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FAB

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primitive, de même que le lector ou lecteur. Bien que cette opiuion ne 8oit pas soutenable, il est cependant probable que les devoirs de cette charge étaient confiés aux mains d'hommes désignés et reconnus par l'autorité ecclésiastique. L'uniformité du système suivi pour creuser, arranger et remplir les cimetières nombreux des environs de Rome, système si complet dès son origine qu'il ne révèle aucun signe de modification ou d'amélioration quelconque dans le cours des temps, nous donne lieu de croire que ces vénérables et merveilleux travaux ont été exécutés 8008 une seule et même direction et probablement par un corps d'individus, associés à cet effet. Non que ce fût une compagnie instituée pour l'entreprise des cimetières ou nécropoles, spéculant sur l'inhumation de? morts; c'était plutôt une confrérie pieuse et établie dans ce but.

Une série d'inscriptions curieuses, trouvées dans le cimetière de Sainte-Agnès, prouve que celte occupation était héréditaire dans certaines familles, le grand-père, le père et le fils s'y étant successivement adonnés dans la même localité*. Ceci nous explique facilement la grande habileté et l'uniformité des procédés suivis dans la disposition des Catacombes. Mais les fossores avaient évidemment, dans ce monde souterrain, des attributions plus élevées et même une juridiction plus étendue qu'on ne pourrait le croire. Bien que l'Eglise pourvût à l'espace nécessaire à la sépulture de ses enfants, il était naturel que les fidèles reconnussent d'une façon quelconque la faveur d'être inhumé dans un lieu, de préférence à un autre, par exemple le voisinage de la tombe d'un martyr. C'était au fossoyeur qu'il appartenait de faire ces arrangements particuliers dont nous trouvons souvent mention dans les anciens cimetières. L'inscription suivante se conserve au Capitole :

EMPTY LOCVM AB ARTEMISIVM VISOMVM HOC ESI

£T PRAETIVM DATViVI FOSSORI HILARO IDEST rOL NGDD PRAESENTJA l&EVERI FOSS ET LAVRENT^

C'est-à-dire :

Ceci est une fosse pour deux corps, aehettis par Artémisius; le prix en a été paye au fossoyeur Uilarius, c'est-à-dire... bourses 2... En présence de Severus le fossoyeur et <!• Laurentius,

Le dernier de ces noms était probablement celui du témoin de l'acheteur, tandis que le vendeur s'était fait assister de Severus, son collègue. Quoi qu'il en soit, nous croyons avoir mis devant nos lecteurs tout ce que la tradition nous a appris au sujet de la profession qu'exerçaient Diogène et ses fils.

Noua avons laissé Pancrace s'amusant à regarder les premiers essais de Majus dans l'art glyptique : il s'empressa de lui adresser la parole en ces> termes :

Exécutez-vous toujours ces mscriptions vous-même?

Oh I non, répondit l'apprenti graveur en souriant, je ne les exécute

que pour les pauvres gens qui n'ont pas les moyens de payer des mains plus habiles. Celle-ci est pour une brave femme qui tenait une petite boutique de la via Noi^a, et qui, vous le pensez bien, n'est pas devenue

(1) Ces inscriptions ont et* pubUoes par Marchi, dans som Traité d'arc hitecture de Aorné chrétienne et touterraine, 1844, euvrage auquel nous ferons de fréquents eauprunt». (£) Le prix, ayant été marqué en chiifres, est malheureuBameut lUisibU.

OlOOftNB.

fort riche, attendu qu'elle était trôs-hounôte. Et cependant une singulière pensée me préoccupait pendant que je gravais son épitaphe.

— Quelle éiait cette pensée, Majus ?

Je me disais que peut-être dans mille ans d'ici, ou même plus, deî

chrétiens liront avec respect mon liumble ouvrage, et apprendront avec intérêt l'existence de la pauvre et vieille Pollecla et de sa boutique h orge, tandis que les épitaphes pompeuses de tant de princes qui ont persécuté l'Eglise, bien loin d'être lues, ne seront peut-être pas même connues.

— Cependant j'ai quelque peiue à m'imaginer que de superbes mausolées élevés à la mémoire des souverains fameux puissent tomber complètement en ruines et dans l'oubli, tandis que le souvenir d'une pauvre femme arriverait aux âges les plus reculés. Mais quels sont les motifs qui vous fout penser ainsi?

— Tout simplement parce que j'aimerais mieux transmettre à la postérité la mémoire d'un pauvre vertueux que celle d'un riche méchant; parce que mon grossier ouvrage sera lu encore peut-être, alors que des arcs de triomphe seront couchés dans la poussière. C'est cependant bien mal écrit, n'est-ce pas?

