‹ F.-X. Garneau et Francis ParkmanChapitre 12 sur 14 · FRS F · texte numérisé non relu

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F.-X. GARNEAU MÉNAUAE Canadien-Français le veut bien, lui ravir sa langue, sa religion etses usages, en admettant même qu'il ne pourrait conserver ses lois. Les nationalités ne s’anéantissent pas ainsi. L'histoire moderne nous en présente trop de preuves.

Voyez, par exemple, l’Alsace, l’une de nos plus belles et de nos plus riches provinces de France, et qui aujourd’hui ne compte pas loin d’un million d’habitants. Cette intéressante contrée, conquise par Louis XIV, et réunie à la France en : 1648, a conservé sa langue, ses mœurs et ses usages, malgré le système de centralisation et d’unité qui se fait sentir en France beaucoup plus que dans tout autre pays. Parcourez donc cette belle Alsace, réunie à la France depuis passé deux siècles, vous y trouverez une population française de cœur et sincèrement attachée à la France, mais toujours allemande par les mœurs et les usages. Visitez tous les villages, entrez le dimanche dans toutes les églises, vous n’y entendrez que des sermons en allemand. Dans les écoles, on enseigne l’allemand en même temps que le français. Voyez ensuite le royaume de Sardaigne, auquel ont été réunies toutes les provinces de la Savoie et le comté de Nice, pays peuplés par des habitants de race française, qui n’en conservent pas moins leur langue, leurs usages, etc. L’Autriche ensuite, qui règne depuis si longtemps sur la Lombardie, a-t-elle germanisé ce pays ? La Belgique qui compte deux millions d'habitants parlant le français, et environ deux millions parlant le flamand, présente-t-elle

l’absorption de l’une ou de l’autre de ces langues ? Et la Suisse enfin, qui se compose des races allemande, française, italienne et romane, a-t-elle cherché à anéantir l’une ou l’autre de’ces quatre nationalités différentes ? Non, et c’est là que, sous ce rapport, les Canadiens-Français trouveront l’exemple le plus rassurant pour leur avenir. En Suisse, chaque nationalité est respectée dans ses droits. Quoique la population allemande soit la plus nombreuse, les autres langues sont aussi reconnues par la constitution fédérale comme langues nationales, et chaque nationalité est représentée dans les assemblées législatives et au conseil fédéral. Cette différence de nationalité se rencontre aussi dans plusieurs des États composant la confédération. Le Valais, par exemple, se compose du Bas-Valais qui est français et du Haut-Valais qui est allemand. Le canton de Fribourg a aussi sa partie allemande et sa partie française, dont les limites se rencontrent dans la ville même de Fribourg. En 1815, l’ancien Évêché de Bâle,dont la population

est toute française, a été réuni au canton alle- :

mand de Berne. Le canton des Grisons compte 132 paroisses protestantes et 86 paroisses catholiques, formant ensemble une population d'environ 100,000 habitants. Un tiers environ de cette population parle l'allemand, un neuviéme l'italien et le reste le roman. Le canton se divise en trois ligues, la ligue Grise, la ligue de la Maison-de-Dieu et la ligue des Dix-Droitures.

Ces ligues, dont l’union date de 1476, se subdivi-

sent en 25% juridictions. Celles-ci, partagées à leur tour en juridictions secondaires, forment de

petites républiques différant souvent entre elles par leurs constitutions, leurs lois et leurs franchises. Cet État présente donc le rare assem-

* blage, dans un petit pays, d’une population composée de trois races différentes, professant deux

cultes différents et vivant entre elles heureuses et tranquilles, car le canton des Grisons est un des plus paisibles de la Suisse.

» Ainsi, dans chaque canton suisse, comme dans la confédération, chaque nationalité est respectée et équitablement représentée. Pourquoi n’en serait-il pas de même en Canada ? Ceci dépend uniquement du peuple canadien, ainsi que le prouvent les exemples que je viens de vous

. citer. Que les Canadiens-Français ne se laissent donc pas éblouir par des discours inspirés par un orgueil national aussi outré que ridicule, comme celui de M. Buchanan ; qu'ils se persuadent

bien surtout, et qu'ils n’oublient pas, que si la langue anglaise est celle de la majorité du peuple américain, elle n’est pas et ne sera jamais celle de la grande majorité de la population la plus civilisée du globe, c’est-à-dire de l’Europe ; que s’il y a chez la race anglo-saxonne des qualités qui la placent dans une position respectable parmi les nations civilisées, il y aurait de la folie à prétendre qu’elle est au-dessus, ou qu’elle absorbera ou effacera toutes les autres nationalités, à la tête desquelles se trouve toujours la France. | » D'ailleurs, la partie éclairée du peuple an-

glais commence à secouer ses préjugés ; revenue à des sentiments plus équitables, elle témoigne le désir de voir disparaître ces orgueilleuses prétentions de prépondérance et ces rivalités de races qui ne sont plus de notre siècle. Que le peuple canadien-français ne croie donc plus à ce fan- | tôme de l’omnipotence anglo-saxonne ; qu'il re- M tire sa confiance aux hommes capables de défection ; qu’il ne choisisse ses mandataires que parmi les hommes d’une confiance éprouvée pour la défense de ses institutions, de sa langue et de ses lois ; que tous ses efforts tendent sans cesse au progrès de l’instruction du peuple ; que celle-ci soit toujours donnée dans la langue maternelle, l’étude de l’anglais ne devant être considérée que comme un accessoire ; qu’il n’oublie jamais que l’union fait la force, et il pourra, comme tant d’autres peuples, transmettre intact à ses descendants l’héritage qu’il a reçu de ses pères.

