‹ Fa Dièze (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · LI · texte numérisé non relu

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— Parbleu! se dit Coni’ad en montant l’escalier pour aller se coucher, j’aurais bien pu demander à l’inconnu qui a mis notre narrateur en déroute, quel est cet air

qu’il chantait sous la fenêtre de sa sœur.

Mais j’ai un autre moyen de le savoir, je le demanderai au conteur lui-même.. .

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Puis parlant haut. .. et continuant ce qu’il se disait à lui-même.

— Athanase, dit-il, demande où est sa chambre .

Athanase fut quelques instans sans comprendre, puis il dit: « C'est étonnant!» sortit, et rentra après dix minutes pour dire à son maître :

— Au bout du corridor > la porte en face de V escalier.

— Bien! dit le baron ; et , pensa-t-il , j'irai aussitôt qu'il fera jour.

— C’est étonnant ! dit Athanase en saluant son maître ; je n’aurais pas cru cela de mon maître.

Mais , quand on n’entendit plus aucun bruit dans l’hôtel, quand il eut vu éteindre même les lanternes des garçons d'écurie , Krumpholtz se leva, et, tout en tâtonnant, prit le chemin du corridor ; car l’idée de cet air l’empêchait de dormir, et il voulait prier l’homme aux lunettes bleues de le lui chan-

ter... d'autant qu'il se rappela que les voyageurs devaient repartir dans la nuit. Conformément aux instructions d Athanase , arrivé à la porte qui faisait face à l’escalier, au fond du corridor , il frappa doucement ; une voix répondit bas :

— Qui est là?

— Il paraît qu’il attend quelqu’un, dit Krumpholtz ; pour ne pas le tromper-, je vais me nommer.

Baron Krumplvoltz!

Et il frappa plus fort.

— Au secours! au secours ! cria une voix de femme sur le ton le plus aigu.

Krumpholtz s enfuit; mais au lieu de prendre son corridor il en prit un autre, puis un autre; la voix criant toujours au secours ! il trouva une porte ouverte , et entendant derrière lui les pas des palefreniers qui cherchaient la cause de ce tumulte, il se jefà dedans et s’enferma dans la chambre ,

où un lit défait indiquait que la personne qui lhabitait venait d’en sortir.

En effet, une servante de l'hotel, qui la première s’était levée au bruit , ne tarda pas , quand on eut persuadé à la voyageuse qu elle avait rêvé , à revenir trouver son lit,’ mais elle trouva la porte fermée et essaya eu vain de l'ouvrir.

— C’est singulier, disait-elle au milieu de ses efforts infructueux, il me semblait bien avoir mis la clef en dehoi$.

Cependant Conrad se gardait bien de faire le moindre bruit : qu on juge de l'effroi de la pauvre fille si elle eût vu sortir de sa chambre un homme aussi peu vêtu que l’était le baron ; les cris auraient recommencé de plus belle , et il eût été difficile à Conrad de donner des raisons plausibles de son séjour dans cette chambre.

La fille , qui n’était pas mieux vêtue que lui, prit le parti d’aller en bas chercher une double clef. Conrad écoutait le bruit

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FA DIF.ZE.

de ses pas qüi s’éloignaient, pour s’échapper et retourner à sa chambre. Quand il n’entendit plus rien , il ouvrit doucement la porte et sortit ; mais à peine avaitil hasardé quelques pas que la voix retentissante du conducteur de la voiture ébranla les corridors , et qu’il vint à chaque porte éveiller ses voyageurs. Conrad retourna sur ses pas et se renferma encore dans la chambre.

Quelques-uns des voyageurs ne tardèrent pas à se lever et à sortir de leurs chambres; la servante qui revenait presque nue voyant du monde levé se réfugia chez une autre servante.

— Allons, Charlotte! cria le conducteuren frappant à la porte , vous n'êtes pas encore levée , paresseuse ? vous perdrez vos pourboires; tant pis pour vous.

Conrad ne bougea pas.

— Allons , Charlotte ! dit le conducteur en frappant plus fort, il faut vous lever, ma

fille j je n ai pas bu mon vin blanc, et nous allons partir.

Comment se fait-il qu’elle ne réponde pas?

dit-il à des voyageurs qui s’étaient approchés.

— Elle est peut-être malade , dit quelqu’un.

— Elle qui est toujours la première levée, ajouta le conducteur.

— C’est qu’elle est malade.

— Charlotte î cria le conducteur, Charlotte ! et il frappait à disjoindre les planches de la porte; Conrad se tint coi.

Mais le conducteur regarda à sa montre , et dit à ses voyageurs : Il faut partir.

Il écouta: — Tenez, dit-il, voici lnutre voiture qui arrive , et nous devons garder trois heures d’avance sur elle : partons.

Quand la voiture roula , les gens de la maison frappèrent à la porte ; mais Charlotte, vêtue d’un jupon d’emprunt, vint les rassurer. Cependant il fallait ouvrir la cham-

FA D1ÈZE.

bre : la double clef ne pouvait tourner, parce que Conrad avait glissé une petite pierre dans la serrure. — Il faut la jeter en dedans , dit un palefrenier, et il alla chercher un gros maillet.

Conrad alors songea que les explications qu’il allait donner ne seraient pas crues :

il prit le parti d’ouvrir la porte, et de regagner gravement son lit — au milieu des trois ou quatre servantes qui attendaient le palefrenier, sans prononcer une parole.

A thauase attendait son maître et cherchait dans sa tète un moyen de l’engager à partir tout de suite, au lieu de ne se mettre en route qu’au milieu de la journée comme il en avait l’intention.

Krumpholtz en entrant lui dit : Athanase

des chevaux dans une demi-heure et un bon pour-boire au postillon, je suis pressé.

— Dans dix minutes, dit Athanase.

De cette manière je le rattraperai, se dit Conrad songeant à l homme aux lunettes bleues et à son air.

De cette manière elle ne nous rattrapera pas, se dit Athanase songeant à sa maîtresse qu’il avait vue dans la chaise de poste qui venait d’arriver avec f actrice et le successeur du baron.

— Il alla à la poste et demanda combien il y avait de chevaux.

— Huit.

— Je les prends tous.

— Combien donc êtes vous?

— Mon maître et moi.

— Alors vous avez assez de deux chevaux.

— Cela ne vous fait rien si je paie les huit chevaux.

— » Comme vousdites, cela ne me fait rien si vous les payez, seulement s il arrive d’autres voyageurs ils attendront jusqu’à demain.

— C’estbien comme cela que je l'entends, dit Athanase.

Les huit chevaux attelés à la chaise de poste du baron encombraient la cour de J’hôtel.

— Que signifie cet attelage? demanda Conrad.

— Votre excellence m a dit qu elle voulait aller très-vite.

— Tu es fou ! onn a jamais vu une chaise ainsi traînée.

Mais Athanase savait bien ce qu’il faisait, l’actrice et son amant, et par conséquent sa persécutrice ne pourraient, faute de chevaux, continuer leur route que le lendemain, et il gagnait ainsi sur elle vingt-quatre heures.

Je ne sais pourquoi, disait le baron, j’ai

dans l’idée que l’air de l’homme aux lunettes bleues est l’air que je cherche.

Au Rhin! au Rhin! c’est là que sont nos vigne»; Qu’il soit béni le Rhin! qu’il soit béni le Rhin! Le pampre

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