ayant procuré de nombreux passereaux.

Dans les conirostres, nous mentionnerons, parmi les corbeaux, les choucaris à masque noir et à camail noir, tous deux de Port-Jackson, et les choucaris, des papous et à ventre rayé, provenant de la Nouvelle-Guinée , et acquis, lors des relâches, ainsi qu’un paradisier ; en outre, le bouvreuil à croupion rouge, la mésange à collier bleu, etc. , etc. Dans les ténuirostres se trouvaient le grimpereau flavoptère et deux individus de l’échelet picumne ( climacteris picumnus), de la Nouvelle-Hollande, un promérops, recueilli au Cap, etc.

Dans l’ordre des gallinacés propres, peu nombreux en espèces , sous les latitudes australes éloignées de l’équateur, furent ajoutées aux collections du Muséum les pintades huppée et mitrée, espèces toutes deux du Cap, et la caille australe, de la Nouvelle-Hollande , de même taille et de plumage plus roux que la nôtre. Quatre individus furent tués par Lesueur.

Nous trouvons de riches et importantes découvertes ornithologiques dans le sous-ordre des colombées, et surtout dans les échassiers et les palmipèdes , qui terminent la classe des

oiseaux , classe si naturelle, et, par contre, si difficilement subdivisible.

On sait combien les régions australes chaudes sont remarquables par leurs élégantes espèces de pigeons, de formes si gracieuses et souvent apprivoisées par les naturels des îles polynésiennes. Les navigateurs de l'expédition australe rapportèrent plusieurs individus de la colombe kurukuru (columba purpurata), de Timor, à tête pourpre, à ailes vertes, la colombe turvert (columba javanica), à gorge rouge, à ailes vertes , la colombe de Maugé , espèce nouvelle, très petite, dont la gorge est rayée de bandes alternativement noires et blanches , enfin le columbar aromatique , de Timor , qui est entièrement d’un vert jaunâtre.

Dans les échassiers pressirostres, nous rencontrons le pluvier à front noir et le pluvier à tête rousse , tous deux de la Nouvelle-Hollande, ainsi que l’œdicnème à gros bec. La collection d'oiseaux donnée par Péron au lycée de Moulins contient un pluvier et un vanneau armé de la Nouvelle-Hollande. Du même pays provenait l’huttrier noir.

Les échassiers cultrirostires se sont enrichis du butor poiciloptile, de quatre individus du bihoreau calédonien et d'une spatule royale, entièrement blanche, tous trois de la Nouvelle-Hollande : un Jabiru, de Taïti, provenait d'acquisition.

Les échassiers longirostres offraient le courlis de Timor, et le chevalier aux pieds courts, de Timor ; une belle avocète à ventre blane, à cou et à tête rousse (recurvirostra Novæ Hollandiæ où rubricollis) ; une avocète leucocéphale, etc. Aux macrodactyles appartiennent le réle austral, gris noirâtre, de la Nouveile-Hollande ; un giarole, du même pays ; des poules sultanes ramenées vivantes du Cap.

Non moins nombreux sont les palmipèdes dont nous devons la connaissance aux naturalistes dévoués de l'expédition.

Nous citerons, dans les longipennes l'albatros fuligineux des mers australes, le goëland pacifique (larus pacijicus), tué à VPîle Maria par Lesueur, à ailes et queue noires, et une mauve d'espèce nouvelle, nommée par Péron larus melanoplerus, à cause de ses ailes noires. À l’île Maria, le larus leucomelas, à plumage blanc varié d’un peu de noir, fut tué par Lesueur (1). C’est surtout dans la longue traversée vers la terrre de Diémen, que furent obtenus les oiseaux marins. Parmi les hirondelles de mer qui entourent le navire, Péron remarque, outre le sterna obscura , de Linné, deux espèces nouvelles, l’une, au plumage noir, qu'il appelle sterna melanosoma (peut-être le sterna melanogaster où un noddi), et l’autre sterna caspioïdes, d’après sa ressemblance, dit-il, avec le sterna caspia de Linné. La collection du Muséum indique, sous son nom, les sterna Novæ Hollandiæ et sterna sinensis (kirondelle de mer à bandeau), à manteau et ailes gris, avec un trait noir sur la région oculaire. La caractérisation de ces espèces est difficile.

Dans les totipalmes encore inconnus se rangent le cormora noir et blanc de la Nouvelle- Hollande, un pélican à ailes mipartie blanches et noires, à gorge jaune, de l’île Decres ; c’es le pélican à lunettes de Temminek, etc. Maugé avait recueilli à Timor la frégate aigle.

Aux lamellirostres nouveaux, outre le céréopse cendré et le cygne noir, se rattachent la bernache à crinière, le canard à sourcils blancs, de la Nouvelle-Hollande, et le canard bridé (anas rhynchotis), dont les ailes sont d’un beau bleu ardoisé.

Dans la famille anormale des brachyptères, à ailes transformées en rames incurvées, à cristallin sphéroïde, comme chez les poissons, fut rencontré par Maugé, en Tasmanie, le

(1) Lesson, Traité d’ornithologie, p. 622.

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gorfou nain (aptenodytes minor de Forster), d’un brun plomhé sur les ailes et la région supérieure, à ventre d’un blanc satiné. Sur l’île Préservation, du détroit de Banks, existaient des troupes considérables de ces manchois, engourdis pendant le jour et nichés dans des terriers, s’entourant de feuilles sèches et de plumes (1). Ils sortaient la nuit pour pêcher. Ils étaient si peu farouches et aimaient tellement la chaleur qu’ils accouraient vers les feux au risque d’être brûlés. Plusieurs même cherchaient avec opiniâtreté à s’introduire sous la couverture des matelots endormis sur le rivage.

La bienveillance de M. Florent Prévost a mis entre nos mains un catalogue de la collection d'oiseaux rapportée par Maugé, Lesueur, Péron. C’est le seul qu’on aït pu retrouver dans les anciennes archives du Muséum. Il comprend huit cent trois individus de deux cent quatre-vingt-dix-sept espèces. Les désignations, uniquement génériques, qu'il contient, sont trop vagues pour qu'il y ait intérêt à le reproduire. Cinq genres sont cités comme nouveaux, sans autre indication. Il y avait sept espèces de cacatoës, dix-huit de perroquets et de perruches de la Nouvelle-FHollande , quatorze espèces de rapaces, etc. |

Nous ne pouvons passer sous silence, en terminant ce qui concerne les oiseaux, une curieuse découverte due aux explorateurs détachés du vaisseau le Vaturaliste, lors de la reconnaissance du détroit de Banks et de ses îles. Dans lîle Préservation, où se trouvaient en troupes énormes les céréopses cendrés dont nous avons parlé, on voyait, à la cime des arbres, qui n’ont, du reste, pas plus de 12 pieds de hauteur, des nids d'oiseaux formés par l’assemblage de petits morceaux de bois entrelacés avec soin ; ces nids avaient environ 3 pieds

(1) Voyage aux terres australes, À. I‘, p. 352.

de diamètre et plus de L pied d'épaisseur. Ils étaient assez solides pour supporter le poids d’un homme, comme on en fit l’épreuve. Abandonnés à l’époque où on les rencontra, mais encore couverts d’une épaisse couche de fiente, ces nids devaient appartenir à quelque rapace de très grande taille.

Un nombre considérable d'espèces inédites, plusieurs genres d’un haut intérêt par des combinaisons nouvelles d'organes introduits dans la science, tels sont les services rendus par Péron à la zoologie des reptiles. Le travail de Lacépède sur les reptiles et poissons rapportés par le Vaturaliste (1), et surtout l'excellente Histoire des reptiles de MM. Duméril et Bibron , nous offrent, à cet égard, de nombreuses indications.

Le Géographe ramenait vivants trente-deux chéloniens, tant de terre que d’eau douce, provenant de l’île de France, du Cap et de Madagascar, parmi lesquels la tortue anguleuse , tortue terrestre du Cap, à carapace d’une seule pièce, à sternum immobile, à doigts courts et empâtés. Sur l’autre navire, se trouvaient des représentants vivants d’une espèce beaucoup plus curieuse, déjà décrite par Shaw, ia chélodine de la Nouvelle-Hollande (chelodina longicollis) , en ce moment vivante à la ménagerie des reptiles. Cette tortue, de la famille des paludines , élève au-dessus des marais une tête piate et unie, ressemblant à celle des couleuvres les plus sveites ; ses doigts sont palmés, et son cou, trop long pour pouvoir rentrer sous la carapace, et se logeant de côté lors du repos, rappelle vaguement celui du plésiosaure.