» Terminant cette lettre peut-être déjà trop longue, je forme les vœux les plus sincères pour la conservation de la nationalité de votre brave peuple et pour son bonheur, espérant que le gouvernement anglais, animé par des dispositions équitables envers vous, reconnaîtra qu'il est de son devoir et de son intérêt de respecter et de protéger tous les droits inhérants à votre nationalité, et par ce moyen, conserver le Canada dont la position, ainsi améliorée, deviendrait préférable à l’annexion ».

L’ardente sympathie dont cette lettre est em-.

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preinte, est une preuve éloquente en faveur de l’ Histoire du Canada ; mais de tous les nombreux témoignages que nous venons d’énumérer, aucun ne fait plus d'honneur à M. Garneau, aucun ne fait mieux connaître l’importance de ses travaux historiques, et les résultats pratiques qu'ils ont eus pour le Canada, que les paroles que lui adressait, en 1855, monsieur le commandant de Belvèze, envoyé pour renouer des relations commerciales entre le Canada et la France :

« C’est en grande partie à votre livre, monsieur Garneau, que je dois l’honneur d’être aujourd’hui en Canada. Il forme la plus solide base du rapport officiel que j’adresse au gouvernement de l'Empereur sur les ressources commerciales de votre beau pays » (1).

Après de tels témoignages, M.Garneau pouvait mourir : son œuvre était accomplie. Servir son pays avait été l’unique but de sa vie, le seul mobile de son ambition. Ce résultat, il l’avait obtenu.

Au prix de quelles veilles, de quels travaux, de quelles sueurs — vingt années d’infirmités, une vie brisée avant le temps, une mort anticipée, sont là pour vous répondre.

« Sans doute, l’homme d’État mérite bien de la patrie, et sa mémoire doit être chère à tous ; F mais celui qui, sacrifiant à des recherches toujours pénibles et souvent ingrates, les plus belles années de sa vie, celui qui consent à être esclave et martyr pour devenir l’historien de son pays,

(1) Voir le Journal de Québec de cette époque.

est cent fois plus grand. Il meurt à chaque instant peu à peu dansson cabinet,pour l’avantage de ses concitoyens.‘ Chaque date qu'il inscrit lui coûte, pour ainsi dire, une goutte de sang, tant il lui a fallu de veilles et de travail pouraller la chercher au milieu d’un pêle-mêle d’années et d'événements, d’un abîme de confusion et de ténèbres. L’historien, c’est la mémoire de son pays ; et quand un pays n’a plus de mémoire, il meurt. L’historieun est donc indispensable, tellement indispensable qu’il ne meurt jamais. Son corps nous échappe, son front ne nous réjouit plus, mais son œuvre demeure.

» M. Garneau a eu le mérite de ne devoir qu’à lui seul sa vaste érudition, son style toujours bien approprié aux sujets qu’il traitait. Il a été lui-même à la fois et le maître et l'élève. C'est monsieur F.-X. Garneau seul qui a fait l'historien » (1).

Quant au mérite littéraire de son œuvre, ses critiques, comme ses admirateurs, en ont reconnu la vaste conception, l'ordonnance habile et la riche exécution. Il appartient à la grande école d’Augustin Thierry, dont il était l’admirateur passionné : il en a les qualités et même les dé- . fauts, la manière large, le regard philosophique, et quelque chose de son talent dramatique et littéraire ; mais aussi il en a les tendances rationalistes et les préjugés politiques. Ce fut le mal-

(1) Correspondance québecquoise du Journal des Trois-Rivières, signée d’initiales qui indiquent un beau nom, et qui promet d’être dignement porté,

heur de son éducation solitaire, abandonnée à elle-même, privée de cette salutaire direction qu’impriment aux jeunes talents nos grandes institutions religieuses.

Ébloui de l’étonnante prospérité des États- Unis, qu’il avait visités pendant sa jeunesse, aux plus beaux jours de leur merveilleux développement, il en avait rapporté une admiration trop exclusive de leurs institutions et de leur système politique ; et il ne s’est pas assez mis en garde contre leurs doctrines sur l’origine des sociétés, les devoirs des gouvernements, la liberté des citoyens, les droits de la vérité. «Comme eux, il écarte trop souvent de la direction des peuples l’action de la religion et de ses ministres». Ilen est résulté une déplorable lacune dans son œuvre ; le côté le plus intéressant, le plus glorieux de nos origines coloniales lui a, en partie, échappé.

Il n’a pas su mettre en lumière le rôle de dévouement que la France a embrassé en mettant . le pied en Amérique, ce rôle sublime de nation évangélisatrice, le seul digne de la fille aînée de l’Église, qu’elle a poursuivi avec un désintéressement qui fera son éternel honneur.

Son premier mobile, son dessein prémédité dans la fondation du Canada était, pour nous servir des expressions employées dans la commission de Jacques Cartier, d’augmentation du saint et sacré nom de Dieu». La raison d’État, les avantages matériels, l’accroissement de sa puis-

sance, l'honneur des découvertes, les profits du

commerce étaient pour elle des mobiles secondaïires. Cette noble pensée qui avait présidé aux premières découvertes, fut poursuivie par les successeurs du roi chevalier, les princes très chrétiens, et par les premiers fondateurs de la colonie. Pour ne citer que le plus illustre, Champlain écrit dans ses Voyages cette phrase qui est comme le principe de toute sa conduite : « Le salut d’une seule âme vaut mieux que la conquête d’un empire ; et les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays où règne l’idolâtrie, que pour les soumettre à Jésus- Christ ».

