III. Kal. Bee. Hutuinini in Ttuasoau
publié par Rainurd. {Acte»., torn. HI).
A.U 3UJET DES CATACOMBES. 115
menaçaient ruine; de distance en distant, on pratiqua dans Ig3 voûtes des ouvertures en forme d'entonnoirs pour laisser pénétrer l'air et la lumière. Enfin on érigea des basiliques et des églises, au-dessus de plusieurs des entrées, qui conduisirent généralement eu ligne directe à la tombe principale, appelée à cette époque «/a confession »de l'Eglise. De cette façon, en arrivant dans la ville sainte, le pèlerin visitait chacune de ces églises, coutume que l'on observe encore de nos jours; il descendait dans les cryptes, et, sans bésiter sur la route à suivre, il se rendait en ligne directe et par des galeries bien construites, jusqu'à la cbâssft où reposait le martyr le plus illustre, puis de là aux autres endroits qui renfermaient également des objets dignes de respect et de dévotion.
Pendant tout le cours de cette période, on ce permit l'ouverture d'aucun sépulcre, l'enlèvement d'aucun corps. Des baies pratiquées dans un tombeau permettaient d'y introduire des mouchoirs ou des voiles nommé? brandea, que l'on faisait toucher aux reliques du martyr et que l'on envoyait ensuite dans les pays lointains pour y être conservés avec une égale vénération. Il n'est donc pas étonnant que saint Ambroise, saint Gaudentius et d'autres évêques aient eu tant de ditficulté à obtenir des corps saints ou des reliques de quelque importance pour en enrichir leurs églises. Il y avait une autre espèce de reliques que l'on nommait communément « l'huile d'un martyr. » C'était l'huile, parfois mêlée de baume, de la lampe qui brûlait à côté de la tombe du saint. On trouve souvent auprès d'un monument funèbre un pilier en pierre d'environ trois pieds de haut et creusé au sommet; il est probable que ces piliers servaient à porter ou ces lampes ou les vases dans lesquels on distribuait l'huile qu'elles contenaient. Saint Grégoire-le-Grand écrivait à la reine Théodelinde qu'il lui envoyait une collection des huiles de tous les papes qui ont souffert le martyre. La liste qui accompagnait cet envoi a été copiée par Mabillon dans le trépor de Moiara et publiée de nouveau par Ruinart*. Elle existe encore dans cette collection avec les uîêmes fioles qui contenaient les huiles saintes et qui sont scellées dans des tubes de métal.
Cette crainte respectueuse de toucher aux reliques des saints est caractérisée d'une façon toute particulière par un fait que rapporte saint Grégoire de Tours. Parmi les martyrs les plus vénérés de l'ancienne Eglise romaine se trouvaient saints Chrysantus et Daria. Leurs tombes devinrent bientôt si célèbres par les guérisons qui s'y opéraient, que les fidèles construisirent ou plutôt creusèrent, au-dessus de leurs sépultures, une chambre voûtée d'un travail merveilleux où les pèlerins venaient en foule. Le fait ne tarda pas à être découvert par les païens : l'empereur fit de toutes parts cerner le cimetière, ordonna d'en murer l'entrée et de jeter (probablement au travers du luminare, ouverture ménagée pour l'air et la lumière) une telle quantité de terre et de pierres, que les fidèles y furent enterrés vivants, comme l'avaient été avant eux les saints martyrs qu'ils venaient invoquer. Ce lieu était demeuré inconnu, bien que k paix eût été rendue à l'Eglise : une manifestation divine le fit découvrir. Cependant ou ne permit plus aux pèlerins de pénétrer dans cet endroit consacré; une ouverture pratiquée dans la muraille laissa parvenir leur»
(1) A.cla Afartyrum, toiu lll
IIÔ OB QUE D10Gii"NJ: NE POUYAIT PAS BIRS
regards non-seulement jusqu'aux tombeaux des saints martyrs, maia encore jusqu'aux restes de ceux qui avaient été ensevelis tout vifs auprès de leurs reliques. Et, comme au moment où cette exécution cruelle avait lieu, les victimes se préparaient à l'oblation de la sainte Eucharistie, on voyait encore, sur le sol, les burettes d'argent qui avaient contenu le vin nécessaire à ce sacrifice sans tacbe^.
