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F. X. GARNEATU. 93
plainte solennelle, qui s'élevait des rivages du Canada, demandant justiceet réparation, traversa les mers, et réveilla des échos depuis longtemps endormis sur l’ancienne terre de France, cette antique mère-patrie toujours aimée. De nobles cœurs, des intelligences d’élite reconnurent cette voix fran-
aise dont le timbre avait la méancolie d’une voix de l'exil, et répondirent par de chaleureux applaudissements à ses appels. Pour ne citer que les plus connus, MM.
Ampère, Marmier, Rameau, Henri Martin, Carlier, Théodore Pavie, Moreau, Dussieux, De Puibusque signalèrent à l'attention publique l'Histoire du Canada ; et si aujourd’hui la France se réveille de son apathie à l'égard de son ancienne colonie, si elle commence à tourner ses regards vers le Canada, c’est à eux, en grande partie, et à l’ou-
vrage de M. Garneau, que nous le devons.
Un des témoignages les plus curieux à recueillir, et qui a dû être particulièrement sensible à l’auteur, lui est venu du fond de la Suisse. La lecture de cette lettre fera voir l'impression profonde qu'avait produite sur l'esprit de ce correspondant inconnu l'étude de l'Histoire du Canada. Elle offre, d’ailleurs, un très-vif intérêt par elle-même, par les larges aperçus
qu’elle présente, les conseils qu’elle renferme, et les espérances, solidement appuyées, qu'elle donne sur l'avenir du Canada et la conservation de notre nationalité.
Elle signale en même temps dans l'ouvrage de M. Garneau une ombre qui, heureusement, a toujours été en s’'évanouissant à mesure qu'il a perfectionné son œu-
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vre. Les tendances qui l'avaient fait glisser sur la pente de quelques opinions que nous n'avons pas à combattre, puisqu'il les a abandonnées, obscurcissaient, par une suite naturelle, sa confiance dans l'avenir de notre race. Disons-le franchement, à la vue des orages a voyait venir de tous les points de l'horizon, son espérance faiblissait, il désespérait presque de l'avenir.
Nous n’hésitons pas à en attribuer la raison, du moins en grande partie, à un certain manque de fermeté dans ses croyances religieuses. L'homme nrofondément convaincu porte la sérénité de ses convictions jusque dans les habitudes ordinaires de la vie. Des hauteurs de la foi, d'où son regard plane au-dessus des nuages, il envisage, d’un œil calme, les orages des événements, les périls des jours
critiques, et domine les situations.
L'Espérance et la Foi sont deux angéliques sœurs, deux filles du ciel;'qui, bien mieux que les Grâces antiques, se tiennent par la main.
Voici les principaux passages de la lettre que nous venons de mentionner. |
MoxsIEUR,
“ Le peuple canadien-français m'a romains inspiré une profonde
sympathie, sympathie qui n’a fait
ue s'accroître par la lecture des a ouvrages des auteurs qui ont visité votre pays, entre autres, Lambert, Delacroix, B. Hall, d'Orbigny, et surtout X. Marmicr C’est ce dernier, qui, par ses lettron sur l'Amérique, m’a fait désirer de connaître votre Histoire du Canada, ouvrage qu'un libraire suisse a pu me procurer à Paris, il y a environ une année.
‘“ Permettez-moi donc, quoique n'ayant pas l'honneur d’être connu de vous, monsieur, de venir vous présenter mon faible éloge pour cet excellent ouvrage que j'ai lu avec autant de plaisir que d'intérêt et qui doit être considéré, à juste titre, comme tout ce qu'il y a de mieux écrit sur l'Amérique
et surtout par un Américain. Les !
trois volumes, on le voit, sont le 1 fruit de nombreuses et conscien-
cieuses recherches de votre part.
‘ J'habite la Suisse depuis dix- | huit ans. Comme français et même comme catholique, j'approuve \ beaucoup votre manière de voir relativement à la révocation de l’édit de Nantes et à ses malheureuses conséquences. C’est la Suisse française, Genève nn een qui en a recueilli les plus grands avantages. L’émigration française Le y a apporté la fortune, l'industrie, 4
les sciences etc. etc., et en a fait le pays le plus florissant du monde.