N'importe; cette simplicité vaut les plus belles inscriptions. Mais

quelle est cette tal)l''<f'' «nonvép contre i^ mur?

— Ahl c'est' une magnifique pierre qui nous a été apportée pour que nous la placions : vous verrez que l'auteur elle graveur sont i deux personnes difFé rentes. Cette pierre est destinée au cimetière de la villa de la noble Agnès, sur la voie Nomentane. Elle

sïJeTt r: l'^ifovtXYtyçroçKèirPAi^^

moired'unenfaDi VX'OC bien-aimé doni IfVL^— JLD'

la mort est pro- \iy v i

fondement sentie

par des parents vertueux. Pancrace prit une lampe, à la clarté ae laquelle

il lut ce qui suit :

• Dionyilut (Denis), l'innocent enfant, repoBo loi parmi le» saints. Souvenex-voui, dans voa saintes prières, d« l'auteur et du graveur. ■

— Cher et bienheureux enfant 1 dit Pancrace après avoir lu l'inscription ; aux noms de l'auteur et du graveur de ton épitaphe, ajoute aussi, dans tes saintes prières mon nom à. moi qui viens de la lire.

ÀMvKoceNeÂAœi r^a>NJUiNK(Kecee

lieicMHUCDNeNlAll

onAOu.uMTrew9

104 DlOiiÈtiM.

— Amen, répondit la pieuse famille.

Frappé de l'altération qu'il remarquait dans la voix de Diogène, Pancrace se retourna et vit le vieillard qui feignait de se livrer avec ardeur à son travail : or, il s'agissait simplement de couper le bout d'un petit coin qu'il venait d'enfoncer dans le bois du manche de sa pioche [)our mieux en assurer le fer, et cependant il semblait que sa vue fût troublée à tout moment par une cause qu'il voulait dissimuler, car il passait et repassait sur ses yeux le revers de sa rude main. « Qu'y a-t-il, mon bon vieil ami? dit le jeune homme d'un air de bonté; pourquoi l'épitaphe de ce jeune Denis vous affecte-t-elle si fort? »

— Ce n'est pas par elle-même quelle me touche, mais elle me rappelle tant de choses du passé et m'en présage tant d'autres pour l'avenir, que je ne puis m'empêcher de trembler et de gémir.

— Et quelles sont ces pensées si pénibles pour vous, Diogène ?

— Eh bien, voyez-vous, c'est une chose bien simple de prendre dans ses bras un bon et saint enfant comme l'était Dionysius et de le coucher dans sa tombe, tout enveloppé d'un linceul qu'embaument d'odorantes épices. Ses parents le pleurent sans doute, et cependant eon passage du séjour des douleurs à celui de la joie a été doux et facile. Mais c'est une chose bien cruelle et qui demande un cœur aussi endurci que l'est devenu le mien par une longue habitude (ici nouveau mouvement du revers de la main) , que de rassembler en toute hâte et de réunir les restes sanglants, tes membres broyés d'un autre saint enfant, de les entourer précipitamment d'un linceul , de les envelopper dans un suaire rempli de chaux au heu de baumes et d'essences, puis de les cacher promptement dans la terre^. Hélas I que l'on désirerait trsiiter les restes des martyrs d'une façon différente!

— Cela est vrai, Diogène, mais un vaillant chef préfère la tombe simple du soldait, celle qu'on creuse sur le champ de bataille, à un riche sarcophage élevé à grands frais sur la voie Appia. Les scènes dont vous venez de parier sont-elles fréquentes dans les temps de persécution?

— Elles ne le sont que trop, mon cher maître. Un jeune homme aussi pieux que vous l'êtes doit avoir visité, au jour de son annive:saire, le tombeau de Restitutus dans le cimetière d'Hermès.

— Sans doute, je l'ai visité, et j'ai souvent envié son martyre précoce. Est-ce vous qui l'avez inhumé ?

— Oui ; et ses parents lui ont fait élever un splendide monument, ïarcosolium de sa crypte *. Mon père et moi nous le construisîmes de six tables de marbre, assemblées à la hâte, et je gravai moi-même l'inscription qu'on y ht aujourd'hui. Je pense que je gravais mieux que ne le fait Majus, ajouta le vieillard en essayant de sourire.

— Vous ne vous flattez guère en parlant ainsi, répondit le fils souriant à son tour. Mais voici la copie de l'inscription que vous avez écrite alors.