Les tortues fluviatiles constamment immergées comme les

(1) Mémoire sur plusieurs animaux de la Nouvelle-Hollande, dont la description n’a pas encore été publiée, par Lacépède. — Ann. du Mus., L IV, p. 18/1.)

tortues marines , ne se présentèrent pas aux investigations de Péron , dans ces pays dépourvus de grands fleuves, et sauf un très petit individu de la chélonée caouane , nous n'avons pas trouvé d'indications sur les tortues de mer, qu'il a pu rapporter, bien qu’il en parle, dans le voyage, comme “ayant servi, à la terre d'Endracht, à nourrir les équipages du Naturaliste. (Voy. aux terres austr., t. 1°, p. 202, et t. IF, p- 224.)

Au groupe des crocodiliens appartient le squelette du reptile tué, par Péron et Lesueur, dans les marécages de Timor. C’est l'espèce dite crocodile à deux arêtes, dont la mâchoire supérieure est surmontée de deux arêtes raboteuses, partant de l’angle antérieur de chaque œil. La taille de cet animal, commun dans les marécages des Moluques, et atteignant jusqu'à 6 mètres, le rend très redoutable, même pour l’homme.

Dans les Varaniens, à tête recouverte d’écailles taberculeuses, comme le reste du corps, et non de larges plaques cornées, comme les lézards, nous devons à l’expédition australe le varan de Timor, d’un brun olivâtre, une des plus petites du groupe. Péron cite une espèce de beaucoup plus grande taille, de plus d’un mètre, recueillie à l’île Bernier, et qu'il nomme {upinambis endrachtensis. Ce me paraît être le varan bigarré ou le varan de Bell. Le varan de Timor constitue, avec le varan du désert, les deux seules espèces des varans terrestres, à queue cylindrique, les varans aquatiques ayant la queue latéralement amincie : au reste, on conteste aujourd’hui la valeur de ce caractère distinctif.

Dans la curieuse famille des iguaniens, se trouvent ces reptiles que rendent parfois si bizarres les fanons ou goîtres souvent nuancés de vives couleurs qui pendent sous leur gorge, et la crête dentelée dont leur dos se hérisse. [ls vivent sur les arbres et se nourrissent d'insectes et de végétaux. L’is-

tiure de Lesueur, de la Nouvelle-Hollande, offre un fanon peu développé, mais une crête dorsale prolongée ; les grammatophores, muriqué et de Decrès (agama decresiensis de Péron), ce dernier de l’île Decrès, nous frappent par leur écaillure dorsale carénée et épineuse , l'absence du fanon (1), leurs écailles crypteuses sous les cuisses, leur queue à écailles entuilées ; l’agame épineux, du Cap, genre confondu par Cuvier avec le précédent ; enfin le fouette-queue gris, de la Nouvelle- Hollande, sans crête, à tête triangulaire, à longue queue, aplatie comme le tronc et couverte d’épines verticillées ; telles sont les espèces australes nouvelles ajoutées aux iguaniens, connus d’abord dans la science par les espèces d'Amérique et de l'Afrique boréale.

Parmi les autres reptiles arboricoles, les caméléoniens, aux doigts divisés en deux faisceaux, nous ne rencontrons que deux espèces nouvelles de l’Afrique australe, le caméléon tigre , plus grêle qu'aucun de ses congénères , à taches noires, semées sur un fond fauve, et le caméléon nain, à formes courtes et ramassées, toutes deux des îles Seychelles, et provenant des acquisitions du retour (2).

Les lacertiens , à crâne couvert de larges plaques polygones, à langue protractile, plus ou moins bifide, sont très rares dans les régions australes ; les hideux geckotiens, au contraire, s’y rencontrent en espèces variés, comme tous les sauriens à formes aplaties. On a d’abord confondu , sous le nom de geckos, tous ces reptiles qui, par leurs doigts élargis en dessous et formant ventouses, peuvent adhérer aux surfaces les plus abruptes, se mouvoir même complétement à contre-pesanteur. Les envois de Péron ont puissamment contribué à

(1) L’agama grandoculis, de Péron, doit être un grammatophore. (2) Voir, pour les détails, Hist. des reptiles, 8° vol., Dum. et Bibron.

fournir aux erpétologistes modernes les sujets de leurs nouveaux genres. À lui revient ia découverte, dans les platydactyles sans ongles et sans pouce, du platydactyle cépédien, de l’île de France, dont les doigts s’élargissent dans toute leur longueur ; et, dans ceux à quatre ongles et à pouce inonguiculé, du platydactyle des Seychelles et du platydactyle à gouttelettes, de Timor. On lui a dédié, dans les Aémidactyles, dont les doigts s’élargissent en disque à la base seulement, puis se terminent par de grêles phalanges , l’hémidaciyle de Péron , de l’île de France. Nous pensons pouvoir rapporter certains des geckotiens indiqués comme nouveaux dansle Voyage aux terres australes (1), aux échantillons de l’hémidactyle varié, de Tasmanie, de la collection du Muséum, ainsi qu'aux phyllodactyle de Lesueur et phyllodactyle porphyré , des environs de Port-Jackson, à extrémité des doigts seule dilatée en disque sub-triangulaire. |

Les environs de Paramatta présentèrent aux explorateurs de l'expédition française ce lézard singulier que Shaw avait décrit sous le nom de gecko à large queue (gecko platurus).Il parut à Péron si différent des geckos par sa conformation etses mœurs, qu'il crut devoir l'en séparer, pour en former un nouveau genre, sous le nom de geckoïde, qui devra suivre les geckos.

« En effet, dit Péron (2), tous les geckos reconnus jusqu’à » ce jour ont les doigts courts, larges, aplatis, déprimés et re- » vêtus, à leur face inférieure, d’un très grand nombre de » petites foliolesimbriquées, par lemoyen desquelles ils peuvent » grimper contre les corps les mieux polis, ou même courir, » comme les mouches, à la surface des plafonds des apparte-

(1) Sous les noms de gecko pachyurus et g. sphincturus, de l’île Decrès, et g. dorreensis, de l’île Bernier.

(2) Voyage aux terres austr., 1* vol., p. 405.

» ments. Les geckoïdes, au contraire, ont les doigts grêles, » allongés, très comprimés latéralement, et dépourvus des fo- » lioles qui caractérisent les geckos. De cette première diffé- » rence dans les organes du mouvement, il résulte que les » geckoïdes sont privés de la faculté de grimper et de passer .» une partie de leur vie sur les arbres, comme la plupart des » lézards à pieds garnis de folioles. C’est dans les lieux bas et » fangeux qu'habitent les geckoïdes, et leur nourriture s’y » compose de larves d'insectes aquatiques et de quelques-uns » de ces insectes mêmes. Leur physionomie est d’ailleurs, » comme celle des geckos, triste et repoussante ; leurs yeux » sont gros et protubérants ; la pupille en est linéaire et ver- » ticale ; tout leur corps est extrêmement plat, et leur queue, » taillée en forme de fer de lance, est tellement articulée, » qu’on peut à peine toucher un de ces animaux sans qu’elle » se détache à l'instant et se sépare tout entière du reste du » Corps. » La science a complétement adopté l’idée de Péron. Ce geckotien est le phyllurus Cuvieri, ou, dans la classification de MM. Duméril et Bibron, le gymnodactyle phyllure (1), si curieux par cette queue comparable à une feuille de lilas allongée, presqu'aussi longue que le tronc, à bords très minces, un peu renflée centralement. Il a peut-être donné lieu, de la part de Péron, à une confusion bien excusable au milieu de tant d'objets nouveaux, et ne serait alors pas distinct de l’animal désigné un peu auparavant ( Voy. aux terres austr., t. 1%, p. 404), sous le nom de stellio discosomus, offrant une ressemblance grossièreavec une torpille et dont la gorge serait douée d’un renflement d’un bleu intense. C’est le /ézard discosure de Lacépède.

Les chalcidiens et les scincoïdiens sont les reptiles dont les

(1) Hist, des rept., 3° vol., p. A30.

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régions australes nous présentent les plus nombreuses especes, création intéressante au plus haut degré par ses formes de passage des sauriens aux ophidiens, le rapetissement des membres, la perte d’une ou deux de leurs paires, ou seulement d'un , de plusieurs ou de tous les doigts, enfin la forme cylindroïde du corps. Dans les chalcidiens, Péron et Lesueur nous ont fait connaître le zonure gris, du Cap, à cinq doigts onguiculés aux quatre pattes, rappelant, par l’aspect, les stellions et les agames.

