‹ FabiolaChapitre 44 sur 113 · DIOGENE · texte numérisé non relu

DIOGENE

Les scènes à travers lesquelles nous avons conduit notre lecteur se passaient à une de ces époques de tranquillité passagère plutôt que de paix réelle, qui se montraient quelquefois entre deux persécutions Déjà des bruits sinistres se sont fait entendre surnotre chemin, et les rumeurs homicides ont frappé nos oreilles. Le rugissement des lions de l'amphithéâtre qui ont fait tressaillir Sébastien

Diogèae le fossoyeur déposé en paix huit jours avant le I" octobre». a»na \q démiirA

ger, les nouvelles venues d'Orient, les demi-mots de Fulvius, les menaces de Corvinus, nous ont laissé pressentir que sous peu les horreurs de la persécution allaient recommencer, et que le sang chrétien fécondera à flots plus nobles et plus pressés que jamais les champs du paradis de la loi nouvelle, L'Eglise, toujours calme et prévoyante, ne peut négliger ni les signes précurseurs du combat qui s'approche, ni les préparatifs nécessaires pour le soutenir plus vaillamment. Nous ferons dater la seconde partie de notre récit du moment oi!i l'Eglise commence à s'armer sérieu- «ement pour la lutte. Cest le prélude du combat.

Vers la fin du mois d'octobre, un jeune homme qui ne nous est pas inconnu, soifzneuseraent enveloppé dans son manteau, car la nuit est

(1) Actet detatnt Sébatiien. Boldelti, xv, p. 60

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sombre et froide, se dirige non' sans quelque peine à travers le dédale tortueux des nielles étroites du quartier nommé Suburra; partie delà ville dont l'étendue et la position exactes sont encore l'objet de discussions, mais qui était certainement située dans le voisinage immédiat du Forum. Comme le vice est malheureusement trop souvent lié à la pauvreté, l'un et l'autre y trouvaieni un commun asile. Pancrace ne paraissait pas très-familier avec ce quartier de la ville ; il se trompa souvent de route avant .de découvrir enfin la rue qu'il cherchait. Les maisons ne portant pas de numéros, il ne lui était pas facile de reconnaître celle vers laquelle il se rendait, mais cette difficulté n'était pas insurmontable. Il s'efforça de trouver la demeure la plus décente, et, en effet, l'une d'elles se faisant remarquer eutre toutes par la propreté et le bon ordre, il frappa hardiment à la porte. Diogèuj, le vieillard dont le nom a déjà été cité dans les pages précédentes, vint lui ouvrir. C'était un homme de haute taille, aux épaules larges comme le sont toutes celles qui ont porté des iardeaux, ce qui le forçait à se tenir légèrement courbé. Ses cheveux, entièrement blanchis par l'âge, pendaient en boucles argentées des deux côtés de sa tête large et massive; ses traits portaient l'empreinte d'une mélancolie profonde, et, bien que l'expression de son visage fût calme, elle était triste et solennelle. Il ressemblait à quelqu'un qui a vécu longtemps avec les morts et qui n'en est que plus heureux. Ses deux fils, Majus et Severus, jeunes gens de formes athlétiques, habitaient avec lui. Le premier s'occupait à graver ou plutôt à gratter grossièrement une épitaphe d'un style rude, dans une vieille tablette de marbre, dont le revers portait encore les traces d'une inscription païenne à demi-effacée parla main de son nouveau possesseur. Pancrace jeta un coup d'œil sur l'ouvrage en main et se mit à sourire : il y avait à peine un mot qui ne fût mal écrit, la phrase entière était incorrecte: que le lecteur en juge,

DE BfANOBA POLLECLA 0V£ ORDEV BENOET DC BIANOBA.

De la rue neuve PoUecla qui vend de l'orge dans la rue neuve .

L'autre jeune homme, un morceau de charbon à la main, traçait sur une planche un dessin informe dans lequel on reconnaissait avec peine l'histoire de Jonas englouti par la baleine et celle de Lazare ressuscité des morts. Ce n'était là évidemment que l'esquisse d'une peinture qui devait être exécutée ailleurs. Enfin, pour compléter la physionomie générale de cet intérieur de famille, nous ajouterons qu'au moment où Pancrace frappa à la porte, le vieux Diogène était occupé à mettre un manche neuf à une vieille pioche. Ces occupations diverses, réunies sous le même toit, eussent pu surprendre un homme de nos jours, mais il n'en fut pas de même du jeune visiteur ; il savait bien que cette famille appartenait à l'honorable et religieuse corporation des fossores ou fossoyeurs dea cimetières chrétiens. En eff'et, Diogène était le chef et le directeur de cette confrérie. S'appuyant sur l'assertion d'un écrivain anonyme contemporain de saint Jérôme, quelques archéologues Oiodernes out considéré le /'O^ior comme appartenant à un ordre ecciésiaiti que inférieur dans l'Eglisâ

1) Trouv*») dann le cimetier.? ùe (fiUigti.»

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