«Depuis Champlain, les missionnaires furent

les instruments les plus actifs et les plus utiles de

la colonisation. Nous leur avons dû nos plus importantes découvertes, nos expéditions les plus heureuses, nos traités de paix les plus avantageux. Souvent ils ont réussi, par l’ascendant qu'ils avaient pris sur les sauvages, à détourner la guerre qui menaçait la colonie ; et toujours ce sont eux qui ont concilié les amitiés les plus fidèles, les plus inaltérables dévouements des tribus indigènes. Le gouvernement canadien les em-

ployait dans toutes les circonstances difficiles ::

ici pour ménager l'alliance d’une nation indienne, là pour en maintenir une autre dans la neutralité nécessaire ; ailleurs, pour apaiser des querelles, des différends, et pour assurer l’exécution d’un traité. Quand la paix se négociait avec les sauvages, c'étaient des missionnaires qui portaient la parole au nom du gouverneur. Quand la

paix était faite, on donnait aux indigènes, devenus nos alliés, un missionnaire. Il n’y avait pas de garantie plus sûre et mieux acceptée des deux côtés » (1).

De fait, la forme du gouvernement, dans les premières années de la colonie, était une sorte de théocratie. |

Et cependant ce fait historique si important, même au point de vue politique, et qui offrait de si grandes ressources pour l'intérêt et la variété du récit, qui aurait pu fournir la matière de si belles pages, de peintures si originales, si pittoresques, d'épisodes si dramatiques, n’a été qu’imparfaitement compris par M. Garneau, et n’est que faiblement accusé dans son Histoire. Sion veut l’étudier, c’est ailleurs qu’il faut aller et chercher le complet développement.

Lorsqu'il s’agit d’une œuvre magistrale, et qui s’impose à l'admiration et à la sympathie de tous les lecteurs, comme l’Histoire du Canada, il y a peu d’inconvénients à insister sur les critiques. C’est le privilège des monuments immortels : en les admirant, on peut enlever hardiment les taches qui obscurcissent leur éclat, sans craindre d’en entamer le granit (2).

(1) Ce passage est extrait de la critique de l’Histoire du Canada par M.L. Moreau, dont les appréciations nous ont surtout guidé dans notre travail.

(2) Si l’on voulait faire une critique minutieuse de l’ouvrage de M. Garneau, on pourrait relever un certain nombre d’inexactitudes dues aux difficultés de tout genre que présente l’étude des documents historiques. Nous n’en indiquerons qu’une en

passant, parce qu’elle intéresse un sujet qui nous est cher. M. Garneau, en parlant du quiétisme et des adeptes qu'il eut au

Sous le titre d'Histoire du Canada, l’ouvrage de M. Garneau embrasse, en réalité, l’histoire de toutes les colonies françaises en Amérique. Son plan est vaste, mais il est bien conçu et habilement exécuté. «Embrassant son sujet dans” toute son étendue, dit un critique français, l’au=« teur a conservé l'unité de l’ensemble dans la va=" riété des détails. On le suit toujours sans fati-4 gue, sans travail, sans que jamais la succession” des faits et la filiation des événements échappent” à l’attention la moins soutenue ». à

Par la pente naturelle de son esprit philosophi-* que, sa pensée remonte sans effort du fait à lidée, de l’analyse à la synthèse, et trace un sillon lumineux à travers le dédale des faits historiques. Le coup d’œil de l’historien plane toujours au-… dessus de la narration, domine le cours des événements, les examine, en recherche les causes et en déduit les conséquences. %

Le style est à la hauteur de la pensée, et révèle un écrivain d'élite. Il a de l'ampleur, de la précision et de l’éclat ; mais il est surtout remarquable par la verve et l’énergie. C’est une riche draperie qui fait bien ressortir les contours, dessine les formes avec grâce, et retombe ensuite avec noblesse et dignité. Il s’y mêle parfois, di-

Canada, dit que « la célèbre Marie de l’Incarnation, supérieure des Ursulines, partagea ce désire de la dévotion ». Vol. 1. p.184.

Cette assertion est entièrement dénuée de fondement, puis-" que Bossuet lui-même s’est appuyé sur les paroles de la mère Marie de l’Incarnation et a cité ses propres écrits pour réfuter l’erreur du quiétisme. Voir notre HISTOIRE DE LA MÈRE MARIE DE L’INCARNATION. Appendice,

sent certains critiques français, une sorte d’archaïsme, qui, loin d’être sans charme, donne, au contraire, au récit Je ne sais quel caractère d’ori- ginalité à la fois et d’autorité.

Mais le style de l’historien du Canada se distin-

gue surtout par une qualité qui fait son véritable mérite et qu’explique l'inspiration sous laquelle l’auteur a écrit. C’est dans un élan d’enthousiasme patriotique, de fierté nationale bléssée, qu'il a conçu la pensée de son livre,que sa vocation d’historien lui est apparue. Ce sentiment, qui s’exaltait à mesure qu’il écrivait, a empreint son Style d’une beauté mâle, d’une ardeur de conviction, d’une chaleur et d’une vivacité d’expressions qui entraînent et passionnent — surtout le lecteur canadien. On sent partout que le frisson du patriotisme a passé sur ces pages.