L'Océanie abonde en espèces variées de scincoïdiens , à corps couvert d’écailles entuilées ; les découvertes de Péron ont singulièrement aidé le regrettable Cocteau et MM. Duméril et Bibron dans la classification si difficile de ce groupe. Les plus nombreux se rangent dans les saurophtalmes (de Duméril), dont les yeux, protégés par des paupières mobiles, sont pareils à ceux des lézards.

Le grand genre des gongyles contient des reptiles à membres seulement raccourcis, dont l’apparence est la moins éloignée de celle de nos lézards. Plusieurs subdivisions sont fondées principalement sur les espèces du Voyage aux terres australes. Telles sont le sous-genre euprèpes, caractérisé par l'euprèpes des Seychelles, acquis à l’île de France par Péron et Lesueur, qui l’appelèrent scincus oxyrhinus, et l'euprèpes de Séba, de Timor, déjà connu et commun aux Moluques et aux Indes. Dans le sous-genre /ygosome, à paupière inférieure, tantôt transparente, tantôt squammeuse, nous comptons neuf espèces nouvelles, parmi lesquelles nous citerons le /ygosome de Guichenault, dédié au modeste et dévoué jardinier, le /ygosome de Lesueur et les espèces nommées par Péron scincus nœvius, scincus decem-lineatus, dont le corps est noir par dessus, avec dix raies blanchâtres, scincus W hitit à pattes tachetées de noir et de blanc. Pour certains de ces sauriens des

: Don NE

environs de Paramatta, Péron avait formé un genre nouveau, sous le nom de scincoide, et y rapportait aussi un Iygosome, trouvé à l’île Decrès, sous le nom de scincoïdes ocellatus.

Au sous-genre {ropidolopisme , à corps couvert d’écailles carénées , appartiennent trois variétés du topidolopisme de Duimeéril, regardées par Péron comme espèces distinctes, sous les noms de scincus aterrimus, tout-à-fait noir, de l’île Decrès, de scincus nuillensis, à semis de points jaunes, sur fond brun, et de scincus trifasciatus, à trois séries de grandes taches noires de la tête à la queue, et dont Cocteau fit le psammite de Napoléon. Tous sont plus grands que notre lézard vert ocellé, dont ils ont le facies général (4).

Au genre cyclode, curieux par ses dents arrondies, sub-hémisphériques , se rapportent le cyclode de la Casuarina, de la Nouvelle-Hollande, et le cyclode de Bodduert, remarquable par sa grande taille et une raie noire sur chaque tempe. C’est le scincus crotaphomelas de Péron et de Lacépède.

La Nouvelle-Hollande nourrit également des scinques, a corps couvert d'écailles osseuses, fort épaisses et ruguenses, dont on a fait le genre trachysaure, ayant comme type le érachysaure rugueux ou de Péron. C'est le scincus pachyurus de cet auteur. À lîle Bernier, dépendant de la terre d’Endracht, Péron avait rencontré un scincoïdien de grande taille, qu'il nomme scincus tropisurus, ont la queue, très courte e! grosse, fait paraître, dit-il, cet animal comme ayant deux têtes. Cette description nous semble convenir parfaitement au trachysaurus asper, comme le montre l'individu de la collection du Muséum, rapporté par J. Verreaux, de la province de la rivière des Cygnes. (N. Holl.)

Dans les espèces qui suivent, l’atrophie des appendices se

(à) Hist. des rept., Dum. et Bibr., & V.

prononce davantage et se porte sur les doigts. Une espèce de l'Ile de France, connue jusqu’à présent par un échantillon unique , a été nommée par Duméril et Bibron, kétérope de Péron, du genre hétérope, remarquable en ce que la paire de pattes antérieures se termine par quatre doigts inégaux, onguiculés, et la paire postérieure, par cinq.

Une découverte importante est celle de deux scincoïdiens, qui offrent une combinaison de doigts inconnue jusqu'alors dans les reptiles, mais que Lacépède avait prévue dans son système de classification, et déclarée probable. Péron est heureux de réaliser les prévisions du savant qu’il nomme son illustre maître. Ces deux reptiles, découverts à l’île Decrès, sont les types des deux genres tétradactyle , à quatre doigts onguiculés à tous les membres (fetradactylus decresiensis), et tridactyle à trois doigts inégaux et onguiculés (éridactylus decresiensis).

Les scincoïdiens ophiocthtalmes, dont les yeux, comme ceux des serpents, sont dépourvus de paupière, sont beaucoup moins nombreux. Le genre abléphare offre ce singulier intérêt, qu'il paraît être du très petit nombre des animaux cosmopolites. En effet, l’abléphare de Kitaibel, rencontré par Péron et Lesueur à la Nouvelle-Hollande, existe en Morée, en Hongrie, en Valachie, et l’abléphare de Péron, à membres très courts, avec des doigts longs et grêles, à tête déprimée et triangulaire (scincus plagiocephalus de Péron), fut trouvé d’abord sur les côtes australiennes, et depuis, à Taïti, aux îles Sandwick, à Java, à l’île de France, en Morée, au Pérou (1).

Le groupe des ophioptalmes, parallèle aux saurophtalmes, commence, comme eux, par des reptiles à membres et à cinq doigts pourvus d’ongles ; et le parallélisme se poursuit dans

(1) Tome V, Rept., Dum. et Bibr., p.

Voie ces espèces à membres atrophiés, par lesquelles la nature conduit régulièrement aux ophidiens. Une des plus curieuses de ces formes de transition est un reptile qui ne possède que la paire postérieure de membres. On connaissait un lézard n’ayant que les pieds de derrière, découvert par Pallas sur les bords du Volga, le sheliopusik, et un autre, du Mexique, décrit par Lacépède, et n'ayant, au contraire, que la paire antérieure (bimane). Péron envoya six individus d’un genre nouveau, hystérope ou bipède. L'animal ressemble à un serpent par la forme cylindrique du corps, manque des membres de devant et possède des pattes postérieures courtes, arrondies, non divisées en doigts, et couvertes, sur les faces supérieure et inférieure , par des rangées de très petites écailles. De là le nom de bipède lépidopode que lui donne Lacépède. Ce reptile tient, dans les scincoïdiens à paupière nulle ou rudimentaire, le rang parallèle à l’orvet (anguis fragilis), chez les scincoïdiens saurophtalmes.

Les découvertes de Péron dans l’ordre des ophidiens n’ont pas un moindre intérêt et enrichirent encore la science de genres nouveaux.

Cet ordre, remarquable par l’atrophie du système appendiculaire, commence par un groupe qui continue la transition commencée par les précédents sauriens. Des serpents vermiformes , inoffensifs, à écaillure imbriquée comme celle des scinques, n'ayant de dents que sur une mâchoire, presque complétement aveugles sous les voiles squammeux qui recouvrent leurs yeux rudimentaires ; ainsi débute cet ordre, qui doitoffrir bientôt de terribles contrastes. Parmi ces débiles qpotérodonies, l'exploration australienne nous donne un individu encore unique dans les collections, le cathétorhine mélanocéphale, de patrie inconnue, dont le corps, extrêmement grêle, fut comparé par G. Cuvier à un bout de mince ficelle.

Ne

Aux serpents non venimeux, à dents sur les deux mâchoires, se rapporte la morélie argus ou python de Péron. Suivant Lesson, il atteint jusqu’à 2 mètres de longnieur, et vit dans les mares d’eau douce des environs de la rivière Georges. Les colons l’appellent serpent diamant. Cest le coluber argus de Linné, d’après Séba. Lacépède le décrivit à tort comme nouveau, sous le nom de couleuvre spilote. Péron et Lesueur en envoyèrent trois variétés, deux de la Nouvelle-Hollande, d’un jaune vif et d’un noir bleuâtre en dessus, et une de la Tasmanie, tachetée de brun et de gris olivâtre.

Dans les pythons, privés de dents sur l’os incisif, figure le platygastre mulhcaréné (eryx muliocarinatus de Péron), de Port-Jackson, et dans les couleuvres, l’ablabes roussâtre et l’'eugnathe géométrique , tous deux du Cap, et le wopidonote des Seychelles, dont les individus, entièrement décolorés aujourd'hui par lalcool, furent acquis au retour (1).

La détermination exacte des serpents venimeux provenant de l'expédition australe est très difficile , et par le manque de conservation des sujets, et par les erreurs de Lacépède dans sa description du premier envoi. L'intérêt principal porte sur ces protéroglyphes de Duméril, ou venimeux colubriformes de Schlegel, dont les crochets à venin sont antérieurs, mais faibles, et seulement cannelés extérieurement, et que les grandes plaques polygones de la tête peuvent faire confondre avec les ophidiens, dont la morsure n’est pas redoutable.

