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Eîlel c'est elle à qui nous devons Galilée Et les rugissements du Lion en courroux; Plus encor ! nous devons à sa beauté voilée Cet enfant, ta vivante image parmi nous.
Son premier bégaîment charma ta dernière heure .. Mais, orphelin parmi les orphelins heureux Il aura, pour connaître un jour celui qu'il pleure, Ton œuvre et ta statue, en bronze toutes deux.
Sa mère et tes amis lui conteront le reste, Ta ferme loyauté, la grâce de ton cœur. Ta faiblesse — souvent mais à toi seul funeste — Ta naïveté fine et son charme vainqueur.
C'est ainsi que parle un ami de l'aurore au couchant. Voilà comment justice est faite. A ces nobles paroles , la conscience publique a répondu. L'assemblée était frémissante au discours de ce généreux camarade, et les initiés se rappelaient dans les couloirs du Théâtre-Français ce cri généreux de l'auteur de la Contagion au moment où la foule applaudissait à l'indignation du jeune Humbert : « Malheureux Ronsard ! s'écriait Emile Augier, il n'est pas là pour assister au plus beau moment de sa gloire! » Hélas! il était couché sur son lit de mort.
On a très-bien écouté, après la cantate de
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M. Siméon Gouet , mise en musique par M Edouard Girard^ le discours de M. Ducuing, au nom de la Société des gens de lettres. M . Ducuing est un homme honoré à bon droit par sa dignité personnelle et sa naïve admiration pour toutes les choses sincères et bien pensées. Il a dignement parlé surtout de l'auteur de Charlotte Corday, laissant dans l'ombre, et pourquoi.'' Horace et Lydie, un sourire de M"" Rachel.
Une ode à Ponsard^ où se fait remarquer une véritable inspiration, nous a ramenés à M. Jacques Guillemot , l'auteur du Cycle viennois. Bientôt M. l'administrateur du Théâtre-Français, Edouard Thierry, très-habile écrivain, très-bon juge et d'une urbanité parfaite, a fait un discours dont voici l'exorde à la louange de la cité viennoise. Hélas! il faut se hâter; nous ne dirons ■jamais tous les épisodes de ce drame en plein air :
C'est bien ici, dans cette ville pleine de souvenirs, au pied de ces collines que l'Italie des Césars avait choisies pour y étager ses riants jardins d'été, près de ce fleuve oi!i se mirent toujours les ombrages des grands parcs, et qui court impatient de Lyon, la cité romaine, à Marseille, la colonie grecque; c'est bien
ci que l'on comprend les origines du génie de Ronsard, l'ensemble de son œuvre et de sa vie. C'est ici qu'il a dii naître. C'est ici qu'a dû se former ce jeune et sérieux esprit, pénétré de toutes les influences du sol et des traditions lointaines; c'est d'ici qu'a dû partir avec son premier poëme dramatique ce Romain du dix-neuvième siècle, commençant ainsi que l'ancienne Rome à la dernière page de l'histoire des Tarquins, à l'honneur racheté de Lucrèce, à la première heure de la liberté.
Son émotion toujours croissante empêchait l'aimable orateur de continuer son discours, c'est grand dommage ; il racontait en termes excellents la vie entière de Ronsard... Citons encore ce beau passage oij M. Thierry explique, à la façon des grands critiques, la Charlotte Corday que M"" Agar (une Viennoise) représentait le même soir, au milieu des applaudissements frénétiques :
L'Éiysée des anciens confinait à leurs enfers : la Charlotte Corday de Ronsard est comme un Elysée de la Révolution. Ils y revivent, ces morts frappés tous avant le temps, mais calmes, pacifiés, entourés d'un rayonnement qui suit leurs ombres. Ils revivent, et le poète passe au milieu d'eux en les admirant. Ils ont tant de côtés qui répondent aux délicatesses de son
esprit. Ceux-ci sont Girondins, épicuriens gracieux qui avaient rêvé la République comme une aristocratie des intelligences et qui causent de la nouvelle Athènes dans le salon de M""^ Roland, ainsi que les Grecs du temps de Péridès dans le boudoir d'Aspasie. Cette jeune fille est une petite-nièce de Corneille. Elle lit Jean-Jacques Rousseau, seule, devant la moisson que quitte le faucheur, devant le soleil adouci qui se couche. Et quand elle apparaît à Barbaroux pour lui indiquer son chemin, parlant comme lui la douce langue de Théocrite ou d'André Chénier, l'entretien qu'ils échangent dans la campagne silencieuse est une églogue antique.
La foule, émue et charmée, a tout applaudi, paroles et musique. Elle s'est rendue ensuite à l'Hôtel de ville, oli le portrait de Ponsard et le buste excellent que M. Adam Salomon achève en ce moment pour le musée de Versailles ont été l'objet d'une ovation méritée. Et puis 1 heure est venue enfin où le banquet hospitalier a réuni toutes ces renommées. Cette fois, la gaîté, le bon mot, le repos d'une si grande fête ont remplacé les paroles solennelles ; et certes celui-là ferait une page éclatante qui réunirait tous les toasts inspirés par ce bonheur d'être ensemble et
par ce vin glorieux de la Côte-Rôtie, une des gloires de la contrée. On a surtout remarqué et très-applaudi le jeune Moreau-Chaslon, animé de toutes les belles passions de la jeunesse, et racontant ce père adoptif qu'il s'était choisi pour l'entourer des soins les plus tendres. L'instant d'après, M. Tony Révillon , l'un des nôtres, très-versé dans toutes les choses de l'art dramatique, esprit bienveillant et très-piquant lorsqu'il est nécessaire, a fort bien raconté les combats de son ami Ponsard. Dans sa parole émue, on retrouvait le frémissement de toutes ces grandes batailles. Je voudrais \citer, mais je n'ose, un toast glorieux de M. Dormoy, le digne frère de M""^ Ponsard. Eh bien! vous étiez là aussi, vous, notre ami de tous les temps, Edouard Fournier, qui avez donné au feuilleton de la Patrie une si grande autorité , vous étiez là pour parler des absents et pour dire aux convives : u Amis, n'oublions pas les infortunés que la fièvre a retenus dans leur logis. » Enfm, nous l'avons déjà dit, tout s'est dignement terminé par la représentation d'Horace et Lydie, et par cette admirable Charlotte Corday, quand M"^ Agar s'écrie, à
la façon des plus grandes tragédiennes :
Celui qui n'a pas su haïr la servitude, Celui-là ne peut pas t'aimer, — ô solitude !
Enfin, pas un des hôtes de la ville n"a repris le chemin de sa maison sans avoir présenté ses respects à M"*" Ponsard, à M. Bruant, le doux vieillard qui vit naître et mourir ce glorieux misérable; un adieu à la cité, au vieux Rhône, à ce diantre de Rhône, disait M"'^ de Sévigné ; un sourire à l'enfant tout frisé, tout joyeux, doucement endormi sur les genoux de sa mère au moment suprême où son père est acclamé !