L'avenir sanctionnera le titre d’Historien national que les contemporains de M. Garneau lui ont décerné. Car, outre ses qualités éminentes, c'est lui qui, le premier, a pénétré dans le chaos de nos archives et penché le flambeau de la science sur ces ténèbres. D’autres parmi ses émules, profitant de ses travaux et marchant à sa suite dans les sentiers qu'il a frayés, pourront lui disputer la palme de l’érudition, mais nul ne lui ravira cette gloire. Avant lui, on ne connaissait, à part quelques fragments plus ou moins complets, que l'Histoire du Canada du P. de Charlevoix, qui s’arrête à 1740, près d’un quart de siècle avant la conquête.

. Depuis lors, on peut dire que tout était à créer. 6 404B

Les seuls ouvrages qui eussent quelque autorité, avaient été écrits dans un esprit hostile, et dans le but d’avilir le caractère canadien.

C’est M. Garneau, le premier, qui, à force de -patriotisme, de dévouement, de travail, de patientes recherches, de veilles qui ont usé ses jours, fané sa vie dans sa fleur, est parvenu à venger l'honneur de nos ancêtres outragés, à relever nos fronts courbés par les désastres de la conquéte, en un mot, à nous révéler à nous-mêmes.

Qui donc mieux que lui mériterait le titre glorieux que la voix unanime des Canadiens, ses contemporains, lui a décerné ? Nous avons donc droit de l’espérer, l’avenir s’unira au présent pour le saluer du nom d’HISTORIEN NA- TIONAL.

Les restes de M. Garneau reposent dans le cimetière de Notre-Dame de Belmont, à l’ombre de cette même forêt qui vit, il y a un siècle, passer l’armée de Lévis, à deux pas du champ de bataille de Sainte-Foye qu’il a arraché de l’oubli, en face du monument élevé aux braves tombés Sous la mitraille.

C’est bien là qu’il devait reposer ; car lui aussi a combattu pour la patrie. Avec sa plume, il a continué de tracerle sillon de gloire que ces héros avaient ouvert avec la pointe de leur épée ; et comme eux, il est tombé après avoir, suivant la belle expression d’Augustin Thierry, « donné à son pays tout ce que lui donne le soldat mutilé sur le champ de bataille ».

Québec, février 1866.

UÉ Ke

A TEE) OUS connaissez, OU Vous ne connaissez

NC pas le Revsre House de Boston : c’est

(Ô ) l’hôtel fashionable de la ville. C’est au | 7) Revere House qu’on a récemment préparé des appartements pour la réception du grand duc Alexis, lors de son passage.

… Il faut avoir visité quelques-uns de ces hôtels princiers des États-Unis, pour se former une idée du luxe qu'’exige en voyage le peuple américain, cette grande tribu nomade campée en Amérique. Au mois de mai de l’année dernière, je montais les degrés du péristyle du Revere House en admirant les deux beaux lions en bronze couchés sur leurs piédestaux de chaque côté de l’escalier, lors que je fus distrait de mon attention par un étranger qui s’avança vers moi, et vint en souriant me souhaiter la bienvenue.

Je reconnus à l'instant mon ancien ami M. Francis Parkman.

» Depuis plusieurs années nous correspondions

ensemble sans nous être jamais vus. M. Park-

man était venu à Québec pour me rencontrer, j'étais allé à Boston dans le même but ; mais une étrange fatalité nous avait toujours tenus éloignés l’un de l’autre : c'était pour la première fois que nous avions le plaisir de nous serrer la main.

Après les premiers épanchements de l’amitié,

M. Parkman me dit que sa voiture nous atten-

dait à la porte de l’hôtel, et s’offrit à me faire les honneurs de sa ville natale.

Boston, qui a été justement surnommé l’Athè-

nes moderne des États-Unis, est le centre des lettres et des sciences, la capitale intellectuelle de la grande république.

Nous visitâmes ses principales institutions, et :

particulièrement le célèbre Harvard College, fondé en 1637.

J'y admirai le magnifique musée d'histoire na-

turelle formé par M. Agassiz, et qui rivalise avec les plus riches musées de l’Europe.

De là nous allâmes rendre visite au célèbre professeur et à son illustre voisin, M. Longfellow, le Lamartine américain. M. Agassiz est une de ces phyionomies que l’on n’oublie pas, figure douce et attractive que les calmes études de la science ont empreinte d’une lumineuse sérénité.

Madame Agassiz, née miss Carey, issue d’une opulente famille de Boston, est une femme d’un esprit supérieur. Elle partage les études et les courses scientifiques de son mari, et a écrit ses voyages avec autant de grâce que d’originalité.

L’auteur d’Évangéline est un beau vieillard, aux traits animés, au regard limpide et inspiré. . Sa noble figure, la longue et abondante barbe qui tombe en flots de neige. sur sa poitrine, lui donnent un air de majesté qui rappelle les bardes ou les voyants des anciens jours : c’est ainsi qu’on se représente Ossian, Baruch, ou le Camoëns.

Chez M. Longfellow, comme chez M. Agassiz, le cours de la conversation nous entraîna naturellement à parler du Canada ; ces hommes éminents ne tarissaient pas d’admiration sur la beauté de notre histoire, qu’ils avaient appris à apprécier par la lecture des œuvres de M. Parkman. Pour eux comme pour bien d’autres, cette lecture avait été une révélation. ù

De son côté, madame Agassiz me parla longuement, avec des larmes dans les yeux et dans la voix, de l’héroïsme de nos premiers missionnaires et de nos fondatrices religieuses.

Déjà, en France, en Angleterre, et dans plusieurs autres parties des États Unis, j'avais été fier d'entendre faire l’éloge de notre peuple d’après l’auteur des Pioneers.