Lacépède avait établi le genre trimérésure pour deux espèces terrestres de ce groupe, à queue conique, non aplatie, présentant trois séries de plaques sous-caudales d’inégale grandeur, avec une rangée impaire, entre deux rangées paires. Les serpents rapportés dans ce genre par MM. Duméril et Bibron

(4) Voir Dum. et Bibr., & VI et VIE, ouvrage cité.

HS

ne sont pas léStespèces décrites par Lacépède; on n’a pu les retrouver dans la collection. Schlegel à eu entre les mains un individu de cet envoi qui lui a permis de reconnaître linexactitude de Lacépède. D’après lui, ce savant aurait désigné, sous les noms de boa læœvis, puis de trimeresus leptocephalus, le même animal, qui serait le naja à flancs couleur de pourpre, dont le cou est moins dilatable, par redressement des côtes, que chez les najas des Indes et des îles de la Sonde. Les nuances sont très vives ; le dessus est d’un noir velouté, le dessous jaune, et sur les flancs règne une teinte rose pourpre. Suivant Lesson , qui a depuis retrouvé ce serpent, il est très redouté à Port-Jackson , où son venin fait, dit-on, périr l’homme en un quart d'heure. Il abonde dans les petits bois de bruyère de la plage de Botany-Bay, est plein de vigueur et se défend avec hardiesse (1).

Un genre voisin renferme l’alecto variegata, à écailles souscaudales en rangée simple. Un individu, de la Nouvelle-Hollande, a été donné au Muséum par M. Kéraudren., Il faut sans doute ramener à ces genres deux espèces de serpents observées à l’île King, ressemblant, dit Péron, aux boas par Îles écailles, mais munies de crochets à venin.

Les premières études scientifiques sur les serpents marins ont été faites par Péron. Ces ophidiens vivent le plus généralement dans les eaux de la mer et sont fréquents sur les côtes de l'océan Indien : du même groupe que les précédents, le peu d'apparence de leurs crochets à venin, simplement rayés, expose à de funestes méprises ; leur queue, aplatie en rame, indique leur vie aquatique. Les nombreuses espèces de ces reptiles sont encore mal connues, et nous croyons impossible

(1) Schlegel, Essai sur la physionomie des serpents. — La Haye, 1857,— Page 179.

de retrouver toutes celles qu'indiquent les concises remarques du Voyage aux terres australes (t. 1”, p. 105). En vue de la terre d’Endracht surtout , furent fréquemment observés ces serpents, qui étaient à la poursuite des bancs de clupées.

De couleurs très variées et quelquefois très brillantes, les uns ont le corps d’une teinte uniforme, ou grise, ou Jaune, ou verte, ou bleuâtre ; d’autres l’ont annelé de bleu. de blanc, de rouge, de vert, de noir. Les uns sont marqués de grandes taches plus ou moins régulières, les autres ne présentent que de très petits points élégamment distribués sur toute la surface du corps. L’une de ces espèces est remarquable par sa tête d’un rouge vif éclatant, c’est le serpent marin à tête rouge, de Dampier. La taille des espèces recueillies par Péron a varié de 30 à A0 centimètres jusqu’à 4 mètres de longueur.

Péron ne se prononce pas sur la question de savoir si tous sont venimeux, et paraît supposer qu'il en existe d’inoffensifs. Sans affirmer que la mer soit leur habitation exclusive, il n’en a jamais rencontré sur les côtes ni du continent ni des îles, et en a observé plusieurs à la distance de trois ou quatre cents milles de toute terre. On n’en a encore trouvé que dans les mers équatoriales, dans l'océan Indien, le golfe Persique, la mer Rouge, celle qui baigne les côtes nord et nord-ouest de la Nouvelle-Hollande ; ce qui est dû non seulement au calme habituel et à la température chaude de ces mers, mais surtout à la multiplicité des animaux qui les peuplent et dont les serpents marins font leur nourriture.

Ils vivent de poissons de petite taille et de divers crustacés pélagiens , et deviennent à leur tour la proie des nombreux squales qui habitent ces mers. Péron pense que, malgré leur agilité, ces serpents peuvent être saisis par les squales aux lourds mouvements ; car on voit souvent les pélamides flotter à la surface des eaux, plongés dans un sommeil profond et

presque léthargique, provenant, sans doute , comme chez les ophidiens terrestres, d’une laborieuse digestion.

Les serpents marins nagent et plongent avec une égale facilité, s'enfoncent profondément sous les flots, où ils peuvent rester plus d’une demi-heure , pour reparaître ensuite à une grande distance du point de départ.

Ces intéressantes observations sont confirmées dans l’excellent travail de M. le docteur Cantor sur leurs mœurs et leur venin. Tous sont venimeux et avec une grande énergie, principalement à l'égard des poissons, et cet auteur cite même des cas de mort d’homme.

Lacépède reconnut la nécessité de former des genres nouveaux pour ces serpents, à peine cités jusqu'alors par des navigateurs peu instruits. De là, le genre aipysure, à longue queue aplatie et tranchante , mais très mal décrit par Lacépède , qui le regarde comme non venimeux, sans doute par l’ablation accidentelle des crochets antérieurs, car ces serpents ressemblent tellement aux autres serpents de mer, qu’il y aurait là une véritable anomalie, Son genre leiosélasme, très voisin, n’a pas été adopté. Selon Schlegel , l'espèce de Lacépède serait l’Aydrophide strié. Le genre disteire , également à queue en nageoire verticale et comprimée , diffère par des plaques sous-caudales bi-carénées. L’individu de Lacépède, provenant des parages de la Nouvelle-Hollande , est très détérioré.

Un genre bien plus remarquable, et fondé sur un individu unique, l'acalypte de Péron, a la tête tout-à-fait différente de celle des autres serpents marins. Au lieu d'avoir, comme ceux-ci, de grandes plaques et un écusson central, elle est carrée et couverte, en dessus eten dessous, de petites écailles.

Dans les ophidiens venimeux, à crochets développés et canaliculés intérieurement, nous trouvons l’espèce type du genre

AR acantophide, déjà connue d'après Daudin. Unefigure inexacte de Merren lui fit donner le nom d’acantophide cérastin, bien qu’il n’ait aucunement en réalité le sourcil saillant du céraste égyptien. Ce serpent , à tête élargie et couverte de grandes. plaques, est surtout curieux par sa queue terminée ef une épine carrée, droite où légèrement courbée, comme un aiguillon de 4 à 5 millimètres de longueur, et ressemblant un peu, pour l'apparence extérieure, à la queue pointue du scorpion. Il est des environs de Port-Jackson.

Lacépède indique en outre des reptiles des Moluques, déjà décrits par Daudin, et provenant surtout de Timor. Il remarque que les découvertes de Péron ont nécessité, en particulier dans les ophidiens , la création de plusieurs genres à ajouter aux six genres de Linné, et appelle Fattention sur ce grand fait, que les reptiles écailleux du continent australien décèlent, par leurs caractères spéciaux, une localisation, dans la faune erpétologique, comparable à celle des mammifères marsupiaux. Les genres de reptiles, qui n’appartiennent pas exclusivement à la Nouvelle-Hollande, ne forment pas une plus grande exception que l'existence, parmi les mammifères, du chien , amené par l'homme , de quelques chauves-souris , et d’un genre de la famille des muridés.

La classe des batraciens , à peau nue, à respiration branchiale transitoire, et qui présente les premiers exemples des évolutions embryonnaires accomplies hors de l'œuf, a été justement détachée de l’ancienne classe des reptiles. Le voisinage des eaux est indispensable à ces êtres qui sont aquatiques, au moins au début de leur existence. Aussi, le long des côtes desséchées et sablonneuses des terres de Leuwin, d’'Endracht, de Witt, aucune espèce de batraciens ne s’offrit aux regards ; mais le séjour à Parramatta, pays pourvu de ruisseaux d’eau douce, permit à Péron de combler cette lacune

par d’intéressantes découvertes (4). De mème, l’île Decrès, que sa nature aride rendait riche en scincoïdiens, n'avait, par contre, aucun batracien.

Les espèces nouvelles embrassent les trois groupes des anoures. Dans les grenouilles , à doigts sans dilatations discoïdales, à mâchoire supérieure armée de petites dents, se placent deux espèces. L’une , que Péron nommait rana pustulosa, constitue, dans les dédoublements génériques modernes, le cystignathe de Péron, de grande taille, et ayant, chez les mâles, les bras plus gros que chez les femelles. L’autre espèce, indiquée dans le voyage sous le nom de rana pollicifera, à canse d’un appendice très saïllant du pied de derrière, qu’on prendrait, dit Péron, pour un sixième doigt, n’a pas été retrouvée. Peut-être serait-elle le cystignathus georgianus, de Quoy et Gaimard.

