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allons le prouver par la plus haute autorité qu'il y eût alors dans l’Église du Canada, Mgr Dubreuil de Pontbriand, évêque de Québec.
Nous pourrions citer plusieurs de ses mandements très explicites à ce sujet, et qui datent de plusieurs années avant la conquête. Nous mentionnerons de préférence celui du 18 avril 1759, parce que le prélat y prédit les malheurs qui étaient à la veille d'arriver, et dont il attribue la cause précisément aux désordres et à la corruption dont il était témoin. Ce mandement, comme les précédents, fut lu et commenté dans les chaires de toutes les églises de la colonie :
. «Ce qui doit nous faire craindre, dit-il, ce sont les divertissements profanes auxquels on s’est livré avec plus de fureur que jamais, ce sont les excès intolérables dans les jeux de hasard, ces déguisements impies en dérision, ou pour mieux dire en haine de la religion, ce sont les crimes plus -que jamais multipliés dans le cours de cet hiver. Voilà ce qui nous oblige à tout craindre et à vous annoncer que Dieu.lui-même est irrité, que sa main est levée pour nous frapper et qu’en effet nous le méritons. Oui, nous le disons à la face des autels et dans l’amertume de notre cœur, ce n’est pas.le nombre de nos ennemis, ce ne sont pas leurs efforts qui nous effraient et qui nous font envisager les plus grands malheurs,"tant pour l’État que pour la religion. Voilà la dixhuitième année révolue que le Seigneur nous a appelé quoique indigne à la conduite de ce vaste diocèse : Nous vous avons vus avec douleur souf-
frir souvent de la famine et de la maladie et presque toujours en guerre, mais cette année nous paraît à tous égards la plus triste et la plus déplorable, parce qu’en effet vous êtes plus criminels. Avait-on jamais entendu parler de tant de vols manifestes, de tant d’injustices criantes, de tant de rapines honteuses ? Avait-on vu dans cette colonie des maisons consacrées, pour ainsi dire, publiquement au crime ? Avait-on M vu tant d’abominations ? Dans presque tous les états, la contagion est presque générale, elle n’est pourtant pas sans remède ».… ; Le successeur de Mgr de Pontbriand, qui était vicaire général du diocèse à l’époque de la con- … quête, Mgr Briand rappelait en ces termes, dans un autre mandement, les terribles avertissements que son prédécesseur n'avait cessé de faire : « Les malheurs de Jérusalem, disait-il en parlant de l’Églisé du Canada, viennent de ce qu’elle avait méprisé la visite du chef des pasteurs, et qui sait, si ceux que vous venez d'éprouver ne sont pas la punition du peu de fruit et de l’abus que vous avez fait des secours abondants que Notre illustre prédécesseur vous a présentés et dont nous avons souvent été le témoin ; en effet, malgré ses efforts et puissantes exhortations les vices ne s’en sont pas montrés avec moins d’insolence.
»… Nous pouvons même assurer par la connaissance que nous nous sommes trouvé à portée d’en avoir depuis huit ans que nous avons été en qualité de grand vicaire à lastête de ce diocèse,
que les crimes se sont multipliés, les injustices,
ont été plus criantes, etc. Nous avons trouvé
moins de respect pour les pasteurs, moins de docilité à leurs enseignements et mille autres défauts contre lesquels ce zélé et savant prélat a si souvent invectivé en votre présence ». (Mandement de Mgr Jean Olivier Briand, 22 mai 1767). Peut-on souhaiter rien de plus concluant que ce double témoignage, l’un de l’évêque de Québec lui-même, l’autre du dignitaire ecclésiastique le plus important, attestant les efforts constants de l'autorité religieuse pour arrêter la corruption introduite dans le pays par les représentants de la cour de France, à cette époque. Tout lecteur éclairé et impartial qui sait que les recommandations et les lettres pastorales de l’évêque étaient, comme nous venons de le dire, commentées dans les chaires de toutes les églises du Canada,ne conviendra-t-il pas que Mgr de Pontbriand et son clergé ont dignement rempli leur devoir à cette date funeste de notre histoire; et que, par conséquent, l'accusation qui se trouve insinuée dans les paroles de M. Parkman, n’est pas fondée sur les faits ? Il en est de même d’une foule de passages de Montcalm et Wolfe où l’auteur semble s’ingénier à donner des entorses à la vérité. Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit de l’Ancien régime et de Frontenac : « Les premiers volumes de M. Parkman laissaient espérer mieux que cela » ; et nous ajoutons que la vraie histoire du Canada, en langue anglaise, est encore à écrire. Québec, juin 1885.