(1 Dans le cimetière de Sainte Agues, or a troave dan» lea tombeaux de* morceaux d« chaux qui portaient la trac« de différentes parties du corps humain ; oei restes portaient les traces d'un linge fln du côté intérieur et d'un linge plu» gros du côté extérieur. Quant aux épice» et aux baumes, Tertullien fait observer que - les Arabes •»» le» Sabéena savent bien que les chrétien» en consommaient actuellement pour leur» motU plu» ^u« le aionUo paien n'en usait pour le culte de ses diTinitês. •

C?) Ces termes seront eipliqués plus tard

DIOGÈNB. 105

Et en disant ces motsÙ tira un parchemin d'un paquet de feuilles attachées ensemble.

— Je me la rappelle parfaitement dit Pancrace en la parcourant des yeux et corrigeant les fautes d'orthographe, mais non ceUeh de grammaire à mesure qu'il lisait.

> A /Eliug Fabius R<^8titirtu8, Icor tr*>8 p^eux flli, 8<*8 parents ont élevé (ce tombeau). Il a vécu dix-huit ans et sept mois. Eu paix (qu'il repose). «

AELIO FABIO RESTVTO FILIO PIISSIMO PARI N TES FECERVNT QVIVI XIT ANNI.S XVill MENS VII INIRENE.

Puis il ajouta : « Quelle gloire pour ce jeune homme d'avoir confessé le Christ dans un âge si tendre ! »

— Sans doute, répliqua le vieillard : mais je suis persuadé que vous avez toujours cru que son corps repose seul dans cette tombe. Chacun le croirait ainsi à en juger par l'inscription.

— Certainement. Et en serait-il donc autrement?

— Oui, noble Pancrace. A côté de lui, dort dans le même sépulcre un compagnon plus jeune. Comme nous étions occupés à fermer le tombeau de Restitutus, on nous apporta le corps d'un jeune garçon de douze à treize ans. Je n'oublierai jamais cet horrible aspect. On l'avait suspendu au-dessus d'un feu ardent, et la tête, le tronc et les cuisses jusqu'à la hauteur des genoux étaient brûlés jusqu'aux os. Il était tellement défiguré qu'aucun de ses traits n'était reconnaissable. Pauvre enfant I comme il avait dû souffrir ! Mais pourquoi le plaindrais- je?... Or, nous étions pressés par le temps ; nous nous dîmes que le jeune homme de dix-huit ans ne refuserait pas de partager sa couche funèbre avec son compagnon d'armes de douze ans, et qu'il le considérerait comme son frère ; nous le déposâmes donc aux pieds d'^'^lius Fabius, Mais il nous fut impossible de placer à l'extérieur du tombeau une seconde fiole de sang pour indiquer que là reposait le corps d'un autre martyr ; car le feu avait tari tout le sang qui coulait dans ses veines^.

— Noble entant I Si le premier était plus âgé que moi, le second était plus jeune. Ou'en dites- vous, Diogène? Ne pensez-vous pas que vous aurez peut-être quelque jour le même devoir à remplir envers moi?

— Oh ! non, j'espère bien que non, dit le vieux fossoyeur; et sa voix s'altéra de nouveau. Je vous en supplie, écartez cette sombre idée : mon heure, je l'espère bien, doit sonner avant ce temps; et cependant ne voit-on pas les vieux troncs épargnés, tandis que les jeunes plantes périssent autour d'eux ?

— Allons, allons, mon vieil ami, je ne voulais pas vous afQiger. Mais j'oublie presque le but de ma visite et le message que je vous apporte.

(1) Cette tombe a été découverte le 22 avril 1823; elle n'av&it pag été violée. En l'ouvrant, on y a trouve des ossements blancs, brillants et polis comme de l'ivoire; ils semblaient Appartenir au squelette d'un jeune homme de dix-huit ans. A la tôte de la sépulture se trouvait la fiole d* sang. Aux pieds était couché le squelette d'un jeune garçon de douze ou treize ans; les os en <:taient noircis et carbonisés, principalement le cr4ne et toute la partie supérieure du tronc jusque vers le milieu des cuisses, k partir de là jusqu'aux oreilles, les or devenaient de plus en plus bl:incs. Les deux corps, richement vêtus, reposent côte à côte soui l'autel du college des Jésuites, a Lorette.

106 oiooÈ.NU.

Voici ce que c'est. Demain, à l'aurore, il faudra venir à la maison de ma mère pour vous entendre avec qui de droit sur les dispositions à faire dans nos cimetières en vue des persécutions qui menacent. Notre saint Pape s'y trouvera avec les prêtres des Titres, les diacres régionnaires, les notaires, dont ie nombre maintenant est complet, et enfin vous, le fossor en chef, afin que vous puissiez tous agir de concert.

