V. FRANGoOIS-XAVIER — marié | en 1808 à Gertrude Amiot
VI. FranNçois-XAVIER —né le 15 juin 1809; marié le 25 août 1835 à ESTHER BILo- DEAU, native de la Canar-
dière—décédé le 8 février,
L’aïeul de M. Garneau était un riche cultivateur de Saint-Augustin : il avait conservé un profond attachement pour la France, et un vif souvenir desgloires et des malheurs de la patrie au temps de la conquête. ‘“ Il se plaisait à raconter, dit M. Garneau au commencement de son Voyage en Angleterre et en France, les exploits de ses
2 PE ie pi me LÉ RE fe EE ES
RC han
na tn nnnemmnnie
RS
PR Bu go en CRAN ee ape ra mm rame pes I
pères et les épisodes des guerres
de la conquête.
“ Mon vieil aïeul, courbé par l'âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de San Aneuetih, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de l’Afalante avec plusieurs vaisseaux anglais, combat dont il avait été témoin dans son enfance 1.
Il aimait à raconter comment plusieurs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler le nom des lieux où s'étaient livrés une partie des glorieux combats restés dans ses souvenirs.”
À la mort de ce bon vieillard, son fils aîné, Jacques, hérita du
L. Ce combat se livra en 1760, vis-à-vis de la Pointe-aux-Trembles.
s une restés
illard, ta du
vis-à-vis
bien paternel. Le père de M. Gtarneau, qui s'appelait comme lui François-Xavier, vint s'établir à Québec, où il apprit le métier de sellier. Il épousa, en 1808, Gertrude Amiot dite Villeneuve, de Saint-Augustin, et eut plusieurs enfants, dont l'aîné est celui qui fait l’objet de cette notice. Il naquit, comme l'indique l'arbre généalogique ci-dessus, le 15 juin 1809, et fut baptisé le même jour.
Son père,neréussissant pas dans son métier, acheta une goëlette dans le but de réaliser une spéculation, dont l'issue faillit lui être fatale.
J'avais à peine quatre ou cinq ans, lorsqu'un jour je vis entrer mon père triste et fatigué d’une excursion commerciale vers le bas du Saint-Laurent, qui n'avait pas été heureuse. Il raconta à ma mère
comment il avait failli périr, avec sa goëlette, par la faute d'un vieil ivrogne, nommé Lelièvre, qui s’était donné pour pilote.”
Il paraît que, dès son bas âge, le jeune Grarneau fut un enfant étrane. Grave, presque taciturne, on e voyait tres-rarement jouer; il était d’une timidité excessive, caractère qu'il conserva jusqu'à la fin de ses jours.
L'enfant ne se plaisait qu'à l’école: dès qu'il sut un peu lire, la lecture fut son seul amusement, Son premier maitre fut un bon vieux qu'on appelait le bonhomme Parent, et qui tenait sa classe à l'entrée de la rue Saint-Réal, (Coteau Sainte-Geneviève.) Cette maison existe encore: c’est la seule, paraît-il, qui ait échappé à la conflagration de 1845. Bien des fois, iorsque M. Garneau descen-
dait avec ses enfants la côte d’Abraham, il leur indiquait du doigt, en souriant, cette modeste maison où il avait appris les premiers rudiments de la grammaire.
Un jour, vers l’âge de cinq ou aix ans, il s’'échappa aux regards
il maternels, et pénétra, par la porte Ca- Saint-Jean, dans la ville où il ne à la tarda pas à s'égarer. Après avoir longtemps erré dans les rues, il ; arriva tout pleurant à la porte de à l’é- la Caserne, sur le marché de la re, la Haute-Ville. Des soldats l’accueilnent, lirent, essuyèrent ses larmes et le bon firent manger. Le soir, bien tard, omme son père, qui le cherchait depuis sse à plusieurs heures, le trouva, assis |, (Co- sur les genoux d'un grenadier, Cette jouant men du tambour, st la au grand amusement des bons ppé à troupiers.
en des
A l’école, il eut bientôt appris
tout ce que savait le bonhomme Parent, et on l’envoya à une autre institution moins élémentaire, établie en dehors de la porte Saint- Louis, rue de l’Artillerie. (Cette école, où se pratiquait la méthode de l’enseignement mutuel, avait été fondée et était entretenue par M. Joseph-François Perrault, protonotaire de la Cour du Banc du Roi,—cet homme de bien, cet ami des lettres et des jeunes gens studieux, qui a fait tant de sacrifices pour la cause de l'éducation.
Dès lors, on pouvait soupçonner, dans le jeune élève, la future supériorité de l'historien. En peu de jours, il eut surpassé tous les élèves de sa classe : son vieil ami, M. Louis Fiset, se rappelle encore l'avoir vu faisantgravement l'office de moniteur général au milieu de ses petits compagnons d'études.