“ Vousdites, monsieur, dans votre discours préliminaire : “ Nous som- ‘mes loin de croire que notre natio- “ nalité soit à l'abri de tout danger, nos illusions à cet égard s'envolent “ chaque jour etc. etc.” Permettezmoi de vous dire que, sous ce rapport, je ne partage pas votre manière de voir, et volci pourquoi, La population suisse se compose, comme vous le savez, des races allemande, française, italienne et romane. La population française, qui compte pour, environ trois quart de million, est celle qui conserve le mieux son caractère de nationalité, même dans les cantons mixtes où elle est en ninorité, comme dans celui-ci par exemple.
La contrée que j'habite, appelée autrefois l'Evèché de Bèle, peup ar environ 79,000 habitants
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de race française, quoique n'ayant fait partie de la France que sous l'Empire, a été réunie en 1815 au canton de Berne, dont la population toute allemande est d'environ 400,000 habitants. Eh bien! malgré cela aucune atteinte n’a été portée à la nationalité de la partie française du canton. Tous les fonctionnaires publics sont tenus de connaitre les langues allemande et française, déclarées nationales par la constitution.
“Ily a dans la race française, plus que chez toutes les autres, quelque chose qui s’opposera toujours à la perte de sa nationalité.
7 vois bien des preuves en Suisse et ailleurs. À Fribourg, par exemple, dans la ville haute, on ne parle que français, tandis que la ville basse est toute allemande.
Cette démarcation a toujours existé. La petite ville de Bienn, à cirq
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lieues d'ici, est toute allemande, elle est le chef-lieu d’une paroisse comprenant plusieurs villages, l’un d'eux, Evillars, a toujours été français, a une école française etc. etc.
Âprès la révocation de l’édit de Nantes, les réfugiés français qui sont venus s'établir à Berne y ont formé une corporation appelée colonie française, qui existe encore de nos iours, dont tous les membres ontconseryé la langueet les mœurs de leurs ancêtres. Mais ce qu'il y a de plus remarquable et de plus frappant à cet égard, ce sont ces villages français fondés, toujours par suite de cette déplorable révocation de l’édit de Nantes dans les environs de Francfort, au centre même de l'Allemagne. Une personne de ma connaissance qui a vu ces villages pendant l'été dernier, m'assure qu'en en visitant la population, on se croit au milieu de la France méridionale du siècle
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lit de is qui ; Y ont lée conmcore mbres nœurs qu'il y le plus mnt ces jujours e révoans les centre ne perjui à té derrisitant milieu siècle
de Louis XIV. ch accent, mœurs, tout y rappelle cette dernière époque. Les pasteurs viennent de la Suisse française. Dans les écoles, on n’enseigne que le français, et la plus grande partie des habitants ne comprennent pas
.même l'allemand.
“ De ce fait que la grande majorité de la population américaine est de race anglo-saxonne, il n’en faut pas conclure qu’elle absorbera la nationalité et la langue française. Fn Europe, la langue française est toujours la langue dominante, la langue de prédilection des savants et la langue diplomatique enfin ! Toutes les premières familles d'Allemagne et de Russie, toute la noblesse fontinstruire leurs enfants en français. C’est la Suissc française principalement qui leur fournit des instituteurs et des institutrices. J’ai dans notre voisinage
plusieurs amis, qui, comme précepteurs, ont habité la Russie pendant un grand nombre d'années et qui m'ont souvent répété que chez tous les seigneurs et dans la bonne société, on ne parle que français et aussi correctement qu’à Paris. La société choisie qui, de toutes les parties du monde et principalement DH vient chaque été visiter la Suisse, se sert généralement de la langue française. (C’est à l’amour-propre des Anglais qu'il en coûte le plus de parler un autre idiome que le leur, mais le plus souvent ils sont forcés d'en passer par là. Toutes les principales villes d'Europe et même Constantinople, ont leurs journaux français. À Berne, ville toute allemande, il se publie trois feuilles françaises paraissant tous les jours.
“ La langue, c’est la nationalité.