Les rainettes, à dents supérieures très petites et peu nombreuses, ont les doigts élargis en disque, à l'extrémité libre, et passent leur vie sur les arbres, se contentant de l'humidité des feuilles absorbée par la peau très poreuse de leur abdomen. L’eucnémis des Seychelles, de la grosseur de notre grenouille rousse et d’un brun marron, fut acquis, au retour, à l’Ile de France ou au Cap. Les plus curieuses rainettes proviennent du bord des ruisseaux, des fontaines et du creux des rochers, des bois touffus, que Péron rencontra dans ses excursions aux environs de Port-Jackson. La rainette de Péron (sa hyla ocellata) se distingue par un grand nombre de petites taches noires, rondes, environnées d’un cercle blanc et disséminées sur un fond brun marron. La raënette bleue, espèce de grande taille, déjà décrite inexactement par White, a tout le dos d’une couleur bleue pourpre très vive, relevée de cha-

(1) Voyage aux terres austr., t. 1, p. 106 et 407.—Dum. et Bibr., & VIE

que côté du corps par deux bandes éclatantes d'argent ; le ventre affecte une teinte d’un bleu de Prusse foncé. Elle existe à la Nouvelle -Guinée et à Timor, de même qu’à la Nouvelle- Hollande. La rainette de Jervis , trouvée à la Nouvelle-Hollande dans la baie de Jervis, d’un gris blanchâtre en dessus, et blanche inférieurement, nous paraît celle que Péron nomme hyla nebulosa, à cause de ses couleurs vagues. La rainette de Lesueur, tachetée de brun foncé et à cuisses ponctuées de blanc sur un fond noir bleuâtre, la raënette de Jakson, d'une belle couleur violette aux pieds de derrière {yla ianopoda de Péron), enfin la ranette pattes-orangées (hyla citripoda), sujet encore unique, qui est marqué, aux articulations des cuisses, d’une grande tache jaune citron ; telles sont les espèces du Voyage austral, reconnaissables par la synonymie dans les ouvrages modernes. Nous n'avons pu retrouver l’animal que Péron désigne comme la plus petite de ses rainettes nouvelles, sous le nom de Ayla rubeola, toute parsemée, dit-il, de très petits points blancs, sur un fond d’une couleur lie de vin extrêmement légère. Il parle aussi d’une dernière rainette découverte au port du roi George et encore inconnue. Péron indique comme inédites trois espèces de crapauds ; ce sont des batraciens anoures crépusculaires et à mâchoires dépourvues de dents. Il donne le bufo proteus, à nuances agréables et variées, comme un des plus petits anoures connus, sa taille atteignant à peine un pouce. Il semble s’éloioner, dit-il, du genre dégoûtant auquel il appartient. Cette espèce est, pour les auteurs actuels, le phrynisque austral , sans glandes parotides et à vessie vocale interne chez les mâles. L'ouvrage de MM. Duméril et Bibron ne mentionne en Australie que cette seule espèce de crapauds; on n'a donc pas retrouvé l'animal nommé par Péron bufo leucogaster, à eause de la blancheur éclatante de son ventre , et le crapaud

— À51 — découvert à l’île King et le seul rencontré dans la terre de Diémen et les îles du détroit de Bass.

Les batraciens urodèles, à métamorphoses moins complètes, n’ont pas de représentants dans les envois de Péron, et la science n’en connaît pas encore en Australie.

Le Voyage aux terres australes ne contient sur les poissons que des indications insuffisantes ou erronées. Péron était peu versé dans l’histoire naturelle de ces animaux, dont les caractères distinctifs offrent plus de difficultés que pour les autres groupes zoologiques. De plus, la recherche des poissons avait été confiée à Levilain, et Péron n’en fut chargé qu'après la mort de ce naturaliste. Nous rencontrons des renseignements dans le mémoire de Lacépède déjà cité à propos des reptiles, mais nous avons eu recours presque exclusivement à la collection du Muséum , et surtout au grand ouvrage de Cuvier sur les poissons, continué par notre honoré maître , M. Valenciennes. Là sont mentionnées les nombreuses espèces dont les soins de Péron et Lesueur ont enrichi la science.

Les poissons osseux ont été divisés par Cuvier en deux groupes, d’après un caractère dont on a pu contester la valeur, mais qui établit une séparation commode pour l'étude parmi tant d'espèces, souvent si faiblement distinctes.

L’immense sous-classe des acanthoptérygiens débute par les percoïdes, et, parmi les espèces à deux dorsales, des énoploses, des apogons à rubans longitudinaux noirs, des grammistes, la plupart déjà décrits par White et Commerson, figurent dans les collections du voyage (1). Aux percoïdes à une seule dorsale se rattachent les mérous merra et à gouttelettes blanches, des mers qui baignent l’île de Timor. Ces poissons sont de la famille des serrans où l’on vient de découvrir (M. Des-

(4) Guv. et Val., Hist. des poissonsxt. 11, 1898.

fossé) le fait si curieux de lhermaphrodisme normal chez les vertébrés, dans les serranus scriba et cabrilla de la Méditerranée. Le priacanihe sablé de l'Atlantique, des thérapons de la mer des Indes, un pelates, de Port-Jackson, et un helotes, de la baie des Chiens marins, nous conduisent à ces Lolocentres, non moins remarquables par la magnificence de leurs téguments que par la force de leur armure pouvant causer, lorsqu'on les saisit, de profondes blessures (1). La mer n’en produit pas de plus brillants ; le poli de leurs écailles égale celui des miroirs, et sur des fonds rouges incarnats ou argentés se découpent des bandes ou des taches à couleurs tranchées. La mer des Indes, les rivages de Timor fournirent à l'expédition australe des représentants de ce genre déjà décrits par Commerson : les holocentres, oriental, diadème , à gouttes de lait, et enfin l’holocentre sammer, le plus beau de ces riches poissons, dont les écailles ressemblent par les bords à d’éclatants miroirs d'acier ou d'argent bruni, avec le centre de la couleur de l'or.

Parmi les percoïdes à ventrales jugulaires, vivant enfoncés dans le sable, au dos hérissé d’aiguillons ; nous citerons un uranoscope lisse, genre dont la bouche laisse sortir un lambeau charnu sublingual, appât trompeur pour les poissons et qui, suivant Galien, nous montre que l’homme n'est pas le seul être auquel la nature ait ordonné de tenir ses regards élevés vers le ciel.

Les sphyrènes que Péron indique dans le Voyage sont sans doute les sphyrènes jello et à mächoire obtuse, de la mer des Indes, et le si{{ago cilié, des mers australes, à fond doré glacé d'argent. À côté se place l'upénéus à museau poreux , de la Tasmanie, de couleur rouge, voisin de nos rougets.

(4) Cuv. ct Val, L ILE, 4829, p. 136.4

Dans les acanthoptérygiens dits à joues cuirassées, à causé du développement excessif d’un des sous-orbitaires, les trigles, que le vulgaire confond avec les véritables rougets ou mulles à cause de leur couleur, qui font entendre, au sortir de l’eau , un grognement {grondins, cogs de mer, coqs bruyants), se sont accrus en espèces nouvelles venant de la mer des Indes : ainsi le perlon de Péron (trigla Peront), et les trigla papilio, phalæna et sphinx, espèces très voisines , brunes en dessus, argentées en dessous (1). Les rivages de l'Ile de France ont procuré le dactyloptère tacheté, poisson volant à énormes pectorales, d’un brun rougeâtre. Aux cottes, bizarres par leur tête plate et armée d’épines, se rattache le platycéphale ponctué de la Nouvelle-Hollande. L’apiste marbre, de Timor, dont le corps, dénué d’écailles , est couvert d’une peau molle et spongieuse , appartient aux scorpènes. On se ferait difficilement une idée de l'aspect hideux et dégoûtant de ces poissons, à tête comprimée et épineuse, à peau visqueuse et flasque, enveloppant parfois la tête et les membres, à tel point que, dans les synancés, on croirait voir une masse informe, couverte d’ulcérations. En même temps, les épines acérées de ces affreux poissons les rendent redoutables, et les font appeler par les pêcheurs diables, crapauds et scorpions de mer.

