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— Est-il descendu dans cet auberge un homme avec des lunettes ?
— Oui, monsieur. * !
— Des lunettes bleues ?
— Oui, monsieur.
— Un homme de petite taille?
— Précisémeut.
— Où est-il?
— Parti.
— Que ne le disiez-vous plus tôt?
— Que ne ledemandiez-vous toutde suite ?
— Où va-t-il?
— Je ne sais, mais la voiture qu'il a prise couche à cinq lieues d’ici.
— Partons.
Les roues brûlent le pavé .
Nous avons bien cinquante lieues d’avance , murmure Athanase avec un air de ravissement.
— Est-il descendu dans cette auberge un homme avec des lunettes ?
— Quatre monsieur.
— Des lunettes bleues?
— Il y a un monsieur qui a des lunettes bleues.
— Un homme assez petit?
— Oui , monsieur.
— Peut-on lui parler?
FA D1ÈZE.
— Non, monsieur. '
— Pourquoi cela?
— Parce qu’il dort.
— Sitôt qu’il sera réveillé, dites-lui que le baron Conrad Krumpholtz désire lui parler.
Deux heures après un petit homme en lunettes bleues entre chez le baron en saluant jusqu’à terre.
— Je me rends aux ordres de monsieur le baron, j’ai à son service des bas de soie et de coton.
— Malédiction! dit le baron, ce n’est pas lui.
— De filosel et de hl d’Ecosse.
— Aussi, pourquoi m’imaginer qu’il n’y a qu’un homme en lunettes bleues !
— Blancs, écrus, et de couleur; des gants et des caleçons de tricot, des bonnets de soie et de coton , des gilets de laine et de flanelle, des chaussons tricotés, des jarretières, des bretelles, des cols, des chemises, en percale, en toile, en toile de Hollande, des
jabots en Valenciennes, en malines; des foulards, des mouchoirs de poche , des cravates blanches, des cravates de couleur, et généralement tout ce que peut désirer monsieur le baron.
Krumpholtz en route se trouva si malade qu’il fut obligé de s’arrêter quelques t / jours.
Le sang lui était monté à la tête d’une manière effrayante ; ses yeux étaient rouges, son visage violet et ses lèvres bleues; il se fai-
sait dans sa tête et dans ses oreilles un bourdonnement inintelligible.
Puis, les grelots des chevaux, le bruit des roues s’harmonisèrent pour lui seul, avec le souffle du vent dans les jeunes feuilles , il lui sembla entendre comme une céleste musique produite par une orgue dans une église à quelque distance; la musique devint plus claire.
Et, les yeux fixes , il écoutait ; mais, partout autour la plaiqe était unie et nue et il n y avait ni église ni maison.
11 entendit de ravissantes harmonies qu’il n’avait jamais entendues, et dans ces harmonies la traduction de ces pensées insaisissables , de ces rêves ineffables que fait le poète dans les momens où il jouit de sa seconde vue ; la traduction de tout ce que le poète a senti sans pouvoir se l'exprimer à lui-même.
Puis , l’orgue avec des modulations plus suaves joua l’air :
FA IMÈZE.
Au Rhin! au Rhin ! c’est là que sont nos vignes ; Qu'il soit béni le Rhin! qu’il soit béni le Rhin! Le pampre
La voiture s’arrêta, Krumpholtz restait
le cou tendu , les yeux fixes , écoutant
Athanase le fit mettre au lit.
11 se trouvait là deux médecins.
ils tombèrent d accord que le baron était menacé d’une fièvre cérébrale.
Mais ils ne tombèrent pas d’accord sur le traitement.
L’expériencf., dit l’un , m’a prouvé qu'il faut dans ce cas une prompte application de sangsues et un peu de repos.
L expérience, dit l’autre, m'a prouvé qu’il faut dans ce cas saigner immédiatement aux pieds , et se livrer à quelque violent exercice.
Athanase fit prendre un bain de pied à
Le pampre
Qu’il «oit béni le Rhin !