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pré- Que les Canadiens-Français conpen- servent donc religieusement laprenées mière, et la dernière ne périra pas, nl: que je crois vous en avoir donné la I.
ns la preuve par les divers faits qui pré- Li que cèdent. Encouragez, propagez l'inqu’à struction primaire, dans les camii, de pagnes surtout. N’employez que le et des instituteurs de race française.
vient Après cela, que la corruption proe, se duise quelques défections dans la noue classe élevée, c’est-à-dire chez ceux ropre de vos compatriotes, qui, par leur plus éducation et leur position sociale, ue le devraient être à l'abri de toute
corruption, ceux-là, croyez-le bien, n'entraîneront pas les masses. A propos de cela, il y a quelquefois des tendances qui se remarquent jusque dans les plus petites choses.
Je vois souvent dans les journaux des faits qui ne font pas honneur à quelques-uns de vos compatriotes, LE
uapt à l'esprit de nationalité Le c'est, par exemple, l'affectation que
mettent desmembresdu parlement à s'exprimer en anglais. Pourquoi aussi, dans le commerce, les négociants franco-canadiens affectentils d’avoir les enseignes de leurs magasins en anglais ? Ceci ne s'explique guère pour une ville comme Québec, peuplée, en grande majorité, par la race française... 1 ”
Dans une seconde lettre, en date du 27 juin 1854, le même correspondant, revenant sur un discours p'ononcé par l'ambassadeur des Etats-Unis à Londres, à l’occasion d'un diner donné au gouverneur du Canada, lord Elgin, ajoute de
1. La correspondance de M. Garneau offre un beau modéle de cette fierté nationale et de ce respect de la langue française qu'aucun Canadien ne devrait jamais oublier. Parmi la nombreuse collection de lettres de M. Garneau que nous avons sous les yeux et dont un grand nombre sont adressées en réponse à des Anglais, pas une seule n’est écrite en langue anglaise.
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nouvelles preuves à ce qui précède :
“ Je prévois avec assurance, a dit l'ambassadeur de la république américaine, le jour où la langue anglaise qui est la langue de la liberté chrétienne, civile et politique, sera la langue de la plus grande partie du globe.
“Quoiqu'il ne soit pas difficile de prouver que cette langue n’a as été et n’est pas la langue de a liberté chrétienne, civile et politique, on peut dire avec beaucoup de vérité, n’en déplaise à monsieur l'ambassadeur, que ses prévisions ne sont rien moins que fondées.
Ce sont là de ridicules vanteries et des fanfaronnades déplacées qui ne font pas honneur aux connaissances de celui qui se les permet, Plus justes que lui, tous les hommes compétents en pareilles
choses, répondront que sila langue anglaise n'a pas à craindre d’absorption en Angleterre ni aux Etats-Unis, rien, absolument rien, ne porte à écrire, ni à prévoir,
ue les autres langues doivent s'attendre à être absorbées par elle dans la plus grande partie du globe. On ne conteste pas à M.
Buchanan que dans la plus grande partie de l'Amérique, dans les pays d'outre-mer, l'anglais ne soit la langue la plus usitée, la langue mercantile enfin. Mais après cela, que sont les populations anglosaxonnes de l'Angleterre et de l'Amérique, comparativement aux autres peuples d'Europe? Pourquoi, et par quels moyens, quarante à cinquante millions d’Anglo- Saxonsimposeraient-ils leuridiome à plus de deux cent millions d'’âmes formant le surplus de la population européenne ? C’est ce que
angue e d'abil aux it rien, révoir, oivent es par partie S à M.
yrande 8 PAYS soit la angue >s cela, angloet de nt aux Pourarante Anglodiome l'âmes opulae que
monsieur l'ambassadeur ne nous dit pas.
‘ On peut, sans présomption, lui répondre que si la langue f inçaise n’a pas la prétention d’absorber les autres langues, elle, non plus, ne sera jamais absorbée. Elle sera toujours la langue par excellence, la plus estimée, la plus cultivée et la première de toutes les langues en Europe, où elle est la langue scientifique, la langue diplomatique, et sauf peu d'exceptions, la langue commerciale la plus usitée, celle enfin qui, dans toutes les relations, sert presque généralement d'intermédiaire entre les divers peuples. Tout ceci est incontestable pour qui connaît bien l’Europe. Dans tous les établissements d'instruction publique, en Allemagne surtout, et même jusque dans les provinces danubiennes, presque toutes les bonnes familles
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