Vers l’âge de quatorze ans, le
jeune Garneau sortit de cette école pour entrer au greffe de M. Perrault, où il se lia d'amitié avec un jeune Dufault, clerc au même greffe, et que le bon M. Perrault retirait chez lui. Très-souvent le soir, François-Xavier allait voir son ami; et durant la veillée, le digne greffier donnait des leçons de ammaire et de littérature aux eux jeunes clercs. M. Garneau a toujours conservé le plus tendre souvenir de son vieux patron et a toujours eu pour lui la plus sincère reconnaissance : il en parlait souvent à ses enfants avec de grands éloges, et lorsqu'il publia son Histoire du Canada, il lui présenta le premier exemplaire de cet ouvrage.
Vers l’âge de seize ans, il sortit du greffe, et entra en cléricature chez M. Archibald Campbell, cet autre ami de la jeunesse, et qui a
été, en particulier, le bienfaiteur de notre peintre canadien, M. Falardeau, chevalier de l’ordre de Saint-Louis de Parme. M. Garneau sut bientôt gagner l'estime et l’affection des on nouveau patron. M.
Campbell lui prêtait deslivres,que :
le jeune clerc lisait avec ardeur, sans négliger l'étude du notariat.
Depuis longtemps il désirait vivement faire a études classiques, et aurait bien voulu entrer au petit séminaire.
Un jour, cédant à ses pressantes sollicitations, sa mère se rendit auprès du supérieur :
—Prenez mon fils, je vous en prie, lui dit-elle. Il est vrai que je suis trop pauvre pour payer les frais de son éducation ; mais mon fils est un jeune homme laborieux.
Après ses études faites, il gagnera
de l'argent, et il promet de vous payer alors.
Le supérieur eut le regret de ne ppr acquiescer à sa demande.
. Garneau fut vivement peiné de cet échec.
À peu de temps de là, Mer.
Signaï, alors curé de Québec, le rencontra et lui dit :
—$i tu te sens de la vocation our l’état ecclésiastique, jete ferai aire tes études.
—]Impossible, répondit le jeune homme avec cette droiture et cette franchise qui caractérisèrent toute sa vie: je ne me sens pas appelé au sacerdoce.
L’extrême rareté des prêtres engageait le clergé d’alurs à faire des sacrifices de toutes sortes pour recruter des sujets parmi la jeune génération. | B
WW: nav”
M. Garneau se remit, avec plus d’ardeur que jamais, à l'étude. Ii dévorait les livres. Or, à cette époque, les livres français étaient très-rares, le Canada se trouvant sans relation avec la France. N'ayant pas toujours les moyens d'acheter les ouvrages qu'il lui fallait, il les copiait de sa main : c’est ainsi qu’il transcrivit tout son cours
de belles-lettres et de rhétorique, ,
et Boileau en entier. Outre ces travaux, il s’'appliquait à l'étude de l'anglais, du latin et même de l’italien. Il étudia seul les classiques latins, et plus particulièrement, dit-on, Horace, dont il admirait le bon sens et le génie poétique si facile.
Son père demeurait alors dans une maison située au coté nord de la rue Saint-Jean, non loin de l’église actuelle du faubourg. Les citoyens des environs ont gardé
le souvenir des habitudes studieuses du jeune Garneau. Toutes les nuits, disent-ils, on voyait une petite lumière briller à une fenêtre de la mansarde: c'était la lampe de l'étudiant.
IL, Voyages aux Etats-Unis et en Europe.
Depuis ses plus jeunes années, M. Garneau nerêévait que voyages.
Il brülait surtout de voir l'Europe, cet Orient de Américain, comme il l’a dit lui même.
“ Je grandissais avec le goût des voyages et de cette incessante mobilité qui forme aujourd’hui le trait caractéristique de l'habitant de l'Amérique du Nord. Si les circonstances oula fortune ne me permettaient pas encore de parcourir ces lacs, ces fleuves grandioses que
ent tnetenan nage pe Het 24 Strong terre
ns an
nos pères avaient découverts dans le Nouveau-Monde, de visiter cette ancienne France, d’où ils venaient eux-mêmes, je me promettais bien de saisir la première occasion qui s'offrirait pour accomplir au moins une partie de mes vœux, et aller saluer le berceau de mes ancêtres sur les bords de la Seine.
“ Pendant mon cours de droit, une occasion me permit de satis-
faire une partie de mes désirs. Je la saisis avec toute l’ardeur d’un jeune homme de dix-neuf ans.”
Voici quelle fut cette occasion à laquelle M. Garneau fait ici allusion. C'était au mois d'août 1828. Un Anglais atteint d'une maladie
rave entra, un matin, chez M.
ampbell, et lui dit qu’il voulait entreprendre un voyage dans les provinces du Golfe et les Etats- Unis pour améliorer sa santé, et
F, X. GARNEAU. 2i
qu'il désirait emmener avec lui, à titre de compagnon, un jeune homme intelligent, dont il paierait les frais de voyage. M. Campbell, connaissant les goûts de M. Garneau, le recommanda à ce voyageur qui l’accepta pour compagnon.