Le pampre.
Conrad avait beau fredonner son air tout le jour , aller tous les soirs à l'Opéra , puis aux Italiens, puis à l’ Opéra -Comique , puis à tous les théâtres où l’on chante; il avait beau s’arrêter aux joueurs d’orgue , descendre de voiture, s^ mêler à la foule, se faire voler , un jour son mouchoir, un autre jour sa montre, un autre jour sa bourse, il lui fallait toujours s’arrêter à ce fa...
Pour Athanase, malgré ses précautions , Blanche l’avait retrouvé à Paris et voulait absolument se faire épouser; l’actrice qu’elle accompagnait avait quitté Paris, et la pauvre fille avait refusé de quitter Paris, où elle vivait de quelques économies , et de la
vente du petit nombre de bijoux qu’elle possédait.
— Ecoute, lui dit Athanase, je ne t’épouserai pas , c’est une promesse sur laquelle tu peux compter ; mais je ne refuse pas de te voir de temps en temps, pourvu que monsieur le baron ne s’aperçoive de rien.
"Viens quand tu voudras , le soir , fais-toi entendre dans la cour, et je viendrai t’introduire.
Unjour, Krumpholtz était entré par hasard dans un café et parcourait les journaux, puis il vint à lever les yeux — et à travers les vitres, il vit les arbres chargés de poussière du boulevard se découper sur un ciel d’un bleu pur.
Il soupira.
— Allons , dit-il , je ferais mieux de retourner à Ober-Wesel, errer encore sur les bords du Rhin ; le rocher de Loreley doi t avoir aujourd’hui un aspect noble et imposant.
FA DIF.ZK.
Mon Dieu ! qu'il est triste de ne pas vitre et de ne pas mourir, d'avoir une partie de soi qui survit à soi-même. Heureusement, dit il en regardant dans une glace ses joues horriblement creuses , la véritable mort ne tardera guère, et celle-dà finit tout! Je ne pourrai plus, comme à présent, pleurer sur mon tombeau.
Oh ! un jour, une heure de cette vie que je vivais à vingt ans ! une heure de mes croyances , de mes rêves ! une heure de mes chagrins d'alors , et ensuite la mort aVeé la plus terrible agonie !
Qu’est-ce donc que la vie ?
Pendant la première moitié on 11e vit pas encore, puis on commence à mourir.
Eu proie h ces tristes pensées, Conrad laissa tomber sa tête sur sa main et son coude sur la table.
Mais au lieu de mettre le coude sur la table, il le mit dans la tasse de chocolat d’un voisin.
Au jurement du voisin il se retourna.
— Ah! monsieur, dit-il, je suis enchanté de vous rencontrer !
— Monsieur, répondit le voisin, je ne vous ferai pas le même compliment.
Le voisin n'était autre que l'homme aux lunettes bleues.
— Monsieur, dit Conrad , je ne saurais vous exprimer combien je suis heureux de vous voir.
— Monsieur , je vous en dirais sans doute
autant si vous n'aviez renversé mon chocolat jusqu’à la dernière goutte.
— Aussi , vous prierai-je instamment de me faire l’honneur de déjeuner avec moi.
— J'accepte d’autant plus volontiers que je ne suis pas bien sûr de posséder assez d’argent pour prendre une autre tasse de chocolat de mes deniers.
Après qu’un excellent déjeuner fut terminé :
— Ah ! monsieur, dit l’homme aux lunettes bleues, avait bien raison.
— Et que disait ?
— Un jour qu’on représentait un de ses opéras , on ne put trouver ni lui ni la partition ; les spectateurs s’impatientaient.
Après d’infructueuses recherches , on le déterra enfin dans le deuxième dessous du théâtre , ivre au-delà de toute expression et dormant de tout son cœur ; on le tira de là comme on put , et, en l’accablant de reproches , on le mit dans un coin.
