‹ F.X. Garneau [microforme]Chapitre 9 sur 17 · CHE · texte numérisé non relu

CHE

Et

Ferland pour lui exprimer personnellement toute sa reconnaissance et rarler avec lui de leur chère v..ne; maisil n'a pas été assez “uroux pour le rencontrer.

“ M. Garneau aurait voulu causer avec une des lumières du Canada sur la foi qu'on doit avoir en notre nationalité et sur les moyens à suivre pour en assurer la conservation. (Celui qui a su développer avec tant d'exactitude nos origines historiques doit être pénétré plus qu'un autre des sentiments de cette foi. Son livre, quel que soit l'avenir de ses compatriotes, sera toujours le témoignage d'un principe révéré par tous les peuples et rendra la mémoire de son auteur plus chère à la postérité.”

Grarneau ! Ferland ! deux noms immortels, qui seront toujours pro-

noncés avec amour, tant qu'il restera un Canadien pour les redire aux âges futurs !

Jugement sur l'Histoire du Canada.

Pour apprécier avec justice et impartialité l’œuvre de M. Garneau, il faut se reporter à l’époque où il a commencé à écrire. Il traçait les premières pages de son

Histoire au lendemain des luttes sanglantes de 1837, au moment où l'oligarchie triomphante venait de consommer la grande iniquité de l'union des deux Canadas, lorsque par cet acte elle croyait avoir mis le pied sur la gorge de la nationalité canadienne. La terre était encore fraiche sur latombe des victimes de l’échafaud, et leur ombre sanglante se dressait sans cesse devant la pensée de l'historien ; tan-

dis que du fond de leur lointain exil, les gémissements des Canadiens expatriés, leur prêtant une voix lugubre, venaient troubler le silence de ses veilles. L’horizon était sombre, l'avenir chargé d’oraes, et quand il se penchait à sa enêtre, il entendait le sourd grondement de cette immense marée montante de la race anglo-saxonne qui menaçait de cerner et d’engloutir le jeune peuple dont il traçait l’histoire, comme elle avait déjà submergé deux nationalités naïssantes de même origine : au sud, celle de la Louisiane : au nord, celle de cette infortunée Acadie jetée aux quatre vents du ciel. Parfois il se demandait si cette histoire qu'il écrivait n’était pas plutôt une oraison funèbre.

L'heure était donc solennelle

pour remonter vers le passé, et le souvenir des dangers qui mena-

çaient la société canadienne prête un intérêt dramatique à ses récits.

On y sent quelque chose de cette émotion du voyageur assailli par la tempête au milieu de l'Océan, et qui, voyant le vaisseau en péril, trace quelques lignes d'adieu qu'il jette à la mer, pour laisser après ul un souvenir.

Au milieu des perplexités d’une telle situation, le patriotisme de l'historien s'enflammait, son regard

inquiet scrutait l'avenir en interrogeant le passé, et y cherchait des armes et des moyens de défense contre les ennemis de la nationalité canadienne. Car l'Histoire du Canada n'est pas seulement un livre, c'estune forteresseoù se livre une bataille qui est déjà devenue une victoire sur plusieurs points, et dont l'issue définitive est le secret de l'avenir. Ce coup d'œil jeté sur l’époque peut servir à ex-

pliquer, sinon à justifier, certaines erreurs d'appréciations que l’auteur a d’ailleurs loyalement reconnues plus tard : illusions d’une âme généreuse, que la vérité réfute, mais qu’elle respecte et honore.

La correspondance intime de M.

Garneau indique en plusieurs endroits la disposition de son esprit, et contient des. révélations précieuses à recueillir. Le fragment qui suit offre surtout une étude instructive ; c’est une lettre écrite en 1854 à l’un de ses plus éminents critiques, M. L. Moreau, le savant auteur des traductions de Saint Augustin, ouvrages couronnés par l’Académie française.

Québec, 9 mars 1854.

MoNSIEUR,

“ Je viens de terminer la lecture de votre appréciation de mon Histoire du Canada dans le Correspon-

dant de Paris et que quelques-uns de nos journaux ont reproduite à Montréal et à Québec. Je suis peiné que vous n'ayez pas eu la seconde édition de l'ouvrage, dans laquelle j'ai amené mon récit jusqu'à l'union des deux Canadas en 1840. Le style en est plus parfait, les fa'ts sont exposés avec plus d'exactitude, parce que je n'avais pas la correspondance officielle de nos premiers gouverneurs lorsque le commencement de la première édition a été mis sous presse, et la suite des événements vous aurait fait voir que ce n’était pas sans de graves motifs que j'avais adopté dan toute sa re le principe de la liberté de conscience.