Ils partirent de Québec sur un brick de commerce nolisé pour
tis- Saint-Jean du Nouveau-Bruns- |;
Je wick, descendirent le Saint-Lau- | un rent, et en passant par le détroit à) de Canseau, firent le tour de la Nouvelle-Ecosse, ‘“ cette ancienne )n à Acadie, dont le berceau fut éproulu- vé par tant d'orages.” De Saint- 328. Jean, ils se rendirent à Portland die et à Boston, d’où ils firent le trajet M. par terre jusqu’à New-York. Après lait un séjour de quelques semaines les dans la capitale commerciale des Lats- Etats-Unis, ils revinrent en Cana-
da par la route d’Albany, Troy et
Buffalo. L'activité et les progrès étonnants de la jeune république firent sur notre voyageur une impression qui ne s’effaça jamais, et dont on retrouve des traces dans son Histoire. “ Les Etats-Unis, ” dit-il dans son Voyage, “ sont destinés à devenir une Chine occidentale. En 1775, il y avait trois millions d'habitants ; cette population a doublé huit fois depuis (1854). À ce compte il y aura, vers 1925, deux cent millions d’habitants ; mais cet accroissement se ralentira probablement...
“ Buffalo, incendiée dans la dernière guerre, ne faisait que commencer à sortir de ses cendres.
J'avais devant moi les eaux du lac Erié, une de ces mers douces qu’on ne trouve point dans l’ancien monde. Je me hâtai d'arriver à la chute du Niagara, plus grandiose encore par la masse d’eau
quise jette dans un précipice d’un mille de largeur, que par la prcfondeur de l’abîme..... La longueur du lac Ontario, le plus petit de nos grands lacs, (60 lieues,) fait juger assez des proportions de la nature canadienne. (Ces lacs, la chute de Niagara, le Saint-Laurent, son golfe, sont taillés sur le gigantesque, et conviennent parfaitement à la bordure colossale qui les encadre. En effet, d’un côté, au nord, ce sont des forêts mystérieuses, dont les limites sont inconnues ; de l’autre, à l’ouest, ce sont encore des forêts qui appartiennent au premier occupant, anglais ou américain ; au sud, c’est une république dont le territoire excède de beaucoup celui de toute l'Europe; à l’est, c'estla mer,lamer brumeuse, orageuse, glacée, de Terreneuve et du Labrador. L’infini semble régner sur nos frontières.”
C’est en faisant ces reflexions sur l’immensité de ces contrées, que notre jeune voyageur descendit le lac Ontario, sur lequel on fait usage du compas pour se diriger, comme sur l'Océan. Il attelgnit enfin Kingston, l’ancien Frontenac des Français, et rentra à Québec, après avoir parcouru une petite portion de cette Nouvelle- France d'autrefois ; “et cependant,:
dit-il, j'avais fait près de sept cents lieues de chemin par terre et par mer.”
“ Cette rapide excursion, dans laquelle j'avais traversé des nations à leur berceau, côtoyé des rives encore sauvages, circulé au milieu de forêts à moitié abattues, surtout entre Albany et Buffalo, forêts qui avaient abrité autrefois lesbarbaresindigènes, cecindomptables Iroquois, dont on apercevait encore ça et là quelques fan-
tômes décrépits, me donnait une vaste idée de l'avenir de ce nouvel empire jeté par Champlain sur la vole du temps.”
De retour de cette excursion, M.
Garneau reprit son cours de droit, et fut admis à la profession du notariat en 1880.
Depuis neue temps, il s'était mis à étudier l’histoire du Canada, alors très-peu connue. L’historien angials Smith faisait encore autorité, et l’on sait jusqu'à quel point il dénature l’histoire, D’après lui, nos pères, dans leurs guerres contre les Anglais, avaient presque toujours été battus ; et lorsque, d'aventure, ils avaient gagné la victoire, c'était grâce à la supériorité du nombre. Telle était alors l'intime conviction des Anglais.
Pour eux, les Canadiens n'étaient que des vaincus.
M. Garneau:avait tous les jours
er gr ge
des discussions avec les jeunes clercs anglais du bureau de M.
Campbell : parfois ces discussions devenaient très-vives. Ces questions-là avaient le privilége de faire sortir le futur historien de sa taciturnité.
Un jour que les débats avaient été plus violents que d'ordinaire :
—Eh bien! s'écria M. Garneau fortement ému, en se levant de son siége, J'écrirai peut-être un jour l’histoire du Canada !maisla véridique, la véritable histoire ! Vous y verrez comment nos ancêtres sont tombés ! et si une chute pareille n’est pas plus glorieuse que la victoire !.... Et puis, ajouta-t-il, what though the field be lost ? AU is not lost. Qu'importe la perte d’un champ de bataille : tout n’est pas perdu !... Celui qui a vaincu par la force, n’a vaincu qu’à moitié son ennemi... !