L’opéra eut un succès prodigieux ; on applaudissait , on trépignait , on criait. C’est une belle chose qu’un succès au théâtre , monsieur! non pour les causes , car c’est au théâtre que l’on voit , bien plus encore que partout ailleurs , applaudir avec frénésie les plus misérables productions ; c est une belle chose qu'un succès au théâtre ! les applaudissemens font tressaillir la moelle des os.
Malheureusement il faut rire plus tard des applaudisseurs et de soi -même.
Le succès de était juste et mérité, les
spectateurs étaient sortis, que la salle vibrait encore du bruit de leur enthousiasme. Les acteurs en foule l’entourèrent pour le féliciter.
— Sacredieu! messieurs, dit-il en sortant de son assoupissement , ce n’est pas en buvant de la limonade que l'on fait de la musique comme celle-là.
— Êtes- vous donc musicien ? dit Conrad.
— Oui , monsieur.
UÔO FA DIÈZE.
— Vous rappelez-vous notre première rencontre ?
— Oui, monsieur, (lit l’homme aux lunettes bleues, un peu embarrassé.
— Eh bien ! rendez-moi Je service de me chanter l’air qui causa votre brouille avec votre maîtresse.
— Volontiers, mais je ne puis le chanter ici; si vous voulez monter chez moi , je demeure près d’ici , je serai enchanté de vous être agréable.
Le baron tressaillit d’impatience ; jamais la dame de comptoir n'avait été aussi longtemps à faire une carte , jamais les garçons n’avaient été aussi long-temps à rendre la monnaie.
Arrivé chez lui , l’homme aux lunettes bleues demanda à sa portière s’il était venu quelqu’un pour lui, elle répondit aigremen t qu elle n’avait pas fait attention.
— 11 n’est pas venu de lettres , madame ?
FA D1ÈZE. 2Ôl
dit humblement l'homme aux lunettes bleues.
— Je n'en reçois plus, dit la portière encore avec plus d’aigreur.
11 entra dans la loge, pour ne pas lui donner la peine de se déranger, et prit lui même sa clef.
C’était un pauvre garçon que l’homme aux lunettes bleues; il s’était figuré qu’il était artiste et qu’il avait du talent; il avait quitté une place dans le fisc pour se livrer à la musique , et supportait avec un admirable courage toutes les angoisses de la pauvreté , en attendant qu’une chance favorable vînt mettre au jour son génie et sa personne; la seule dépense qu’il se permît, quand il pouvait la faire, était d’aller prendre au café une tasse de chocolat, pour lire les journaux et se mêler à un monde dont il était exclu par sa pauvreté.
Malheureusement il n’avait ni génie ni talent, et, comme tant d'autres victimes des
U G 2 FA DIKZK.
memes illusions, il était condamné à vivre et à mourir, rêvant toujours une gloire et une fortune qui n’arriveraient jamais.
Sa portière surtout était pour lui Ja pei> sonnification du mal ; elle le tenait en haut mépris et ne recevait plus ses lettres depuis qu’un jour il n’avait pu rembourser le port d’une — immédiatement; elle ne répondait pas aux personnes qui venaient ledemander, et plus d’une fois ainsi lui avait fait pei’dre des leçons de musique qui l'auraient aidé à vivre.
Il n’osait non plus se plaindre au propriétaire , car il devait deux trimestres de loyer et n'était pas bien sûr que sa plainte ni sa visite fussent bien accueillies.
Son tyran avait une horrible habileté pour discerner si la personne qui venait le demander était un créancier , et alors , eûtil fait défendre sa porte, elle le laissait monter.
Et ne croyez pas que ceci soit une exagé-
ration de l’auteur, il n’y a pas une seule maison dans tout Paris peut-être où il n’y ait un tel tyran et une telle victime.
Et l'auteur lui-même, à une époque de sa vie qui n’est éloignée que de quelques années , a eu à souffrir ainsi plus qu’on ne le saurait dire.
L'homme aux lunettes bleues n'avait qu’une seule chambre meublée de quatre murailles, d’un lit de sangle , d une chaise et d’un violon.
