‹ Fa Dièze (volume 2)Chapitre 10 sur 19 · IL · texte numérisé non relu

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21 JH. 2Ul)anû0r , rijfj Jtl. le baron ôrumpljoUj.

De la Résidence.

J’arrive avec tous les papiers nécessaires pour notre mariage, et on m’apprend que vous êtes parti depuis cinq jours ; je ne suis pas assez injuste pour attribuer ce départ à votre volonté, je pense que vous aurez

l66 - FA D1ÈZE.

été forcé de suivre votre maître ; mais alors pourquoi ne m’avoir pas laissé une lettre pour me tranquilliser?

Votre maître ne pourra vous refuser un congé de quelques jours, quand il saura que c’est pÆur marier.

Je vous Attends donc, mon cher Athanase , avec une vive impatience dont je désire vivement que vous puissiez juger par la vôtre.

Blanche.

21 MX- 2ltl)anaôf, clje? ill. le baron JÜrumpIjoLt;.

De la Résidence.

Quinze jours sans me répondre! est-ce une insultante moquerie? et croyez-vous que je supporterai vos outrages sans chercher à me venger? j’ai de vous une promesse de mariage que je vais m'occuper de faire va-

loir en justice; mais ce n est pas là ce qui doit vous inquiéter le plus. A tt Aidez-vous de ma part à une éternelle persécution, à tout ce que le ressentiment d’une femme pourra imaginer de plus cruel.

Blanche.

Athanase fut très -effrayé.

D’un autre côté, l’ennui toujours progressif qu’éprouvait le baron achevait de détruire sa santé , et son état de souffrance augmentait son ennui.

Athanase, pendant la nuit, abattit laça-

FA D 1 ÈZE.

bane de chaume du parc; il bêcha la terre et y sema des ognons.

Il déroba le mouchoir bleu que son maître avait acheté de la tante de sa petite Blanche; un jour qu’il voulait aller visiter le rocher de Loreley, il brisa un des avirons du bateau.

Il paya les paysans , quand vint le jour de la naissance du baron , pour lui faire une fête villageoise.

Il écrivit à tous les amis du baron que la santé de son maître lui donnait de sérieuses inquiétudes , et que le pauvre baron avait besoin de distractions , de sorte que la retraite d’Ober-Wesel commença à être remplie de visiteurs. Pendant un mois, il fit croire à son maître que le cheval qu’il montait d’ordinaire était boiteux, et ne pouvait faire un pas hors du râtelier.

Chaque matin, quand le baron sonnait, il affectait de se récrier sur le changement de ses traits, sur sa pâleur, sur son air malade.

FA D1ÈZE.

Jamais Conrad n’avait été aussi malheureux. Quand Athanase vit qu’il n’y pouvait plus tenir , il lui dit un jour :

— Mon cher maill e , vous savez que les médecins vous ont conseillé de voyager.

— Et peut-être n’ont-ils pas tort , répondit le baron.

— Tous ne sauriez croire, mon cher maître, combien la chaise de poste vous est favorable j rien que dans les petits trajets que nous avons faits depuis quelque temps , à chaque relai vous paraissiez engraissé d’une demi-livre et rajeuni de deux ans.

— Parbleu î se dit le baron , je vais aller chercher la fin de mon air.

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— Peut-être aussi trouverai-je Blanche.

Il est probable que je ne trouverai ni l’un ni l’autre ; mais c’est un bon prétexte que je puis me donner pour voyager, c’est un moyen de me raccrocher à ma vie passée.

D’ailleurs je n’ai pas autre chose à faire ; si je ne m’amuse pas , au moins je changerai

174 FA D >ÈZE.

d’ennuis , et il me semble que la pensée du voyage me fait du bien.

Mais où irai- je?

Si je les trouve, il est probable que ce ne sera qu après avoir parcouru auparavant tous les pays où ils ne sont pas.

Car il y a un sort funeste attaché à l’hom-

me, qu’il ne dit ou ne fait une chose bonne qu’après avoir, sur le même sujet, épuisé tout ce qu’il y avait de mauvais à faire et à dire.

Aussi le passage que vous cherchez dans un livre , est-il toujours dans le dernier volume que vous feuilletez.

Quand les premiers physiciens et astronomes ont fait des observations sur la terre et sur le soleil , ils n’avaient à dire que deux choses :

La terre marche;

Ou le soleil marche.

Ils ont choisi le faux.

Ce ,n est qu’après avoir épuisé tous les

contes possibles sur le phénix qu'on s'est avisé de découvrir que le phénix n’existait pas.

Quoiqu’il se dise quotidiennement un grand nombre de sottises , ce serait bien pis si ceux qui ont vécu avant nous ne nous en avaient dérobé une partie.

La vérité est une, le faux est horriblement multiple; chaque vérité n’existera qu’après que le faux aura régné , sous toutes ses formes et ses modifications, avec toutes ses divisions et ses subdivisions.