Mon séjour à Boston acheva de me convaincre

des immenses services que M. Parkman a rendus à notre pays par ses travaux historiques. .. Un intérêt et une sympathie toute naturelle se rattachent donc à cet écrivain, qui nous a si no- __blement vengés des odieuses calomnies qu’on a inventées pour avilir le nom et le caractère de nos ancêtres,

La famille de M. Parkman est une des plus anciennes des États-Unis ; elle se glorifie de sa généalogie qui remonte jusqu'aux Pilgrim Fathers (1). |

Francis Parkman est né à Boston le 16 septembre 1823. Dès l’âge de huit ans, il fut\transporté des rives de l’Océan aux rives de la forêt. Quatre années de son enfance s’écoulèrent dans la résidenee de son grand-père, située à l’intérieur du Massachusetts, sur les limites des défrichements. L’imagination vive et rêveuse de l'enfant, qui s'était bercée d’abord aux roulis des vagues de l’Océan, dut se plonger avec une singulière volupté dans ces vagues autrement mystérieuses des grands bois. C’est dans ses courses enfantines qu’il puisa ce goût pour les aventures, cet amour pour la vie sauvage dont ses écrits portent une si puissante empreinte.

Il entra au collège de Harvard en 1840, et y fit

(1) Au moment où nous écrivons ces lignes, une lettre nous apprend qu’un malheur subit vient de frapper au cœur M. Parkman. Son unique frère, John Elliot Parkman, lieutenant dans la marine américaine, et servant sur la flotte du Pacifique, sous le commodore Stembel, est mort soudainement à San-Fancisco, le dix-neuf décembre dernier. Après avoir couru mille dangers dans ses voyages, ayant fait plusieurs fois le tour du monde, après avoir affronté la mort sur les champs de bataille de la dernière guerre, il est tombé tout à coup, en pleine paix, sans cause apparente. Officier plein d’espérance et d'avenir, aimable autant qu’aimé, sa carrière promettait d’être aussi honorable qu'utile à son pays.

fé “ie

son Cours d’études. Durant ses vacances d'été, il s’amusait à parcourir la lisière des forêts, les rivières et les lacs qui séparent le Canada des États-Unis. Il passa un mois entier à sillonner en tous sens le lac George, à admirer ses rivages pittoresques, à gravir les montagnes, à étudier, dans leurs moindres détails, les lieux historiques, les champs de bataille où Français et Anglais, colons et sauvages ont versé tant de sang pour remporter de stériles victoires. Le génie descriptif du futur auteur se déploya, durant ces

excursions, avec une nouvelle science de la soli-

tude et un sentiment plus profond de la poésie du désert. Il se passionna pour l’histoire de la Nouvelle-France en parcourant, les livres à la main, ce vaste théâtre où la France et l’Angleterre se sont disputé, pendant si longtemps, le sceptre de l'Amérique du Nord.

À la fin de l'année 1843, quoiqu'il n’eût pas encore achevé son cours d’études, M. Parkman fit un voyage en Europe, en passant par Gibraltar et Malte. Il visita la Sicile, il demeura une partie de l’hiver en Italie.

Durant son séjour à Rome, il lui prit fantaisie de s’enfermer, pendant quelques jours, dans un monastère de passionnistes.

M. Parkman m’a souvent raconté les étranges impressions qu’avaient laissées dans son esprit ces quelques jours de retraite.

La fenêtre grillée de sa cellule s’ouvrait sur le Colisée ; et l’on peut se figurer les émotions qui devaient faire battre ce cœur de dix-neuf ans, les

rêves qui faisaient frissonner cette puissante imagination, lorsque, le soir, accoudé aux barreaux de sa fenêtre, le jeune solitaire contemplait, en silence, les rayons de la lune se jouant à travers les arcades en ruine du Colisée, lorsqu'il entendait passer sur les arbustes et monter jusqu’à lui le murmure de la brise tiède et parfumée de la nuit, lorsqu'il écoutait tout ce monde de souvenirs qui s’éveillait dans un pareil lieu.

Au retour du printemps, il quitta Rome, remonta par le nord de l'Italie, traversa la Suisse, et, passant par Paris et Londres, il arriva à temps en Amérique pour subir ses examens dans l’été de 1844.

Il embrassa alors la carrière du droit. Pendant deux ans, il lutta pour courber son esprit à cette aride étude ; il essaya de couper les aïles à son imagination. Mais c’était vouloir retenir l'aigle en captivité ; le noble oiseau déploya ses ailes, brisa sa chaîne, et prit son vol.

M. Parkman jeta ses livres de désespoir, et partit, en 1846, pour une expédition dans les montagnes Rocheuses. Il a écrit un beau livre sur ce voyage, où il a failli laisser sa vie.

Le Far West était à cette époque une région fort peu explorée. Les mormons n'avaient pas encore mis le pied sur les bords du lac Salé. M. Parkman rencontra, aux environs du fort La- . ramie, les saints des derniers jours, campés sur la berge d’une rivière. Ils fuyaient le contact de l'Égypte moderne, dont les habitants se refusaient au bonheur de se laisser piller par eux; et

ils s’avançaient dans le désert à la recherche de leur terre promise.

M. Parkman vécut pendant Ann mois, de la vie sauvage parmi les Dacotahs des montagnes Rocheuses. Il les suivit dans leurs chasses annuelles, afin d’étudier, dans tous ses aspects, le caractère sauvage, qu'il devait faire revivre dans ses resplendissantes descriptions tel que nos pères l’avaient connu aux jours de Champlain et de Montcalm.