Quand la porte fut fermée :
— Monsieur, dit Conrad, faites - moi
FA D1ÉZE.
le plaisir de me chanter l’air en question.
— Volontiers! dit le musicien.
Et après avoir accordé son violon , et s’être permis un prélude d une certaine longueur , il chanta assez mal , en s'accompagnant médiocrement , la ronde
Komm, lieber mai,und mâche....
Reviens cher mois de mai , etc.
dont nous avons parlé ailleurs.
Dès les premières notes , le baron l’avait arrêté de la main , en disant d’un ton de découragement :
— Ce n’est pas cela.
— Si fait bien, monsieur, avait répondu le musicien.
Et il avait continué et fini son air sans que le baron songeât davantage à l’arrêter.
— Où diable ai-je été rêver , pensait Conrad, que cet air devait être le mien.
FA D 1 ÈZE. 267
Monsieur , dit-il au musicien , quand il eut fini, je vous fais bien des excuses; ce (jue j’ai à vous dire va vous paraître étrange et extravagant... mais comme j’ai ma folie, vous avez peut-être la vôtre, j’aime à croire que chacun a la sienne : je cherche la fin d’un air dont je ne puis me rappeler que le commencement , et je ne sais pourquoi j’avais imaginé que l’air dont vous aviez parlé pourrait être celui-là*.
— Qui sait , monsieur, je sais peut-être votre air; j'ai habité votre pays plusieurs années , et je ne crois pas qu’un autre vivant ait autant que moi d’airs de toute sorte dans la tête.
Conrad chanta le commencement de son air, mais le musicien ne l’avait jamais entendu .
— Si vous aviez le temps, j’ai là plein une énorme malle des airs les plus vieux de toute l’Allemagne, et nous trouverions peut-être ce qu’il vous faut.
— Dites-moi l’heure qu il est, dit le baron.
— Je n'ai ni montre ni pendule.
— Rendez-moi le service de demander j»ar la fenêtre à votre portière.
Cette proposition le glaça ; sa portière ou ne lui répondrait pas , ou lui répondrait une impertinence, et l’idée de cette humiliation devant son hôte lui fit monter le rouge au visage, néanmoins il ouvrit la fenêtre.
La portière étaitprécisément dans la cour; il n’y avait pas moyen de dire à Conrad, elle ne m entendrait pas.
Heureusement une femme traversait la cour, c’était une des plus riches locataires de la maison. Je suis sauvé, pensa l’homme aux lunettes bleues, et il appela la portière et lui demanda l’heure qu’il était, elle n’osa prendre sa voix aigre devant la femme qui traversait la cour, et répondit au contraire d’une voix doucereuse , 2 heures.
— 11 faut que je parte, dit le baron, mais
si vous en aviez le temps, vous seriez bien bon d’accepter une proposition que j’ai à vous faire.
— Chacun vit de son métier; je vous promets que je ne fais pas de la diplomatie pour rien, il n’est pas juste que vous fassiez de la musique gratis : si vous voulez faire transporter cette musique chez moi et venir m'en jouer une partie tous les matins, nous y trouverons peut-être l’air que je cherche; je vous offre dix florins par jour.
Le musicien s’inclina , cette proposition lui paraissait un rêve.
— Et je vais vous payer un mois d’avance si vous voulez me le permettre.
Conrad mit six cents francs sur le lit de sangle, puis sortit en laissant son adresse au musicien ébahi.
Conrad, qui avait été pauvre long- temps — avait compris cette pauvreté.
Au bout de huit jours ils eurent épuisé la musique, Conrad déclara qu’il ne voulait
plus entendre de musique d’aucune sorte ; tous les musiciens ambulans qu’il attirait d’ordinaire dans la cour de l'hôtel par ses largesses furent consignés ; il cessa d'aller au théâtre, et se laissa inviter dans quelques salons, sous la condition qu’on n’y ferait pas de musique.