Faites à un homme la question la plus simple , il voudra y entendre de la finesse et il n’y répondra pas juste.

Demandez au milieu de dix personnes :

Devinez ce que je vais mettre sur ma tête en sortant. Ce n'est qu’après de longues hésitations qu’une seule peut-être dira timidement : un chapeau. 11 y en a neuf qui aimeraient mieux vous mettre sur le crâne les ruines d’ Andernach .

FA DIKZË.

Aussi, ajoute le baron, je vais, pour mon voyage, faire ce que je fais d’ordinaire lorsque j’ai un passage à chercher dans un livre ; je commence par le volume , que par

mon premier mouvement et mon impulsion naturelle , j’allais feuilleter le dernier.

Naturellement je devrais commencer par l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, la France, etc. ; je vais aller en France, puis en Italie et je reviendrai par la Suisse.

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Athanase, qui tremblait à chaque instant de se voir arriver une épousé par autorité de justice , hâta lés préparatifs du départ avec une diligence inaccoiitumée. La chaise de poste , qui eût exigé un mois de réparations s 4 il se fût agi d'un voyage dés-

agréable à Athanase , se trouva prête en vingt-quatre heures. Pendant ce temps-là,

Conrad fredonnait :

Au Rhin ' au Rhin ! cest là que sont nos vignes ; Qu’il soit béni le Rhin! qu’il soit béni le Rhin! Le pampre \

Au Rhin ! au Rhin ! c’est là qne sont nos vignes ; Qu’il soit béni le Rhin ! qu’il soit béni le Rhin ! Le pampre

Au Rhin ! au Rhin ! c’est là que sont nos vignes ; Qu’il soit béni le Rhin ! qu’il soit béni le Rhin ! Le pampre

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La chaise de poste roula.

,17". Athanase. *

v j d Ob^r-W^el , Ceux voitures s’arrêtèrent au même relai. La chaise de poste de Krumpholtz et une vot-

k'A DIÈZE.

ture publique dans laquelle était la maitresse d’Athanase.

Athanase se cacha dans l’écurie tandis qu elle attendait son tour pour payer sa place au conducteur , car en cet endroit on changeait de voiture. Ce petit retard semblait lui causer la plus vive impatience : elle frappait du pied et fredonnait un air entre ses dents pour dissimuler sa mauvaise humeur.

Athanase s était blotti dam un râtelier , sous le foin ; jamais il n’avait prêté autant d’attention à un air, car, de la fin de celuici dépendait sa libération. Enfin, Je conducteur reçut l’argent de Blanche qui monta dans une carriole qui allait directement à Ober-Wesel. Athanase et# Conrad se remirent en route du côté opposé.

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Entre autres choses que nous ne savons pas , il fauten première ligne mettre la géographie; notre ignorance sur ce point est telle, — qu’à Paris il nous serait bien difficile de nous transporter sans guide de la Chaussée-d’Antin à la rue du 13ae.

182 FA D 1 ÈZE.

Ainsi , pour suivre poste par j>oste le baron Conrad et son esclave Athanase, nous faudrait-il copier quelques pages d’un itinéraire ou d’un manuel géographique, ou faire kles efforts de mémoire qui n’aboutiraient peut-être qu’à noué induire en quelque eu reur qui nous exposerait au mépris des postillons ou des commis - voyageurs entre les mains desquelles le présent livre aura l’honneur de tomber.

C’est pourquoi nous allons les laisser faire leur chemin en vous avertissant seulement de temps en temps de ce qui leur arrivera de plus important, jusqu’au moment où il nous semblera bon de reprendre leur histoire, ce qui ne sera pas long., attendu que nous n’avons que quelques mots à vous dire , ô lecteurs, eq dehors de notre narra - - tion.

L’an passé il nous prit fantaisie, un matin , d’aller passer la journée à quelques lieues de la ville; le lieu nous plut, nous y

. FA DIÈZE. l83

retrouvâmes de vieux amis à nous, pécheurs et mariniers , et nous nous fîmes apporter notre hamac et deux gros clous, de telle sorte que nous fûmes trois mois sans rentrer à la ville.

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En route Conrad prenait un bouillon dans sa chambre, et Athanase mangeait à table d’hôte, étonnant tout le monde par la franchise et le laisser aller de ses manières.

Un jour, il prit un chapon ; les voyageurs le laissèrent faire avec cette reconnaissance

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FA D1ÈZE.

intérieure que l’on sent en voyage pour l’homme qui découpe.

En effet , avec une remarquable dextérité il enleva une aile, la remit sur le plat, et laissa sur son assiette le reste du chapon qu’il dévora en huit minutes.

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Suite îiu <0)apttre xxxiv.

Quelques mois après, nous trouvant à cinquante lieues plus loin, il nous tomba dans les mains un exemplaire d’un journal où nous vîmes en petites majuscules :

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