“ En effet, sans ce principe protecteur, où les catholiques en seraient-ils dansl Amérique du Nord avec les huit-dixièmes de la population protestants et des gouverne-

ee 7

EI SREREE

ments partout protestants ? C’est en blâmant tous les actes dus à l'exclusion que l'on désarme les préjugés et que l’on peut espérer de voir exister une liberté qui fait lasauvegarde du catholicisme dans le Nouveau-Monde. La conduite du peuple américain envers le l6gat du pape, Mor. Bedini, prouve que ces préjugés ne sont pas encore effacés, et qu'il faudra agir encore longtemps avec beaucoup de prudence pour éviter des discordes.

“ C’est aussi à l’aide de ce principe de tolérance que j'ai pu défendre les catholiques canadiens contre les attentats du gouvernement protestant de l’Angleterre, après la conquête. Le blâme que j'avais norté contre le gouverne.

ment français, donnait de la force à mes paroles aux yeux des protestants eux-mêmes, lorsque je blà-

jorit pre ses à né ; nous testa face

L’e pas la lil l'avo:

lue e lative cette der a n’aur critiq

mais leur conduite depuis qu'ils étaient les maîtres, et ne laissait rien à me répondre.

“ Avec le protestantisme en Imajorité et an pouvoir, on ne saurait prendre trop de précautions dans ses arguments pour n'être pas tourné ; et nous, pauvres Canadiens, nous avons non-seulement le protestantisme, maïs l’anglification en facenousmenaçant de tous côtés”.

L'erreur de M. Garneau n’est pas d’avoir invoqué le principe de la liberté de conscience, mais de l'avoir affirmé d’une manière absolue et non comme d’une utilité relative. S'il sût eu le soin de faire cette distinction, et de sauvegarder ainsi les droits de la vérité, il n'aurait pas eu à essuyer les vives critiques dont il a été l’objet.

Mais après avoir lu la lettre qui

A ee LS =

précède, on est heureux de voir que si M. Garneau s'est trompé, son erreur naiïissait d'une noble source, et que loin d’être un acte d'hostilité, elle était plutôt le rêve d'une âme ardente et dévouée à son pays cherchant des moyens de protection contre les dangers qui le menaçaient.

Rien n’est plus capable de nous en convaincre que la lettre suivante adressée à Lord Elgin; et

rien, d'un autre côté, ne peint mieux la trempe d'esprit de notre historien. C’est un éloquent plaidoyer en faveur du peuple canadien, et en même temps un cri d'indignation contre la tyrannie oligarchique. On ne sait qu'admirer davantage dans cette pièce magistrale, ou des élans généreux . du patriotisme. et de la largeur des vues—ou de lhabileté exquise avec laquelle il aborde des ques-

voir mp6, noble 1 acte » rêve uée à ns de S qui

> nous e SUI-

tions si délicates devant un gouverneur anglais.

À Sox ExcELLENCE LE ComTE ELGIN ET KINCARDINE, (GOUVERNEUR-GÉNÉRAL DU CANADA, ETC. ETC.

MiLorn,

“ Si j'avais su plus tôt que Votre Excellence da'gnait prendre quelqu'intérêt à l'ouvrage que j'ai commencé sur le Canada, je me serais

empressé de lui faire parvenir ce que j'en ai d'imprimé, persuadé qu'elle aurait trouvé dans les événements dont je retrace le tableau de quoi se former une juste idée des vœux et des sentiments d’une partie nombreuse des peuples

w’elle a été appelée à gouverner.

Auoudhnl qu'elle a bien voulu s'en exprimer à cet égard avec bienveillance, je la prie de vouloir bien me faire l'honneur d’accepter l’exemplaire de l'Histoire du

Canada que M. Fabre lui fera remettre aussitôt qu'il sera relié.

“ J'ai entrepris ce travail dans le but de rétablir la vérité si souvent défigurée et de repousser les attaques et les insultes dont res compatriotes ont été et sont encore journellement l'objet de la part d'hommes qu voudraient les «pprimer et les exploiter tout : !a fois. J'ai pensé que le rmerlisar moyen d'y parvenir était d'exposer tout simplement leur hi ‘oire.

Je n'ai pas besoin de dire ‘ju, ma tâche m'’obligeait d’être encore plus sévère dans l'esprit que dans l’expression ma2iérielle des faits. La sitration ‘es ‘’anadiens-Francais tant par :äpport à leur nombre que par rapport à leurs lois et à leur religion dans ce continent, m'imposait l'obligation rigoureuse d’être juste; car le faible doit avoir deux jolis raison avant de réclamer

un droit en politique. Si les Canadiens n'avaient eu qu'à s’adresser à des hommes dont l'antique illustration, comme celle de la race de Votre Excellence, füt un gage de leur honneur et de leur justice, cette nécessité n'aurait pas existé ; mais soit que l’on doive en attribuer la cause aux préjugés, à l'ignorance ou à tout autre motif, il est arrivé souvent dans ce pays que cette double preuve a été encore insuffisante.

