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VIII. Pivoines

(Petit-Palais, Paris)

/"TFIEM ! Ce nom "qui sonne comme une fanf J fare " évoque une œuvre éblouissante de lumière, de couleurs vibrantes, de flamboiements radieux de soleil sur des paysages de rêve, dans lesquels apparaissent, poudroyants et fastueux, les campaniles de Venise et les minarets de Constantinople. Venise, surtout, qui

plonge dans les eaux dormantes de la lagune ses palais de marbre festonné, qui se survit dans sa gloire abolie par des vestiges magnifiques et d'éloquents témoins, Venise accapara totalement cette nature éprise de poésie. Aucune ville ne pouvait plaire à Ziem autant que celle-là: dans son ardente imagination, toute la somptuosité de la Sérénissime se reconstituait avec la précision d'une réalité. Sur les rives du Grand-Canal, aujourd'hui profané par les modernes " vaporetti ", ses yeux d'artiste évoquaient la glorieuse voie triomphale de jadis, avec ses cortèges de gondoles dorées laissant traîner dans l'eau de larges draperies de pourpre'; et sur l'appontement des Esclavons, il revoyait tout ce fourmillement de foule, tout ce chaos de navires et de felouques, venus de tous les points du globe pour apporter à la reine de l'Adriatique leurs marchandises et leurs richesses. Les costumes orientaux, les

vases précieux, les étoffes brillantes, les fêtes nocturnes, l'embrasement de la lagune au soleil levant, l'incendie des palais sous les derniers feux du crépuscule, tout cela se bousculait, chantait dans son esprit, obsédait son âme, sollicitait son pinceau.

Et quand il se fut entièrement assimilé cette vie fastueuse et miroitante, il posa sur sa palette les couleurs qu'il fallait, il les pétrit de lumière et les jeta d'une main savante et inspirée sur ces toiles à jamais célèbres qui sont le plus bel hymne qui ait jamais été chanté à la gloire de Venise.

Ziem a peint des paysages de tous les pays; il a évoqué la brumeuse Hollande et l'Orient splendide : aux yeux de la postérité, il restera surtout le " peintre de Venise parce qu'il aima cette ville d'un amour passionné et qu'il l'anima de cette féerique parure dont nous n'avions plus que le souvenir.

" Venise! c'est au Petit-Palais, dans cette salle qui porte le nom de Ziem, qu'on peut juger de l'enchantement que subit l'artiste presque au début de sa carrière par celui que l'on subit soi-même. Les flamboiements de la Giudecca sous un ciel ardent ou son sommeil sous la belle clarté lunaire, la chanson d'un gondolier sur la lagune, le Grand-Canal alignant les façades somptueuses de ses palais, l'embarquement d'un doge sous le Pont des Soupirs ; la cité-reine en fête, les drapeaux claquant au vent, des milliers de nefs légères parmi les canaux, à travers le dédale des rios, voilà ce que Ziem sut évoquer merveilleusement, saisissant à miracle la lumière magicienne qui fait de Venise comme une ville à part. Il est impossible d'imaginer Venise autrement que Ziem, lorsqu'on a fréquenté l'œuvre du vieux maître et éprouvé l'éblouissement de sa couleur. Ceux qui ont nié la puissance observatrice de Ziem

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