‹ FabiolaChapitre 25 sur 113 · UN MOT AU LECTEUR · texte numérisé non relu

UN MOT AU LECTEUR

L'histoire de l'Eglise primitive étant en général étudiée d'une façob assez succincte, et les biographies des Saints, telles que nous les lisons d'ordinaire, étant disposées avec assez peu d'ordre quant à la chronologie, il en résulte que nous pouvons facilement contracter des idées inexactes sur la situation des premiers chrétiens nos ancêtres. Cela arriverait de deux manières ditféreoles.

Nous nous imaginons, peut-être, que, pendant les trois premiers siècles, l'Eglise était souilraute, poursuivie saus trêve, et toujours sous le coup d'uue active persécution; que les fidèle* ne se livraient â l'exercice de leur culte qu'avec crainte et tremblement, et ne vivaient que dans les catacombes; que la religion se bornait uniquement à être, n'ayant que de rares occasions de se développer au dehors, ou de s'organiser au dedans, et aucune facilité pour manifester sa splendeur; en un mot, que ces trois siècles ne furent qu'une période de luttes et de tribulations, sans un moment de paix ou de consolation. D'autre part, nous supposons peut-être que ces trois siècles ont été divisés en époques par dix persécutions distinctes, chacuue d'une durée plus ou moins longue, mais toutes séparées les unes des autres par des périodes de repos complet.

Ces deux manières de voir sont erronées , et nous désirons établir d'une manière plus exacte la condition véritable de l'Eghse chrétienne dans les. diverses circonstances de cette portion la plus intéressante de son histoire.

On peut dire que du moment où la persécution eut éclaté contre l'Eglise, elle ne s'est jamais relâchée entièrement si ce n'est à la pacification finale sous Coustaulin. Un édit de proscription, une fois rendu par un empereur, était raremeut rapporté, et, bieu que sa rigueur pût s'apaiser par degrés ou même s'éteindre par suite de l'avènement d'un prince plus doux, néanmoins il ne devenait jamais une lettre morte, mais il demeurait au contraire une arme dangereuse enlre les mains d'un gouverneur de ville ou de province, cruel ou fanatique. C'est ce qui fait que dans les intervalles qui séparent les persécutions générales les plus importantes ordonnées par un décret nouveau, nous trouvons cependant de nombreux martyrs qui durent leur couronne soit à la fureur populaire, soit à la haine des administrateurs locaux pour le christianisme. C'est ce qui fait également que l'histoire rapporte qu'une persécution sévissait avec violence dans une partie de l'empire, tandis que les autres provinces jouissaient d'une paix profonde.

Quelques exemples, choisis dans les diflérentes phases de la persécution, feront peut-être apprécier, mieux qu'une simple description, les relations réelles de l'Eglise primitive avec l'Etat. Le lecteur plus versé qu'un autre dans ces matières pourra passer celte digression, ou il faudra qu'il ait la patience d'entendre répéter des choses qui lui sont si bien connues, qu'elles lui paraîtront de véritables heux communs,

Trajan ne peut certainement pas être mis au rang des empereurs cruels; loin de là : d'habitude il était juste et clément. Cependant, bien qu'il ne rendît jamais de nouveaux edits contre les chrétiens, plusieurs nobles martyrs, — et parmi eux saint Ignace, évêque d'Antioche, et saint Simeon, sous son règne, glorifièrent le Christ en mourant, l'an à Rome, l'autre à Jérusalem. Cependant lorsque Pline le jeune le con-

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