— Je n'y manquerai pas, Pancrace, répondit Diogène.

— Et maintenant, ajouta le jeune homme, j'ai une faveur à vous demander.

— Une faveur ? à moi 1 répliqua le vieillard étonné.

— Oui. Vous aurez, je présume, à vous mettre tout de suite à l'œuvre. Or, bien que j'aie souvent visité par dévotion nos cimetières sacrés, je ne les ai jamais étudiés ni examinés; et il me serait agréable de pouvoir, à cet effet, les parcourir avec vous qui les connaissez si bien.

— Rien ne me sera plus doux, répondit Diogène flatté du compliment, mais plus heureux encore de cet empressement à, connaître des lieux qui l'intéressaient si vivement. Aussitôt après avoir reçu mes instructions, je me rendrai au cimetière de Callistus. Venez me trouver hors de la porte Capène, une demi-heure avant midi, nous nous y rendrons ensemble.

— Je ne serai pas seul, dit Pancrace. Deux jeunes gens récemment baptisés désirent également connaître nos cimetières qu'ils n'ont guère visités eiicore. Ils m'ont prié de les y introduire.

— Vos amis seront toujours les bienvenus. Comment les appelle-t-onî dites-le-moi afin de prévenir toute méprise.

— L'un d'eux est Tiburtius, fils de Chromatins, le dernier préfet de la eité ; l'autre est un jeune homme nommé ïorquatus.

Severus fit un mouvement: « Pancrace, dit-il, êtes-vous bieu sûr de ce dernier? »

Diogène reprit son fils en s'écriant : « Dès qu'il vient accompagné d« Pancrace, cela ne suflit-il pas pour vous rassurer ? »

— J'avoue, répondit le jeune homme, que je ne le connais pas aussi bien que je connais ïiburtius, qui est réellement un digne et noble cœur ; cependant ïorquatus est très-désireux de se mettre au courant de tout ce qui nous concerne et il paraît sincère. D'où viennent vos craintes, Severus ?

— Obi d'une bagatelle, en réalité. Mais, comme je me rendais ce matin au cimetière, je suis entré aux bains d'Antonin ^

— Comment ! s'écria Pancrace en riant, vous fréquentez des endroîta aussi à la mode?

— Pas précisément, reprit l'honnête artisan, mais vous ignorez peutêtre que Cucumio, le capsarius*, et sa femme sont chrétiens.

— Est-il possible î Qui dirait qu'en pareil lieu on pût en trouver ?

— Cela est ainsi ; et, de plus, ils se font construire une tombe dans le cimetière de Callistus, et j'avais à kur montrer l'inscription que Majus a composée pour eux.

— La voici, dit Majus, en montrant la tablette sur laquelle on lisait :

(1) plus connus rqus l« nom d« hainn d« Oaracalla.

(2) On appelait rMpnariua l'homiDa oharqA d* la garde 'l«(i habits Af* baigneur». Ce mol rient de capsa, botte ou coffre, dans lequel on renfermait cet babits.

KKinKNK.

CVCVMIO ET VICTORIA • Ciievw'r et victoria,

de leur vivant, SE VIVOS FECERVNT .. ont fait pour eux (cette tombe)

CAPSARARIVS DE ANTONINIANAS, c*P«ariu8 (Ces bains) d'Antonin.i .

— Merveilleux 1 s'écira Pancrace en riant, des naïvetés et des fautes que contenait l'épitaphe ; mais nous oublions Torquatus.

— Donc, au moment où j entrais sous les portiques, poursuivit Severus, je ne fus pas peu surpris de voir, dans un coin, à cette heure matinale, ce même Torquatus en conversation très-animée avec le fils du préfet actuel, avec Corvinus, le faux estropié qui, vous vous le rappelez, s'était glissé dans la maison d'Agnès le jour qu'une personne charitable et inconnue (puisse Dieu la bénir I) y fit distribuer aux pauvres de si riches aumônes. Voilà, me suis-je dit, pour un chrétien, une heure étrange et une compagnie plus étrange encore.

— Vous avez raison, Severus, répondit Pancrace en rougissant beaucoup, mais il est encore bien jeune dans la foi, et ses anciens amis ne connaissent probablement pas sa conversion. Espérons que tout est pour le mieux.

Pancrace s'étant levé pour se retirer, les deux fils du fossoyeur lui offrirent de l'accompagner jusqu'à ce qu'il fût hors de leur misérable et dangereux quartier. Il accepta leur proposition avec plaisir, et sortit en souhaitant une bonne nuit à l'honnête Diogèn«.

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