ON MOT AU LECTEUR
6ulta sur la manière dont il devait traiter les chrétiens qui pourraient être cités à son tribunal, en sa qualité de gouverneur de Bithynie, l'Eaipereur lui traça la ligne de conduite qu'il aurait à suivre, par une réponse qui prouve une équité de bien bas aloi. Il dit qu'il ne fallait pas les rechercher, mais que si on les accusait il fallait les punir. Adrien, qui n'a pas non plus rendu de décret de persécution, a fait une réponse semblable à une question pareille que lui adressait Serenius Granianus, proconsul d'Asie. Et cependant sons son règne, et même par ses ordres, l'intrépide Symphorose et ses sept fils souCfrirent un cruel martyre à Tibur, aujourd'hui Tivoli. Une belle inscription trouvée dans les catacombes fait mention de Marius, jeune ofiBcier qui versa son sang pour le Christ sous cet empereur 1. Et enfin le martyr saint Justin, le grand apologiste du chrislianisme, nous apprend qu'il a dû sa conversion à la constance admirable des martyrs qui ont soulîert sous le même prince.
De la même manière, avant que l'empereur Septime Sévère eût publié ses edits de persécution, bien des chrétiens avaient souffert les tourments de la mort. Tels furent les martyres célèbres de Scillita eu Afrique, de sainte Perpétue et de sainte Félicité avec leurs compagnes. Les Actes de ce martyre qui contiennent ie journal de la vie de la première qui n'était âgée que de vingt ans, journal écrit par elle-même et qui va jusqu'à la veille de sa mort, forment un des documents les plus touchants et les plus parfaitement beaux qui nous aient été conservés de l'ancienne Eglise.
D'après ces faits historiques, il résulte jusqu'à l'évidence que, s'il y avait, de temps en temps et dans tout l'empire, une persécution plus active, plus sévère et plus générale contre le nom chrétien, il y avait aussi des suspensions partielles locales, quelqu'^fois même générales, de sa rigueur. Une occurrence de ce genre nous a fourni plusieurs renseignements intéressants qui se rattachent à notre sujet. Tandis que la persécution de Sévère se ralentissait dans d'autres parties de l'empire, il arriva que Scapula, proconsul d'Afrique, la poursuivait dans sa province avec une inflexible cruauté. Il avait, entre autres, condamné Mavilus d'Adrumète à être dévoré par les bêtes, quand tout à coup il fut attaqué d'une maladie dangereuse. Tertullien, le plus ancien des écrivains chrétiens latins, lui adressa une lettre dans laquelle il le suppliait de profiter de l'avertissement que lui donnait cette visitation céleste, et de se repentir de ses crimes, lui rappelant les nombreux châtiments qui, dans diverses parties du monde, étaient venus fondre sur les juges cruels des chrétiens. Et telle était pourtant la charité de jes pieux disciple du Christ, dit-il, qu'ils oû'raient au Ciel de ferventes prières pour la guérison de leur ennemi I
Il conlinue sa lettre en lui disant qu'il peut parfaitement remplir les devoirs de sa charge sans se livrer à des cruautés et en agissant comme d'autres magistrats l'avaient fait. Il citait l'exemple de Cincius Sévérus qui suggérait aux accusés les réponses qu'ils devaient faire pour être acquittés; celui de Vespronius Candidus libérant un chrétien, sous prétexte que sa condamnation pouvait fomenter des troubles, celui d'Asper, qui, voyant un accusé près de céder à un commencement de tortures,
(J) Rom. Subterr. L. XII. c. xxii.