“ Les outrages séditieux que l’on vient de faire à Votre Excellence, dont la personne devait être sacrée comme celle de la Reine qu’elle représente, prouvent suffisamment l'audace de ceux qui s’en sont rendus coupables ; audace qu’ils n’ont eue que parce qu'on les a accoutumés depuis longtemps, comme des enfants gâtés, à obtenir tout ce qu'ils demandaient, juste ou in-

80 F. X. GARNEATU.

juste. En quel autre pays du monde aurait-on vu une poignée d’hommes oser insulter la personne du souverain dans son représentant, et le pays tout entier dans celle de ses députés élus par un suffrage presque universel? Or si ces gens ont pu se porter à de pareils attentats aujourd’hui, de quelle manière ne devaient-ils pas agir envers les Canadiens-Français qu'ils traitaient d'étrangers et de vaincus, lorsqu'ils avaient le pouvoir de les dom'ner? En jugeant ainsi parcomparaison, Votre Excellence peut facilement se rendre compte de la cause des dissensions qui ont léchiré ce pays pendant si longtemps, et du désespoir qui a fait prendre les armes à une partie des Canadiens du district de Montréal en 1837.

“ Si les Canadiens ont enduré patiemment un pareil état de chose,

nonde ’homne du ntant,

celle ffrage s gens ils atle mayir enqu'ils vainouvoir

F. X. GARNEATU. 81

il ne faut pas croire, malgré leurs mœurs paisibles et agrestes, que c'est la timidité ou la crainte qui les ait empêchés de songer à secouer le joug. Ils sortent de trop bonne race pour ne pas faire leur devoir lorsqu'ils y sont appelés.

Leur conduite dans ia terrible erre de 1755, pendant le siége

e Québec en 1775-6, durant h erre de 1812 et même, malgré eur petit nombre, dans les combats de St. Denis, St. Charles et St.

Eustache en 1837, (s1l m'est permis deciter cetteépoquemalheureuse,) attestent suffisamment leur courage pour qu'on les respecte. Leur immobilité apparente tient à leurs habitudes monarchiques et à leur situation spéciale comme race distincte dans l'Amérique du Nord, ayant des intérêts particuliers qui redoutent le contact d’une nationalité étrangère. Ce sont ces deux

puissants mobiles qui les ont fait F

revenir sur leurs pas en 1776, après avoir embrassé pour la plupart un instant la cause américaine ; qui les ont fait courir aux armes en 1812, et qui les ont retenus encore en 1837. Je n’ai pas besoin d’ajouter que si les Etats-Unis étaient français ou le Canada tout anglais, celui-ci en formerait partie depuis longtemps ; car la société, dans le nouveau monde, étant essentiellement composée d'éléments démocratiques, la tendance naturelle des populations est de revêtir la forme républicaine. Vous m’accuserez peut-être, Milord, de baser ici mes raisonnements sur l’intérêt seul; j'avoue que ce mobile n'est pas le plus élevé; mais il est fort puissant surtout aux yeux des adversaires des Canadiens ; et

uant à ceux qui sont fondés sur Élu plus nobles inspirations, je n’ai pas besoin de les faire valoir, Votre

Excellence les trouve déjà dans son propre cœur.

“ J'en ai peut-être dit assez pour faire voir que ceux qe) veulent réduire les Canadiens-Francçais à l’é-

tat d'ilotisme, (car leur transformation nationale, si elle doit avoir lieu, ne peut être que l’œuvre du temps et ne peut se faire que par cette phase), ne le font point dans l’intérêt du grand empire dont nous faisons partie ; qu'au contraire, ce

ünt ces intérêts canadiens-français ‘Mai ont empêché le Canada de :Mgmber jusqu’à présent dans l’or- “‘Pite de la république américaine :

que l’Ecosse, avec des lois et une religion différentes de celles de l'Angleterre, n’est pas moins fidèle gaie celle-ci au drapeau britannique, et que sur le champ de bataille le montagnard calédonien ne cède point sa place au grenadier anglais malgré son dialecte

CET à

gaulois. De tout cela, il résulte a mes yeux qu'il est de l'intérêt de la Grande-Bretagne de protéger les Canadiens, comme f est de l'intérêt d’un propriétaire prudent d'entretenir surtout la base d'un édifice pour le faire durer plus longtemps, car il est impossible de prévoir quel effet la perte de l’Amérique du Nord et son union avec les Etats-Unis, aurait avec le temps sur la puissance maritime

et commerciale de l'Angleterre. ”,

“ Ces considérations, Milord, ét’

bien d’autres qui se présentent à’ | l'esprit,ont sans doute déjà frappé l'attention de Votre Excellence et des autres hommes d'état de la métropole. Votreconduitesipropre arassurer les colons sur leursdroits constitutionnels, recevra, je n’en doute point, l'appui du gouvernement impérial et contribuera au maintien de l'intégrité de l'empire.