Il pénétra même parmi d’autres tribus plus lointaines et plus sauvages pour y observer le type primitif de la race indienne ; mais les fatigues et les privations qu’il eut à eudurer durant ces courses lui firent contracter une maladie qui donna un choc irréparable à sa santé, et lui légua des infirmetés pour le reste de ses jours.

Le talent de l’auteur se révéla dans le récit qu'il fit de cette excursion et qui parut d’abord dans le Knickkerboker Magazine, puis en volume sous le titre de The Prairie and Rocky Mountain life (1849). Le même ouvrage fut publié plus tard par un autre éditeur sous le titre de The California and Oregon Trail.

Dès ses plus jeunes années, M. Parkman avait résolu d’écrire l’histoire de la domination fran- . çaise en Amérique. Son imagination avait été, de bonne heure, séduite par la nouveauté et a poésie de ce sujet.

L'origine, le développement et la décadence de l'influence française en Amérique, offrent une suite de scènes d’une beauté sans rivale dans

l’histoire moderne. La lutte longue et acharnée ” que se livrèrent la France et l’Angleterre, et qui. se termina par le triomphe de la race anglo-” saxonne, eut d’ailleurs sur les destinées de ce ” continent des résultats immenses, dont le contrecoup s’est fait sentir jusqu’en Europe. Cette influence à grandi avec le temps, et la civilisation moderne en a subi une déviation sensible.

L'histoire des deux colonies française et anglaise a mis en regard deux systèmes opposés : la monarchie et la république, la féodalité et la démocratie. Ces deux systèmes, exprimés par : deux croyances religieuses, le catholicisme et le protestantisme, on fait ressortir avec éclat le génie si différent des deux races.

À l’aurore du dix-septième siècle, la monarchie était dans tout l’éclat de sa puissance triomphante ; le catholicisme, au lendemain de la réforme, retrempé par ses désastres, surgissait avec une vie nouvelle du sein de ses propres ruines, et se répandaït sur tout l’univers pour conquérir au dehors ce qu’il avait perdu au dedans. Ces deux puissances, fortement organisées, poussaient dans les déserts d'Amérique leurs indomptables soldats et leurs prêtres dévoués, révélaient les secrets des terres inconnues, pénétraient les forêts, marquaient les lacs et les rivières, plantaient partout leurs emblèmes, construisaient des forts, et réclamaient comme leur domaine le sol où ils mettaient le pied. L'expansion de la colonie canadienne fut la tentative hardie de ces deux puissances pour s’emparer d’un continent :

la Nouvelle-France ressemblait plutôt à un camp

militaire bivouaqué dans les solitudes américaines, qu’à un peuple colonisateur. Le commerce lui-même portait l’épée : la noblesse mercantile, fière du blason de ses ancêtres, aspirait à se créer des seigneuries forestières, ayant des hordes sauvages pour vassaux. Avec sa hiérarchie civile, militaire et religieuse, avec son gouvernement sans peuple, la Nouvelle-France était « une tête sans COTpPS ».

Sur le bords de l'Atlantique, grandissait lentement mais vigourseuement une puissance opposée. Bannis de leur pays par l'intolérance religieuse, les exilés puritains n’avaient pas pour leur mère patrie, comme les colons français, ce lien puissant qui unit l’enfant avec sa mère. Le développement de la Nouvelle-Angleterre fut le résultat des forces réunies d’une multitude patiente et industrieuse, où chacun, dans son cercle étroit, travaillait pour son propre compte afin d'acquérir l’aisance ou la fortune. Géant au berceau, plein de sang et de muscles, la Nouvelle- Angleterre, avec son peuple sans PrRARSREQu était «un corps sans tête ».

Chacune des deux colonies avait sa force ; chacune avait sa faiblesse : toutes les deux possédaient leur genre particulier de vie ardente et vigoureuse. L'une favorisée à temps, était destinée à vaincre ; l’autre, abandonnée et écrasée par le nombre, HAE succomber ; l’une allait croître, l’autre languir. L'histoire de la première est l'inventaire d’un riche marchand ; ; celle de la

seconde est la légende d’un soldat blessé. L’une possède le réel, l’autre l’idéal ; l’une est le pro- Saïsme, l’autre la poésie.

On comprend ce qu’un pareil sujet devait avoir de charme et d’attrait pour l'intelligence à la fois romanesque et raisonneuse de M. Parkman. Sa pensée se complaît dans ces curieux rapprochements, d’où surgissent parfois d’utiles leçons, ou de philosophiques enseignements.

«La domination française en Amérique, dit-il, est un souvenir passé ; lorsqu'on évoque les ombres évanouies de ses héros, elles se lèvent de leurs tombes comme des fantômes étranges et romanesques. La flamme mystérieuse de leur bivouac semble briller encore, et sa lumière incertaine se projeter sur les nobles seigneurs et les vassaux, sur la robe noire du prêtre, parmi les groupes farouches des guerriers indiens, tous, blancs et sauvages, unis d’une étroite amitié, et suivant l’âpre sentier de leur vie aventurière. Une vision sans bornes se déploie devant vos yeux : un continent indompté ; d'immenses déserts de verdure forestière ; des montagnes ensevelies dans le silence de leur sommeil primitif ; : des rivières, des lacs, des marécages sans nombre chatoyants au soleil ; un océan de solitude se confondant avec le ciel ; tel était le domaine conquis par la France à la civilisation. Les casques d’acier, ornés de leurs blancs panaches, étincelaient sous l’ombre des forêts ; et dans les antres farouches de la barbarie, on voyait s’agiter la robe du missionnaire. Là, des hommes qui s’é-

taient imbus depuis leur enfance des sciences antiques, qui avaient pâli dans la froide atmosphère des cloîtres, consumaient le midi et le soir de leur existence à contenir des hordes sauvages sous une autorité douce et paternelle, et restaient calmes et sereins en face des plus horribles genres de mort. Là, des hommes élevés à la cour, les rejetons élégants de grandes familles, dont les ancêtres remontaient aux croisades, faisaient rougir, par leur indomptable courage, les plus vaillants fils du travail » (1).