Une découverte capitale de Péron est celle d’un petit poisson dont la taille n’atteint pas 4 centimètres. 11 a servi à Cuvier à établir le genre oréosome ( à corps montagneux ), qui prend place , mais d’après de faibles analogies, non loin des épinoches. L’individu , unique dans la science , que l’on doit à l'expédition australe { 0. coniferum ou atlanticum), est désigné par Cuvier comme un être qu’on prendrait plutôt pour le produit monstrueux d’une imagination malade que pour

(4) Guv. et Val,, Hist, des poissons, t. IV, 1829.

une réalité existante dans la nature (1). Ce très petit poisson est aussi haut que large. Sa peau, grenue et sans écailles, se hérisse de gros cônes ossifiés semblables à des pains de sucre et striés de cercles parallèles à leur base. On n’a rien pu découvrir qui approche de cette figure étrange, dans les naturalistes ou les voyägeurs qui ont parlé des poissons. « Nous le » devons, dit Cuvier, à l’infatigable attention de Péron, qui » s’attachait aux plus petits objets. Il l’a rapporté de l'océan » Atlantique. »

Les sciénoïdes, sans dents au palais et généralement remarquables par la structure caverneuse des os de la tête et les appendices complexes et singuliers de leurs vessies natatoires, ne nous offrent qu'une espèce limite du groupe, le glyphisodon à une tache, de Timor ; au contraire , la collection du Voyage est riche en sparoïdes, à palais encore dépourvu de dents, mais à pièces operculaires sans épines ni dentelures comme chez le groupe précédent. Les baies australiennes abondaient en pagres , voisins de nos daurades, à joues écailleuses. Nous citerons le pagre unicolore, le denté de Péron, le pentapode de Péron, etc. Dans les espèces à joues sans écailles se trouvaient les léthrinus, à joues tachetées, et à joues rayées ; dans les espèces à dents toutes en cardes, les canthères, tacheté et linéolé ; et enfin le groupe à dents tranchantes se trouve représenté par le bogue salpoide, beau poisson de la mer des Indes, à reflets dorés et ressemblant beaucoup à la saupe de la Méditerranée (2).

Les squammipennes ont le corps comprimé, écailleux , à nageoires dorsale et anale fortement couvertes d’écailles au moins dans leur partie molle ; parmi eux, les chétodons (dents

(1) Cuv. et Val., ouvrage cité, t. IV, p, 377-379. (2) Ouvr. cité, t. VI, 14830.

en crins), forment une immense famille de poissons peu volumineux se tenant dans des eaux sans profondeur et agitant sans cesse au soleil leur corps où se répartissent le rose, le pourpre, l’azur, le noir velouté en raies, en écharpes, en anneaux, en taches ocellées sur des fonds dorés, ou argentés, ou nuancés, comme la plus belle nacre , de toutes les couleurs de l’iris ; de sorte que les mers tropicales, grâce à l'éclat de ces poissons, n’ont rien à envier aux soui-mangas de l’Ancien Monde, ni aux colibris de l'Amérique. La collection de Péron comprenait le chétodon vagabond , de l'Ile de France, déjà connu de Linné, le chétodon verdätre , de Timor, le chétodon à queue ocellée, des mers australes, l’holacanthe à demicercles, de Timor, dont le corps est rayé par douze demi-ellipses blanches, dans les intervalles desquelles sont autant d’ellipses bleues plus étroites, et enfin le platax pointillé, de Timor, très petit poisson presque aussi long que large.

La famille suivante nous intéresse à plusieurs titres. Il s’agit de ces curieux poissons à os pharyngiens labyrinthiformes, Selon l’épithète caractéristique de Cuvier. La surface de leurs os pharyngiens se divise en feuillets, de manière à offrir des loges retenant de l’eau, à peu près comme le réseau de la panse des chameaux. Cet appareil est renfermé sous des opercules bombés et serrés, de sorte que, le poisson étant à l'air, l’eau ne s’évapore pas, et, coulant sur les branchies, en prévient la dessication. Une espèce, importante pour l’homme, est l’osphromene gourami, de grande taille et de chair exquise. On le regarde comme originaire de la Chine, bien que cela ne soit pas entièrement certain. Transporté de Batavia à l'Ile de France, il fut décrit par Commerson. Cuvier cite les tentatives infructueuses faites pour l’introduire en France, mais qui réussirent pour Cayenne, où il est maintenant naturalisé. Les gouramis furent amenés, sur l’ordre de M. de Clermont

Tonnerre, ministre de la marine, des colonies indiennes à Cayenne, par M. de Mackau, depuis ministre de la marine. Ils avaient été importés par Poivre à l’île de la Réunion, en

Nous regrettons que l’illustre savant ait omis de mentionner les efforts de Péron , à qui l’idée des applications utiles pour son pays était toujours présente. À son départ de lIle de France, Péron emmenait une nombreuse colonie de jeunes gouramis en parfaite santé ; ils périrent accidentellement tués par de l’eau croupie que leur versa un matelot. C’est surtout de nos jours, où la pisciculture appelle lattention générale, qu’on doit apprécier le mérite de ces essais. Espérons qu'ils seront renouvelés avec succès et que la science comptera une conquête de plus.

Il nous paraît difficile de décider quel poisson du grand sroupe des scombres a été désigné par Péron comme pareil au maquereau d'Europe, mais plus petit, et pris à l’île Decrès. Peut-être s’agit-il d’un véritable maquereau, dit de /a Nouvelle-Hollande, envoyé du port du roi George par Quoy et Gaimard, pourvu d’une vessie natatoire. On sait, en effet, combien ces maquereaux à vessie natatoire ressemblent à nos maquereaux de l'Océan, qui en sont privés. Peut-être aussi est-il question du tassard hareng, d'un genre voisin des thons, et qui se rencontre sur les côtes occidentales de la Nouvelle- Hollande.

Les mers exotiques présentent d’autres scombéroïdes , inconnus dans les mers d'Europe, paraissant vivre de préférence de matières végétales , régime en rapport avec la lon sueur de leur intestin. À eux se rapporte l’amphacanthe à front bombé, probablement de la baie des Chiens marins. Les archipels indiens ont offert à Péron les acanthures à hautes voiles et voilier, celte dernière espèce remarquable par la

hauteur de sa dorsale. Les poissons de ce genre ont la queue armée de chaque côté d’une forte épine, couchée le long du dos et redressable, d’où leurs noms vulgaires de chirurgien, de saigneur. Leur chair a une odeur musquée semblable à celle des coraux frais dont probablement ces poissons se nourrissent, ainsi que des sédiments vaseux du fond de la mer.

Les indications de Péron sont malheureusement des plus vagues au sujet des espadons, qui sont des scombres de taille considérable et à lèvre supérieure prolongée en forme de glaive ou d'épée. En parlant du nombre énorme des baleines qui entouraient les vaisseaux à la terre d’Endracht, Péron rapporte leurs combats avec un poisson de plusieurs mètres de longueur, qu’il qualifie d’esvadon austral , différant surtout des espadons des mers du nord par deux longues franges ou lanières de deux à trois décimètres, et qui, placées, dit-il, sur les côtés de la lance, vers sa partie moyenne, flottent librement au milieu des eaux. Aucun des véritables espadons , ni des tétraptures, ni des voiliers indiqués dans les auteurs modernes , ne possède les franges dont parle Péron. On pourrait peut-être attribuer cette description erronée à une confusion d'espèce explicable , et par le manque d’habitude dont Péron donne de fréquentes preuves dans l’observation des poissons , et par la difficulté de bien apprécier les caractères d'un animal emporté par des mouvements rapides dans les flots agités. Le poisson en question serait un pristiophore barbu , rapporté récemment de la Tasmanie par Verreaux. C’est un poisson cartilagineux dont le museau prolongé présente une scie à dents courtes et peu visibles, et deux longs filaments flottants.

Parmi les scombéroïdes dont les rayons épineux de la dorsale sont séparés, se trouve un wachinote de la mer des Indes, qui paraît à Cuvier identique, sauf la taille bien plus petite,

avec le #rachinote de Baillon, décrit par Commerson dans les poissons de Madagascar.

Le Voyage aux terres australes signale vaguement un caranx au dos couleur d'azur. Cette indication appartient à des scombéroïdes à: ligne latérale cuirassée d’écussons écailleux plus ou moins ossifiés , et s’applique soit au caranx plie, de la mer des Indes, venant sans doute des parages du port du Roi George, où le retrouvèrent Quoy et Gaymard , soit à la carangue de Péron, paraissant être la même espèce qu’un scombre déjà indiqué par Forskal et par Bloch pour les mêmes régions. Le b/épharis des Indes, de la mer des Moluques, forme un genre très voisin.

