ÉTUDE BIOGRAPHIQUE
On ne saurait méconnaitre que, depuis quelque temps surtout, il n’y ait dans la France entière une généreuse émulation pour rechercher, pour honorer les belles actions et les actes héroïques, les éclatantes vertus et les illustres travaux. C’est là un fait remarquable et bien consolant pour les amis de leur pays. Car enfin cette sève d’où Jjaillissent les grandes choses n’est pas tarie chez une nation qui a ainsi le culte, l’enthousiasme du beau dans tous les genres; et c’est être bien près d’imiter que de savoir à ce point admirer.
Les provinces et les villes instituent des fêtes, élèvent des statues, décernent des éloges publics.
Au milieu de ce mouvement général de justice nationale et de reconnaissance , la noble province du Bourbonnaïis ne pouvait s’oublier elle-même. Sans parler de tant de monuments dont elle est fière à bon droit, comme ceux de Moulins et de Souvigny, sans parler de ces grandes familles historiques dont la gloire se trouve mêlée à toutes les gloires de la France, combien ne compte-t-elle pas à elle seule de cesillustrations dont pourraient être fières plusieurs provinces. Villars et Berwick, dignes enfants d’une ville (Moulins) qui ne s’est jamais rendue à un en-
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nemi, le vainqueur de Denain et le vainqueur d’Almanza, dont l’un sauva la France et l’autre l Espagne, c’est-à-dire deux couronnes pour le Grand Roi et pour notre patrie; le chancelier Duprat, le ministre préféré de François 1; Chabannes, le héros de ce règne glorieux à côté de Bayard, son ami; le brave officier de lagardeïmpériale, Rabusson ; lesavantjurisconsulte Chabot; le sculpteur Renaudin, et tant d’autres encore. Un homme des plus distingués a, dans un magnifique ouvrage, comme inventorié les richesses monumentales de son pays; rien de plus légitime que l’hommage qui lui a été rendu par ses concitoyens. Ilétait juste qu’un monument, élevé en l'honneur de M. Allier, füt placé au milieu de tous ceux dont il avait fait revivre la gloire.
Un autre enfant du Bourbonnaïis a honoré non seulement son pays natal, mais la France, mais l’humanité tout entiere par ses talents, par son courage, par son noble caractère, en même temps qu’il les a servis par les plus admirables découvertes, et par celles qu’il a préparées ; un de ces prophètes de la science qui devancent l’avenir, Péron, doit à la ville de Cérilly qu’il a immortalisée , à ses compatriotes de l’Allier un monument vraiment digne de lui. #
Les hommages littéraires n’ont pas manqué non plus à l’écrivain remarquable (car le savant Péron en était un) qu'avait recherché l'amitié de Fontanes; et, on est heureux de le dire, ils n’ont pas été au dessous de la grande solennité (inauguration du monument , 8 juin 1842) qu'ils étaient appelés à embellir encore.
On se rappellera toujours ce discours prononcé près du monument funèbre par M. Dufour (1), ces paroles où l’on sent l'âme d’un honnête homme qui avait le sentiment des arts; et
(4) Discours commémoratif sur F. Péron, etc., par M. Dufour, — Gérilly, 8 juin 4842, imprimé chez Enaut fils.
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cette allocution d’un style vif, d’un libéralisme élevé et véritable, de M. l'abbé Charles, curé de Cérilly (L).
Plusanciennement déjà, en 1811, un an aprèsla mort de Péron, un éloge historique très intéressant lui avait été consacré dans une société savante, par un homme qui avait recu d'elle la mission d'enregistrer, en quelque sorte, les renommées contemporaines , et qui, par là même, avait acquis une grande habitude d'appréciation, aidée encore par une infinie variété de connaissances. M. Deleuze juge Péron en littérateur bien plus qu’en savant, et les traits touchants qui terminent l’éloge révèlent un panégyriste qui avait connu et par conséquent aimé celui qu’il loue (2).
Un éloge (3) d’une forme plus scientifique, mais très incomplet dans le compte rendu des travaux de Péron, est celui que M. Alard, secrétaire de la Société médicale d’'Emulation, lut à cette savante compagnie, le 6 mars 1811.
Nous citerons encore l’article consacré à Péron dans la Piographie Universelle. Cet article, par Eyriès, n’est qu’un extrait de l’éloge de Deleuze. Quelques lignes, d’une inspiration assez malheureuse, sont aussi contenuesdans la Biographie Médicale.
Le plus beau titre de gloire de Péron, celui qui le désigne officiellement à la reconnaissance du pays, c’est le rapport présenté à l’Institut le 9 juin 1806 par la commission composée de Laplace, Bougainville, Fleurieu, Lacépède et Cuvier, rapporteur (4). Péron, resté seul de tous ses collègues et aidé de Lesueur, redouble, y est-il dit, de zèle et de dévouement.
Et au sujet de la riche collection zoologique : « plus de cent » mille échantillons d'animaux d’espèces grandes et petites
(1) Voir l’Industriel de Moulins, journal, 15 juin 1849, n° 9.
(2) Voyage aux Terres australes, 2 vol. page 434.
(3) Mémoires de la Société médicale d'Emulation, 1811, Lome 7. (4) Voir 41° vol. du Voyage aux Terres australes.