A une des soirées où il consentit à paraître, plusieurs diplomates entreprirent de lui faire dire la véritable cause de son voyage à Paris ; Conrad ne donna pour raison que sa santé qui était évidemment mauvaise et qui chaque jour s’affaiblissait. Puis
272 FA D 1 ÈZE.
on vint à agiter les plus hautes questions politiques et sociales, à parler des intérêts’des divers rois et des divers peuples — dupasse, du présent et de l’avenir de chaque nation ; chacunmettant, comme ilest d’usage, le bien public en avant comme le seul but et le seul mobile de ses actions et de son ambition.
Dès le commencement de la conversation, Conrad s’était trouvé assis près d’un clavecin , et , sans intention , sans même s'en apercevoir n’avait pas cessé de jouer avec un doigt un air, s’arrêtant toujours au fa et recommençant toujours pour s'arrêter encore.
Cette musique devint si insupportable , si agaçante , que plusieurs se levèrent et s'en allèrent sous différens prétextes.
Pour Conrad, il réveillait ainsi des souvenirs qui finirent par l’absorber entièrement, de sorte qu’il ne s’aperçut pas rester seul avec le maître de la maison qui , lui adressantplusieursfoisla parole sans qu’il ré-
FA D1ÈZE. | 2^3
pondit, finit par prendre une flûte et jouer de son côté les quelques notes que jouait le baron; le désaccord des deux instrumens réveilla Conrad.
— Ah ! monsieur, dit-il , est-ce que vous savez la fin?
— Won, monsieur, dit le maître de la maison, et vous?
— Ni moi non plus , monsieur , répondit Conrad.
Je n irtfi pas en Italie , se dit-il ; ici en France je n’ai entendu que de la musique italienne.
Dans tout ce qu’on écrit on me fatigue de descriptions de l’Italie, et aussi de l’Espagne. Il n’y a pas un méchant faiseur de vers,
a'jÙ FA D1ÈZE.
anijmt de sa blanchisseuse, à laquelle il ne suffit pas, qui ne cesse de réclamei' un ciel bleu des femmes lascives des femmes italiennes j — aux yeux noirs > — aux cheveux noirs. —
Qui ne demande à cor et à cri Saint- Pierre d i Rome, la colonne Trajane, le Vatican , et les Villa, tandis qu’ici, n'allant jamais à l’église, il passe ses jours et la moitié de ses nuit s dans de sales estaminets.
Ecoutez-les, ils vous rompront les oreilles : « Oh ! donnez-moi des femmes espagnoles aux combats de taureau ! oh î donnez-moi des tauréadores, et des taureaux mugissans ! » Et si dans les rues , il vient à passer près d’eux une vache boiteuse que l’on mène au marché, ou un boeuf mutilé aux* abattoirs , ils cachent précipitamment le cordon de leur montre qui a un liseré rouge , pour ne pas irriter l’animal. Je n'irai pas en Italie , on m’a trop ennuyé d’enthousiasme à froid sur elle j on m’a trop fait de pathos et de ga-
limatias : je vais retourner mourir aux lieux où j’ai senti la vie , à Ober-Wesel, où j'ai vu Blanche , où l’herbe s’est courbée sous ses pieds.
Qu’ai -je fait de ma vie , que me reste- t-il à attendre ou à espérer?
Si je ne sentais chaque jour la vie s’éteindre en moi, il faudrait en sortir violemment; c’est un supplice trop cruel que l’ennui et le découragement , c’est un supplice plus horrible cent fois que tous ceux que l’imagination des prêtres et des pofl^s a jamais pu créer, pour effrayer les vivans en leur parlant d’un autre monde. Mon corps n’est plus pour moi — qu’un poids fatigant à traîner, et mon ame s’y trouve mal à l’aise, comme un fiévreux qui s’agite dans son lit sans pouvoir trouver une position où il souffre moins.
Je ne puis me livrer à rien de ce qui , pour les autres, est appelé plaisir, sans que
278 FA D1ÈZE.
l’ennui , — comme un horrible squelette , vienne de sa main froide arrêter la coupe que je porte à mes lèvres.
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