Des espèces de très petite taille, sans épines libres au dos, sans armure aux côtés de la queue, à corps brillant, orné de bandes ou de points noirs, terminent la série des scombres et nous offrent la sériole à deux taches, de la mer des Indes, le pasteur de Péron, des côtes de Timor, et le nauclère raccourci, de l'Atlantique , retrouvé bien plus tard par Quey et Gaimard. ;

Le genre prionure a été créé par Lacépède, d’après un poisson de localité non mentionné, mais complétement inconnu avant Péron (1). Ses caractères sont une queue armée latéralement d’une série de lames tranchantes et fixes, horizontales ; des dents à bords entaillés ; l’épine du premier rayon de la dorsale couchée en avant. L'espèce type, le prionure microlépidoie ressemble beaucoup par la forme à l’acanthure chirurgien ; elle est phytophage comme les acanthures et les nasons. | |

Les poissons à corps aplati ou en ruban qui se lient aux scombres par des espèces de passage, ne nous donnent à men-

(4) Ann. du Mus., & IV, p. 205. — Cuv. et Val., t. X, atlas pl, 292.

tionner que l’athérine d’Endracht, petit poisson argenté des chétifs ruisseaux de ces côtes arides , et ressemblant à notre atherina presbyter, de l'Océan.

Le muge de Péron, de Port-Western , et le muge poiniu, également de la côte N.-0. de l’Australie, appartiennent aux mugiloïdes, poissons mal armés pour la défense et que leurs grandes écailles font ressembler, au premier abord, à nos carpes et surtout aux chevaines ou meuniers, Ils savent s’élancer verticalement hors de l’eau et sortir ainsi des filets ; ils remontent des côtes dans les rivières, se nourrissent de petites proies et de substances végétales (1). |

Les collections du Muséum se sont enrichies, pour la première fois, par les soins de Péron, mortellement atteint alors, du tétragonure de Cuvier, venant de Nice. Ce curieux poisson a la plupart des caractères des muges, avec les crètes saillantes de chaque côté de la queue propres aux scombres. Déjà connu par d'anciennes figures de Rondelet et d’Aldrovande , il offre des écailles dures, nombreuses et serrées s’implantant par verticilles obliques sur la peau.

Il vit à de grandes profondeurs, ce qui explique sa rareté ; Sa chair passe pour vénéneuse, parce qu’il paraît surtout se nourrir de ces méduses très âcres et très caustiques dont Péron a fait le genre stéphanomie. La muqueuse de l'intestin de ce poisson ne semble pas souffrir de cette nourriture corrosive, de même que le hérisson mange impunément les cantharides, poison si violent pour l’homme.

La famille des gobioïdes:, qui ont les rayons de la dorsale grèles et flexibles, et dont certaines espèces sont vivipares, est surtout représentée, dans les collections du Voyage, par des blennies à dorsale unique, à peau molle et visqueuse , sans

(2) Cuv. et Val., t. XI, 1836.

écailles. Péron a découvert de très curieuses espèces : ainsi la blennie aux grandes cornes, du Cap, à tête garnie de longs et grèles tentacules ; le blennechis cyprinoide, des mers des Moluques, vivant au milieu des fucus et des coraux, comme tous les membres de sa tribu ; le salarias à double série, de l'archipel des Indes, dont les dents aignés et nombreuses sont mobiles avec la peau qui couvre les os des mâchoires, de sorte que chacune peut être élevée ou abaissée séparément, et de plus toutes ensemble, par un mouvement commun des lèvres , à peu près comme dans certains squales. Citons encore le salarias quadripenne de Timor, dont la tête est ornée de quatre tentacules palmés et dont le corps, strié obliquement de gris et de blanchâtre, simule le plumage d’une perdrix ; le salarias pintade , de la terre de Van-Diémen , et le cristiceps austral, de la même région. Ce dernier poisson , à tête tentaculée , est de rivière et vivipare, car on trouve Île sac ovarien rempli de petits éclos.

Dans le groupe des gobies, à deux dorsales et à petites écailles, nous ne trouvons à mentionner que le gobie à grosses joues, à tête très large, de localité inconnue (1).

Les nageoires pectorales pédiculées, c’est-à-dire portées sur des os du carpe très allongés , donnent aux poissons des genres suivants un aspect singulier. [ls semblent avoir des bras, et plusieurs peuvent, au moyen de ces appendices, se traîner sur la vase et même se hisser. Üne ressemblance grossière avec des raies avait fait ranger ces poissons (ainsi la baudroie) dans les cartilagineux ; mais leurs os, peu durs, il est vrai, sont fibreux, caractère essentiel des poissons osseux. La peau, dépourvue d’écailles, est souvent revêtue de petits grains ossifiés, et l’opercule est recouvert et sans mouvement.

(1) Cuv. et Val., i XIT, 1837.

Le chironecte renflé, très petit poisson à tête énorme, munie de rayons libres de forme bizarre { antennaïires de Commerson), a été ramassé par Péron dans ces fameux amas de varecs flottants qui tapissent certaines portions de l’océan Atlantique, et où des auteurs prétendaient voir des restes de l’Atlantide de Platon. En outre, Lacépède décrit pour la première fois, comme provenant du voyage aux terres australes, sous les noms de /ophie hérissée et lophie lisse (4), deux chironectes désignés par les mêmes épithètes, de petite taille et à queue plus allongée que les autres espèces du genre.

Des poissons de forme hideuse , à pectorales portées sur des bras courts, rappellent les batraciens par leur tête aplatie, leur gueule largement fendue et garnie de lambeaux cutanés, leur peau nue et gluante. Parmi eux se range le batrachoïde à quatre épines, de la mer des Indes, espèce que Lesueur décrivit plus tard sous le nom de batrachoides diemensts.

Nous terminerons cette revue rapide du groupe immense des acanthoptérygiens par les labroïdes. La première tribu, à dents séparées, à lèvres retroussées et comme doublées, présente des poissons très répandus dans les mers intertropicales, ornés des plus brillantes couleurs , d’un fond généralement vert relevé par des bandes d'azur, d’orangé , de rouge amaranthe. Péron rapporta au Muséum le plus grand individu qu'il possède de la girelle croissant, de la mer des Indes, déjà signalée par les naturalistes hollandais, la gérelle semi-fasciée, de l'Ile de France, décrite par Commerson, et la girelle axillaire, remarquable par une tache à l’aisselle d’un beau jaune éclatant, poisson de la mer des Indes retrouvé, depuis Péron, aux îles Sandwich par Quoy et Gaimard. L’anampses aux points bleus appartient à un genre singulier. Il n’a que quatre

(4) Ann. du Mus., t. IV, p. 202.

re

dents, deux en haut, deux en bas, taillées en biseau et à pointes inversement recourbées ; configuration bizarre qui fait que les dents se touchent par leur partie convexe quand la bouche est fermée , comme les cils de nos paupières. À ce poisson de l'Île de France, nous Joindrons un animal d’un genre voisin et de la mer des Indes, le rason à grandes écailles.

Une seconde tribu des labroïdes se compose des scares, dont les dents sont réunies en lames osseuses avec les mâchoires, comme chez les diodons. Cette conformation, jointe à de vives couleurs vertes, variées de jaune et de rouge, a fait appeler ces poissons perroquets de mer. s passaient chez les anciens pour avoir nne voix et pour ruminer, et la sauce faite avec leur foie et leurs intestins était estimée à des prix exorbitants. Suivant M. Valenciennes, ils peuvent donner à leurs mâchoires un mouvement de va-et-vient simulant une rumination. La science doit à Péron le type du sous-genré des Odax, chez lequel les dents nombreuses et soudées ensemble demeurent distinctes par les bords tranchants et crénelés. L'odax semi-fascié , de couleur fauve avec des bandes nuageuses brunes, est peut-être le poisson désigné dans le voyage sous le nom de labrus squalidus, à cause de ses couleurs grises et ternes, et trouvé à l’île Decrès. L'odax à baudrier, beaucoup plus petit, est aussi une découverte de l'expédition australe. |

Les poissons malacoptérygiens nous offriront beaucoup moins d'espèces à mentionner. On sait en effet que ces poissons, caractérisés non pas forcément par la mollesse des nageoires impaires, mais par les nombreuses articulations osseuses de leurs rayons, présentent beaucoup de genres propres aux eaux douces, comme nos carpes , nos tanches , nos brèmes, etc., et ont dû rarement s'offrir aux explorateurs du voyage austral.