II est évident que les pèlerins qui se rendaient à Rome pour visiter les cimetières devaient être munis de tablettes qui leur indiquassent les endroits qu'ils avaient à visiter. On conçoit aussi tout naturellement que ces pèlerins, de retour dans leu^s foyers, devaient chercher à instruire et édifier leurs voisins moins favorisés qu'eux, en leur donnant des détails sur ce qu'ils avaient vu. Or, heureusement pour nous non moins que pour les sédentaires contemporains de ces pieux voyageurs, il existe encore plusieurs relations de ce genre. Parmi ces documents se placent, er première ligne, des catalogues établis dans le quatrième siècle : l'un qui f trai* aux sépultures des pontifes romains, l'autre à celles des martyrs* Après eux viennent trois guides différents dans les Catacombes, d'autant plu^ intéressants qu'ils décrivent des circuits divers les uns des autres, tout en restant merveilleusement d'accord dans les renseignements qu'ils fournissent.
Pour montrer toute la valeur de ces documents et indiquer les modifications qui ont eu lieu dans les Catacombes durant la seconde période d*» leur histoire, nous allons donner quelques détails relatifs à une découverte qui a été faite dans le cimetière même où nous avons laissé Diogène et ses compagnons. Parmi les décombres que le temps avait amassés k l'entrée d'une calacombe dont le nom était incertain et que l'on croyait être celle de Praetextatus, on trouva un fragment de tablette de marbre obliquement brisée de gauche à droite» f't sortant les lettres ci-dessous :
Le jeune chevalier de Rossi dé- ^ '~~ -i
claraaussitôtquec'était un morceau A I
de la pierre tumulaire du saint pape H^FLll MART Y RIS I
Cornelius ; &t que très-probable- X
ment, en allant plus loin, on retrou- . ""x^ |
verait la tombe même du pontife.
laquelle se ferait reconnaître par sa T""*»* '^«- "*'^^'''' '^'''^^''•
structure. 11 ajouta que, comme tous les itinéraires ci-dessus lueniion. nés s'accordaient à la placer dans le cimetière de Caliistus, celui que l'on explorait en ce moment devait avoir été honoré de ce nom et non pas de celui de Saint-Sébastien, situé à quelques centaines de pas plus loin. Il ne s'arrêta pas ià et prédit même que ces itinéraires atfirmant que saint Cyprieu avait été inhumé auprès de Cornelius, on ne pouvait manquer de trouver auprès de la tombe de ce dernier quelques traces de la vérité de cette assertion, car on savait que le corps de saint Cyprien reposait en Afrique. Cette prédiction ne tarda pas à se réaUser. Le grand escalier* ayant été découvert, on trouva qu'il conduisait directement à un
(1) Saint GrégoiM d« Tours, De Gloria Mart., liv. I. c. xxviii. F.liîion M«ichui, p. 81 Oa peut lire aussi l'épi{?ramm« de saint Damasut sur cet évéuement. Carui i.XViU.
(2) C«;a cataloguff: r.ntet* publie» )iar Bucherius, en 183 J
(3) Nou* cro^ou» iu« i« crypte a iVt aecouverte avact rescaii<a«.
AU bujjsx £)i£5 OAXAi;oMiiii:u. 117
espace plus vaste, éclairé et aéré par le haut, et dont les parois étaieat revêtues d'un ouvrage en briques portant le cachet de l'époque pacifique de l'Eglise. A gauche était une tombe taillée dans le roc comme toutes les autres, et sans aucun arceau extérieur au-dessus. Elle était cependant vaste et grande, et, à l'exception d'une autre creusée beaucoup plus haut, il n'existait ni au-dessus, ni au-dessous, ni sur les côtés aucun indice qui révélât d'autres sépultures. C'est là que fut retrouvée la partie brisée de la tablette de marbre; le premier fragment fut tiré du musée Kircber où il avait été déposé, et se rapporta exactement au second : tous les deux réunis couvraient la tombe dans son entier et présentnippt !es mots ci-dessons :
(Sépulture) de Cornélius, mtrtyr, évêque.