IT

La série des œuvres historiques de M. Parkman s'ouvre par l'Histoire de la conspiration de Pontiac, qui parut en 1851.

Cette histoire embrasse la période qui suivit immédiatement la conquête du Canada, période courte mais décisive, durant laquelle les tribus sauvages du bassin des lacs et de la rive orientale du Mississipi, soulevées par le génie barbare de Pontiac, ourdirent cette vaste conspiration qui avait pour but d’anéantir ou de repousser l’invasion des conquérants anglais.

Ce fut le dernier effort de ces malheureux enfants des bois pour se soustraire à l'extermination : lutte inégale, mais héroïque, dont la conséquence fatale fut leur ruine irrémédiable, mais qui eut la gloire de produire Pontiac, le Vercin-

(1) Pioneers of France in the New World, Introduction, p. X

gétorix américain, ce génie étonnant qui, par son éloquence, son audace et sa ruse, tint pendant quelque temps sous sa main toutes ces nombreuses tribus. Ce guerrier barbare ne réussit qu’à retarder de quelques années la ruine de sa race : il y perdit sa puissance, et y trouva enfin une mort tragique ; mais sa grande ombre est restée debout sur les tombes de ses pères.

M. Parkman déploya dans l’histoire de cette conspiration des qualités supérieures, aussi brillantés que solides, qui, dès l'apparition de son livre, lui conquirent une place au premier rang des historiens américains.

La puissance des recherches y rivalise avec l'ampleur et l’éclat de l'exécution. On admire le génie du poète joint au talent de l'historien.

M. Parkmañ appartient à l’école romantique.

L'histoire, telle qu’il la conçoit, n’est pas un squelette desséché qu’on exhume de la tombe C'EST une ombre évanouie qu’elle doit ressusCiter, revêtir de chair et de muscles, animer d’un Sang vermeil, et faire palpiter d’un souffle immortel.

M. Parkman a eu l'avantage exceptionnel de compléter ses études de cabinet par l’étude sur la nature elle-même. Il excelle dans la peinture : des mœurs et de la vie sauvages, qu’il connaît à fond, dans la description de la nature américaine, où il a vécu. A la vérité de ses tableaux, à la vivacité de leur coloris, on reconnaît qu’ils ont été peints sur les lieux mêmes, et, pour ainsi dire, photographiés sur l'original.

L'Histoire de la conspiration de Pontiac eut un grand succès dans les États-Unis, où elle fut considérée comme la meilleure monographie qu’eût encore produite la littérature américaine. L'ouvrage est aujourd’ hui parvenu à sa sixième édition. ke

Il eut en Angleterre des appréciateurs. éminents qui firent à son auteur une réputation presque égale à celle qu’il avait acquise dans son pays. L’auteur d’une critique publiée dans la Westminster Review, résumait son appréciation en disant que «l’Histoire de la conspiration de Pontiac était une production admirable, unissant la profondeur des recherches à la beauté pittoresque de l’expression, et présentant un récit

. fascinateur d’un des épisodes les plus importants

de l’histoire américaine ».

En 1858-59, M. Parkman fit un second voyage en Europe, et recueillit, dans les archives colonia-

les de Londres et de Paris, une riche moisson de

documents destinés à la continuation de ses tra-

vaux historiques.

Il y retourna en 1868-69, et passa l'hiver à

Paris, uniquement occupé de ses recherches fa-

vorites.

A son retour à Boston, il fit paraître successi-

- vement, et à des intervalles rapprochés : Pioneers

of France in the New World (1865) ; The Jesuits

in North America (1867); The Discovery of the Great West (1869) (1).

(1) Les œuvres de M. Parkman ont été publiées à Boston par Little, Brown & Co. Elles se vendent à Quebec chez Middle-

Dans le premier de ces ouvrages, M. Parkman raconte l’origine de la colonisation française en Amérique : d’abord les tentatives infructueuses d'établissement en Floride, cette page tachée de sang commencée par le sanguinaire Ménendez et terminée par la main vengeresse de Dominique de Gourgues ! ensuite la découverte du Canada par Jacques Cartier et la naissance de la colonie, jusqu’à la mort de Champlain.

Le second volume embrasse cette période que, dans une étude antérieure (1), nous avions appelée l’époque du gouvernement théocratique :

époque merveilleuse où l’Église de la Nouvelle- France apparaît, dominant les événements, toute radieuse de son dévouement apostolique, tenant d’une main la palme de ses martyrs, de l’autre la couronne de ses héroïnes.

Dans le troisième volume : The Discovery of.

the Great West, M. Parkman a largement esquissé l’époque des découvertes, sur laquelle il a détaché en relief la figure du grand et infortuné La Sàlle.

Dans le cours de cette année (1872), M. Parkman doit retourner pour la quatrième fois en Europe, afin de compléter ses savantes recherches. Il termine en ce moment l’Histoire de la féodalité du Canada, dont Frontenac est le plus remarquable représentant.

Cette nouvelle étude, qui formera deux voluton & Dawson, côte de la Basse-Ville; et à Montréal, chez

Dawson Bros, rue Saint-Jacques.

