‹ FabiolaChapitre 32 sur 113 · LSS EXTRÊMES SE TOUCHENT · texte numérisé non relu

LSS EXTRÊMES SE TOUCHENT

tune du côté de la porte principale. Ji la trouva ouverte, suivant la coutume romaine ; et d'ailleurs, qui eût jamais soupçonné qu'un étranger pût se présenter à pareille heure? Au lieu d'un portier, il ne trouva pour garder la porte qu'une jeune fille simple et candide, âgée de douze à treize aûfl et revêtue de l'habit des paysannes. Elle était seule, et Fulvius trouva l'occasion excellente pour vérifier le soupçon vivace qui germait déjà dans sa tête. En conséquence il s'adressa ainsi à la petite portière:

— Quel est votre nom, mon enfant, et qui êtes- vous?

— Je suis, répondit-elle, Emeranliana, la sœur de lait de la noble Agnès.

— Etcs-vous chrétienne? demanda-t-il vivement.

La pauvre petite paysanne ouvrit de grands yeux pleins d'étoL jement et d'ignorance, et répondit: « Non, seigneur. » 11 était impossible de résister à l'évidence de sa simplicité, et Fulvius demeura convaincu qu'il s'était trompé. Par le fait, l'enfant était la fille d'une paysanne qui avait été la nourrice d'Agnès. Sa mère venait de mourir, et la généreuse patricienne s'était empressée de réclamer l'orpheline avec l'intention de la faire instruire et baptiser plus tard. Elle n'était arrivée que de l'avantveille, et, elle était encore totalement, étrangère à l'objet de la question de Fulvius.

Celui-ci cependant se trouvait assez embarrassé de sa contenance. La solitude qui régnait autour de lui le gênait autant que la foule avait gêné Corvinus. 11 songeait bien à se retirer, mais le faire, c'était détruire toutes ses espérances: il voulait avancer, puis il s'arrêtait dans la crainte de se compromettre d'une façon désagréable. A cet instant critique, qui voit-il traversant la cour d un pas léger 7 La jeune maîtresse du logis elle-même : elle s'avance gaie, heureuse, épanouie, radieuse I Dès qu'elle l'eut aperçu, elle s'arrêta comme pour recevoir le message dont elle le supposait porteur, tandis que Fulvius s'approchait avec le plus flatteur de ses sourires et le plus gracieux de ses gestes.

— J'ai osé devancer, lui dit-il, l'heure ordinaire des visites, et je crains bien de vous paraître importun, charmante Agnès ; mais j'étais impatient de m'inscrire parmi les plus humbles clients de votre noble maison.

— Notre maison, reprit Agnès en souriant, ne fait pas vanité de ses nombreux clients, et nous ne les recherchons point, car nous n'avons aucune prétention k l'influence ni au pouvoir.

— Pardonnez-moi : avec l'être adorable qui la gouverne, votre maison possède la plus haute des influences, et le plus puissant des pouvoirs: le pouvoir qui domine, sans eiîort, sur le cœur heureux de son esclavage.

Incap-ible de s'imaginer que ces paroles pussent s'adresser à elle-même, Agnès reprit avec une simplicité ingénue :

— Oh 1 que vos paroles sont vraies 1 l'être adorable qui dirige cette maison est en efl'et le souverain de tous les cœurs et l'objet de l'atfection de tous ceux qui habitent sous ce toit.

— Quant à moi, reprit Fulvius, je veux parler de cet empire plus tendre et plus doux, de cet empire que les charmes de la grice peuvent seuls exercer sur ceux qui sont à même de les voir de plus près.

Agnès paraissait plongée dans le ravissement de l'extase : ses yeux contemplaient une image bien diflérente de celle du misérable flatteur qui lui parlait : son regard passionné cherchait le ciel. Elle s'écria :

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