guy MNT à DRNETET EN

En laissant le Haut-Canada à ses lois, et le Bas aux siennes, afin d’atténuer autant 4 possible ce qu’il peut y avoir d'hostile à mes compatriotes dans les motifs de l’acte d'union; en abandonnant au pays toute la puissance politique et législative dont il doit jouir par la voie des chambres et des ministres responsables en tant que cela n’affecte point le nœud qui l’unit à l'Angleterre, celle-ci n'a rien à craindre des cris de quelques mécontents qui ne sauraient mettre en danger la sûreté de la colonie, si les partis politiques de Londres ont la sagesse de ne point s’en prévaloir dans leurs luttes pour obtenir le pouvoir.

“ Je prie Votre Seigneurie de me parer de m'être étendu si onguement sur la situation politique de ce pays. Je m'y suis trouvé entrainé par l’enchainement de

IS

6? + <= > zu Ss 0 ue Æ == ah =

Ée

réflexions que me sugeère l'étude que je suis obligé de faire du passé pour l’œuvre que j'ai entreprise et dont le fruit remplirait le plus gross de mes vœux, s’il pouvait aire disparaître tous les préjugés du peuple anglais contre les Canadiens an sujet de leur fidélité, et ramener la confiance et la justice dans les appréciations réciproques des deux peuples, comme je suis convaincu que c’est le but éclairé de Votre Excellence dans la tâche noble maïs difficile dont elle s’est chargée......

‘ Québec, 19 mai 1849."

Une troisième lettre adressée en 1850 à l'honorable L. H. Lafontaine, alors premier ministre, dévoile un côté presque inconnu du caractère de l’historien, et initie en même temps aux difficultés de tout genre qu’il a eu à surmonter pour élever

le monument qu'il a légué à sa patrie. Il y fait, en quelques lignes, sa profession de foi historique.

L'idée qu'il se formait de la di-

ité et des devoirs de l'historien indique l'atmosphère sereine où planait ce noble esprit :

Québec, 17 septembre, 1850.

Mox Caer Monsieur,

‘“ Après vous avoir tourmenté pour avoir accès aux archives du gouvernement exécutif, je puis paraître lent à en profiter. Mais ce n'est pas ma faute. Je ne suis pas libre de m'absenter quand je veux de mon pauvre bureau, et lorsqu'il s’agit d'histoire écrite par un canadien-français, il faut que j'use de certains ménagements auprès d’une partie de notre conseil dans lequel sont deux Sewell, pour ne pas éveiller des prétextes d'op-

position, etc., etc. Je voulais monter à Toronto dans ce mois-ci, et des obstacles m'en empêchent.

D'ailleurs je juge à ceque M. Parent vient de m'écrire, qu'il me faudra beaucoup plus de temps dans vos bureaux que je l'imaginais pour faire une bonne recherche. Ilparaît ue vos papiers sont éparpillés ans les différents départements, que ceux du conseil exécutif présentent le beau et vaste désordre qui ferait à la fois la terreur et la joie de votre Jacques Viger. Faire des recherches dans un pareil haos exigerait plus de temps que ‘en puis donner hors de Québec.

Je crains donc de me trouver forcé d'attendre, pour faire mes fouilles, que vous descendiez ici.

Dans l’intervalle je perfectionnerai mon travail, car le premier jet est fait. Je suis rendu à 1828 où je vais m'arrêter, passant seule-

non- 1, et ent.

rent adra VOS pour araît nillés ents, pré- >rdre et la

aire >areil s que ébec.

forcé ai es,

tionemier seule-

ment en revue, dans une conclusion, les événements jusqu'à ce jour, pour tirer des conséquences.

“ Il est probable à la tournure lente, mais inévitable peut-être, que prennent les chosesdans notre pays que ce suit le dernier comme c'est le premier ouvrage historique français écrit dans l’esprit et au point de vue assez prononcés qu'on y remarque ; car je pense que peu d'hommes seront tentés après moi de se sacrifier pour suivre mes traces. Mais enfin je me fais un honneur de ce qui paraîtra malheureusement singulier plus tard. J'écris avec une parfaite conviction. Je veux, si mon livre me survit, qu’il soit l'expression patente des actes, des sentiments intimes, d’un peuple dont la nationalité est livrée aux hasards d'une lutte qui ne promet aucun espoir pour bien des gens. Je veux

te

M # £ £ CAS fat:

me à #'] st, À Qu MC Eu F4 LU Ve 3 St toi it rs VL'EW, EX] Et re NF ta A6:

Wat HUE RE A VER.

Dan si y) Hs

RE So ur

Se à

Page 1