Parmi ceux de ces poissons dont les nageoires ventrales, sans attache aux os de l’épaule, sont rejetées en arrière des pectorales, nous mentionnerons, dans les siluroïdes, le pimclode de Péron, venu on ne sait de quelles eaux douces (1). Avec une seconde dorsale adipeuse ou formée d’un repli de la peau contenant de la graisse et dépourvu de rayons, cette espèce est la seule du groupe des silures sans vessie natatoire que le Muséum ait reçu de la mer des Indes. Le plotose à grosse tête, de Timor, appartient à ce genre qui possède derrière le cloaque un tubercule en forme d’arbuscule ramifié, sans connexion avec les organes génitaux et urinaires, et d'usage inconnu. On attribue, mais sans certitude, au voyage de Péron, une espèce de la famille des cyprinoïdes , ressemblant à une tanche, et nommée par M. Valenciennes rohite tancoïde (2).

Dans les ésoces figure un brochet austral rapporté de la terre de Diémen par Péron et Lesueur. Il a fallu toute la sagacité descriptive de M. Valenciennes pour y reconnaître les caractères d’une espèce nouvelle, tant il diffère peu de celui de nos rivières. Il est bon à noter que le principe de la séparation géographique des types est loin d’être sans exceptions. Les eaux douces de la Tasmanie fournirent aux mêmes voyageurs un petit poisson retrouvé plus tard par Quoy et Gaimard. Il servit à Cuvier pour établir le genre galaxie. Sa dentition est

(4) Cuv. et Val., t. XV, 18/0.

(2) Guv. et Val., t. XVI, 1842. — Nos recherches au sujet de ce groupe de poissons, amènent naturellement sous notre plume une touchante digression. Lesueur dédia une pæcilie des eaux douces des États-Unis du Sud à M. Mollien l’un des ministres de Napoléon, et créa le genre molliénisie. À cette époque, M. Mollien avait repris la vie privée par suite de la chute de l’Empire ; ce . n'était donc pas l’homme puissant que Lesueur cherchait à honorer, mais le protecteur de l’ami qu’il avait perdu, ayant ainsi conservé, après de longues années, et dans un autre hémisphère, sa tendre et constante amitié pour Péron. (Cuv. et Val., t. XVIIL, p. 137.) |

celle des brochets dont il partage la voracité et la locomotion puissante, ainsi que l’indiquent trois nagcoires impaires rapprochées et rejetées en arrière ; mais sa peau absolument nue n'a pas même d’écailles cachées dans la mucosité, comme chez l’anguille. ù

L'espèce porte le nom de galaxie truitée. Le genre orphie, si remarquable par l'allongement du corps et surtout du museau, doit être cité pour l’orphie crocodile, trouvée à l'Ile de France, mais répandue dans tout l’océan Indien et décrite auparavant par Forster et Commerson. Le nom spécifique / belone crocodilus) est de Lesueur, qui traite de ce poisson dans le Journal des Sciences de Philadelphie.

C’est par erreur que Péron indique an scombrésoce, à reflets azurés, dans les poissons nouveaux pêchés à l’île Decrès ; ce genre est de la Méditerranée et très rarement de la Manche et de l’océan Atlantique. Les collections du Muséum contiennent des exemplaires mal conservés d’un hémiramphe, décrit par Lesueur comme une variété de l’hemiramphus erythrorhynchus, de l’île de France, variété que M. Valenciennes rapporte à l’hémiramphe de Gaïmard. Ces poissons sont irès curieux par l'allongement considérable de la mâchoire inférieure qui, isolée et dépourvue de dents, a l’aspect d’un demibec. On dit qu’il en est de phosphorescents (4).

L'Ile de France présenta, dans les clupées, l’anchois de Forskal, déjà indiqué par cet auteur parmi les poissons de la mer des Indes. Selon M. Dussumier qui le retrouva bien plus

iard aux Séchelles, sa chair est venimeuse, si l’on n’a eu soin d’arracher la tête et les intestins , et, prétend-il, un seu de ces poissons peut faire mourir un homme.

Nous mentionnerons un petit nombre d’espèces dans les

(1) Cuv. et Val., t XIX, 18/6.

salmonoïdes, à seconde dorsale adipeuse. Elles sont du groupe à joues plus ou moins cuirassées par le développement des sous-orbitaires ; ainsi, le scopèle de Humboldt, exemplaire provenant des îles d’Hyères, le scopèle de Lesueur, enfin le sauride tombil, tous deux de l'Ile-de-France.

Nous avons éprouvé de grandes difficultés pour déterminer les derniers poissons du voyage de Péron qu’il nous reste à citer. La collection du Muséum n'offre pas encore une classification complète de leurs espèces, et l'ouvrage célèbre auquel nous avons eu principalement recours ne les décrit pas.

L’extrême obligeance de M° A. Duméril nous a permis de consulter son catalogue encore inédit des plagiostomes, et nous devons au zèle de M. Kaup de précieux renseignements sur les anguilliens, les balistes, etc.

La famille des pleuronectes compte plusieurs espèces, non encore classées, du voyage de Péron. Dans les poissons osseux privés de nageoires ventrales, nous rencontrons une espèce d'eau douce, anguilla Elphistonti, et plusieurs espèces marines, à savoir, un #urenophis encore inédit, auquel Cuvier avait donné l’épithète provisoire de potntillé, le murenophis tigrina, de Lacépède, et les thyrsoidea grisea |[Kaup), déjà connue par Commerson, et hyrsoidea fasciata (Kaup), due à Péron, et de la mer des Indes. Le voyage austral a offert également à M. Kaup les types du pæcilophis variegata, espèce marine , du congermuræna balearica, de l'océan Atlantique, genre intermédiaire entre les congres et les murênes {ancien congre de Péron) , et de l’alabes de Cuvier. Cette espèce nouvelle, représentée par deux individus de très petite taille, à corps comprimé avec une sorte de petit disque concave entre les nageoires pectorales, avait servi à Cuvier pour établir le genre alabes, voisin du genre sphagebranche (1).

(41) Cuvier, Règ. anim. , t. II, p. 354.

Parmi les lophobranches, de figure si bizarre, une espèce des plus curieuses est citée plusieurs fois par Péron, dans la relation du voyage, sous le nom de syngnathe à banderolles (Syngnaihus tæniolatus, Lacép.). Cette espèce, très rare, rencontrée dans le détroit de Bass, qui n’existe que dans les musées de Paris et de Londres, est le phyllopterix jfoliatus (Swainson), genre voisin des hippocampes. Le ventre est renflé au milieu, le cou plus allongé que dans les syngnathes et hérissé d’une grande épine élargie , le corps très étroit transversalement et la queue garnie de filaments ‘pairs, de forme étrange. Plusieurs hippocampes nouveaux sont du voyage de Péron.

Dans les sclérodermes figurent l’ostracion à quatorze piquants (aracana aurita |Gray), et le cibotion luberculatus (Kaup), poisson dont le corps est en forme de boîte prismatique à quatre pans, couvert de tubercules hexagonaux. Péron et Lesueur le rencontrèrent probablement dans la mer de Timor, car Quoy et Gaimard en rapportèrent depuis de la Nouvelle Guinée et de Guam. Le baliste galonné est cité par Péron, mais c’est surtout la découverte d’un poisson d’un genre voisin, dans les parages de la terre de Witt, qui le remplit de joie. Il rapporte en effet avoir rencontré un baliste entièrement dépourvu de toutes nageoires ventrales, ce qui réalisait une des conceptions théoriques de Lacépède pour qui il professait une sorte de vénération : il le nomma balistapodus witensis (Voy. aust. t. I”, p. 139). On sait que les vrais balistes manquent toujours des nageoires paires postérieures, mais la nageoire anale existe. Sans doute, dans le poisson découvert par Péron et Lesueur, elle faisait défaut normalement ou accidentellement. Il est fort difficile aujourd'hui de déterminer ce poisson, non retrouvé dans la collection.

Dans les poissons d’un groupe voisin dont les dents soudées

ou présentent des mâchoires comme ossifiées, le ttrodon argenté, de Bloch, est mentionné par Péron. Ïl parle aussi, à plusieurs reprises, de squales terribles qui firent courir de graves dan- gersaux matelots imprudents. Un requin, de dimensions énormes, fut pris dans les anses de l’île Decrès, et deux espèces de la même famille, inconnues jusqu'alors, furent remarquées par Péron à la terre de Diémen, dans la baie de l’Aventure. Malheureusement, ses vagues récits ne permettent aucune détermination précise, et nous ne pouvons lui attribuer avec certitude, dans le grand ordre des plagiostomes, qu’une espèce voisine des pastenagues. C’est la raie croisée de Lacépède (1) et l’urolophe orangé des auteurs modernes (2), dont le corps est d’une belle couleur orange, et rougeâtre sur les bords.

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