(1) Biographie de M. Garneau.

mes, est justement regardée par l’auteur comme la plus importante de ses œuvres.

Elle sera suivie plus tard d’une autre étude qui retracera l’époque des exploits militaires à laquelle d’Iberville a si glorieusement attaché son nom.

.Tel est le vaste plan qu’a entrepris d'exécuter M. Parkman.

Quand il aura noué les deux extrémités de cette chaîne historique qui commence aux Pioneers et qui se termine avec Pontiac, quand il aura mis la dernière pierre à cet édifice, M. Parkman aura élevé un monument qui sera admiré à l’étranger, et contemplé avec reconnaissance par les Canadiens.

Malgré tous les talents que possède l’auteur, il

y a lieu de s’étonner qu'il ait pu surmonter les difficultés immenses de la tâche qu’il s’est imposée, quand on connaît les circonstances pénibles dans lesquelles il a travaillé. M. Parkman a été valétudinaire presque toute sa vie ; à plusieurs reprises, tout travail intellectuel Jui a été interdit par ses médecins ; et pendant trois ans, sa vue menacée d’une amaurose, ne pouvait supporter ni lecture ni écriture ; la lumière même du jour lui était un supplice. Presque toutes ses recherches et la composition .de ses ouvrages ont été faites à l’aide d’un secrétaire. Ses livres sont des chefs-d’œuvre de patience, plus encore que d’exécution.

Dans l'intérêt des lecteurs curieux de détails intimes, nous dirons que M. Parkman a épousé, en 1850, miss Catherine Bigelow, fille du Dr Ja-! cob Bigelow, l’éminent médecin de Boston.

Cette union fut éphémère : madame Parkman est morte en 1558, laissant deux filles qui lui survivent.

Durant l’hiver, M. Parkman habite Boston, et il passe la belle saison à Jamaica Plain, délicieuse campagne des environs de la ville.

Son charmant cottage, encadré de feuillage, . est assis au bord d’un lac en miniature (Jamaica Pond), et regarde les opulentes villas et les gracieuses collines, richement boisées, qui ondulent

tout autour de l’horizon.

L’historien de Pontiac est un amant passionné des roses : dans un de ses voyages d'Europe, il en à rapporté plus de deux cent cinquante espéces différentes, qu’il cultive avec prédilection, tant en serre qu’en plein air. C’est en émondant sa forêt de rosiers, qu’il médite ses ouvrages, qu’il compose ces pages fleuries, tout embaumées de parfums exquis, qu’on croit respirer en ouvrant ses livres.

Pendant les loisirs forcés que lui faisait la ma- Jadie, en se promenant dans les allées ombreuses de ses jardins, il a étudié la vie et les mœurs de la rose, ses nombreuses variétés, les soins qu’exige sa Culture. Il a réuni tout cela en bouquet dans

Re

un charmant ouvrage qu’il a publié en 1866.

The Book of Roses est une fraîche et suave conception, dont chaque page semble imprimée sur une feuille de rose.

Sur sa personne, M. Parkman est d’une simplicité tout américaine. Sa taille grande, mais frêle, accuse une nature toujours souffreteuse. Les traits de sa figure offrent un de ces types remarquables qu’aimait à peindre Léonard de Vinci : harmonieuse combinaison d’intelligence, de finesse et d’énergie ; front large, nez finement taillé, menton fort en proéminent.

Du reste, rien ni sur sa physionomie, ni dans sa

” conversation, ne trahit la puissante imagination

qui a jeté un reflet de poésie sur toutes ses œuvres.

Les lignes fines et déliées de ses lèvres, fortement accentuées aux angles, décèlent plutôt le penseur que le poète ; mais l’observateur attentif voit jaillir l’éclair au fond de son regard, toujours à demi voilé par sa débile paupière.

Sa pensée, naturellement inclinée vers les choses sérieuses, s’épanouit volontiers dans l’intimité ; et le franc rire de la gaieté applaudit toujours à une saillie spirituelle.

* Que dire du cœur généreux, de l’âme droite et loyale ?.. mais l’amitié a des secrets qu’elle défend à l’écrivain de dévoiler.

Il nous reste à jeter un coup d’œil d’ensemble sur les œuvres de M. Parkman, à les juger au tri-4 ple point de vue littéraire, national et religieux. »

Chacun de ses ouvrages mériterait une critique» spéciale, tant il y a de louanges à donner et de réserves à faire. |

On se rappelle les splendides aurores boréales qui ont paru dans le cours de l’hiver de 1871. Certaines gens en étaient même effrayées : rap-" prochant ces phénomènes des désastres inouïis que chaque télégramme nous apportait, elles y voyaient de sinistres présages pour l'avenir.

Je me souviens qu’un soir nous étions allés, “ quelques amis, nous promener sur la terrasse du. château Saint-Louis pour mieux jouir de leur » ravissant spectacle. Du nuage étrange, aux re-… bords frangés d’éclairs, qui leur servait de clavier lumineux, elles lançaient vers le zénith leurs étincelants vibrations. : L’œil restait ébloui de-. vant ces myriades de rayons qui jaillissaient, s’évanouissaient, pour reparaître encore, se réu- « nissaient en gerbes de rose et de saphir, ondulaient comme un champ d’épis, mariaient leurs nuances aux blanches clartés de l’aurore, et for- : maient, vers le nord, une immense draperie, si riche qu’on eût cru voir un pan du manteau divin.

Les rayonnements du style de M. Parkmau sur le ciel bleu de notre histoire, ont quelque chose

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