Au-dessous, à partir du bas de cette pierre et descendant jusqu'au sol, se trouvait une autre tablette de marbre qui portait une inscription dont il ne reste que la partie gauche, l'autre ayant été brisée et perdue. Audessus de la tombe était une U^oisième tablette fixée dans la pierre à sablon. De cette dernière il ne restait que le côté droit et quelques fragments qui ont été retrouvés dans les décombres. Ces fragments ne sutUsaient pas pour reconstruire les lignes de l'inscription, mais ils suffisaient pour démontrer qu'elle avait été écrite en vers et composée par le pape Damasus. Quant à cette dernière assertion, comment, nous dira-t-on, prouvez-vous qu'elle est fondée? Rien de plus fqcile. En effet, non-seulement nous savons que ce saint pape, dont nous avons déjà parlé, prenait plaisir à faire inscrire sur les tombes des martyrs des vers qu'il aimait à composer* ; mais encore le grand nombre de ces inscriptions qui sent parvenues jusqu'à nous révèle une espèce de caractères particuliers et d'un galbe fort élégant qui sont connus parmi les antiquaires sous le nom de « caractères Damatsiens. » Les fragments de celte tablette de marbre portent des lambeaux de vers tracés avec ces caractères.
Continuons : sur le mur à droite de la tombe et sur le même plan, étaient peints, en pied, deux personnages revêtus du costume sacerdotal, la tête entourée du nimbe, ouvrage de l'école byzantine et appartenant évidemment au septième siècle. Le long du mur, et à gauche de chacune de ces deux figures, étaient écrits leurs noms, lettre sous lettre : quelquesunes d'entre elles ont été effacées ; nous les rétablissons en italique de la manière suivante» : SCI* COR^ELfPF SCI-i- CIPRUNZ
(1; Ce» épit^iphes constituent la plus gr^inde partie des œuvres poétiques de c« pontife.
(2) (Portraits) de saint C-irnêlius, pape, et de saint Cyprien. — De l'autre côté, sur un* muraille étroite qui s'avance à angle droit dans la galerie souterraine, se trouvent deui autres portraits semblables. Mais un seul des deux noms est lisible, c'est celui de saint Sixte qui esc écrit là, comme partout, Su-ttus. On peut voir aussi, autour des principales peintures le cette espace, gratte* dan« la chaux des iniirailles, en caractères du septième siècle, lei noms d»9 pMerins qui oat Titité U lomboau. i>«ux yièUtu out ngaé ainsi :
*IEO PRB if>A«fr]!S PRB.
U ne «er;. p^tg .ans inWret de rt^yytltu ie« indication» suivaut«» du «alendn^r r» VaM.
On conçoit aisément qu'un étranger, lisant ces deux inscriptions et voyant ces portraits, de plus sachant que l'Eglise fait le même jour la commémoraison des deux martyrs, puisse être amené à supposer qu'ils ont reçu une sépulture commune. Enfin, à droite de la tombe, se trouve une colonne tronquée de trois pieds de haut, creusée à son sommet, semblable à celle dont nous avons parlé précédemment; et, comme preuve à l'appui de l'usage que nous avons assigné à ces colonnes, nous voyons dans la liste des huiles que saint Grégoira envoya à la reine des Lombards ; « l'huile de saint Cornélius, » oleum sancti Cornelii.
Ces détails nous font donc voir que, dès la seconde période, des embellissements nouveaux, des commodités plus grandes s'introduisirent dans les cimetières primitifs, si simples jusque-là. Mais il ne faudrait pas croire pour cela qu'il y ait le moindre danger de confondre ces embellissements récents avec les productions des premiers âges. La différence qui existe entre eux est telle, qu'on prendrait plutôt un tableau de Rubens pour une toile de Beato Angelico que de prendre une peinture byzantine pour un ouvrage des deux premiers siècles de notre ère.
Nous voici arrivé à la troisième période de l'existence de ces vénérables cimetières, triste période de leur désolation. Lorsque les Lombards, et plus tard les Sarrasins, commencèrent à ravager les environs de Rome, et que les catacombes furent exposées à la profanation, les papes en firent extraire les corps des plus illustres martyrs et les placèrent dans les basiliques de la cité. Cela se pratiqua jusqu'à la fin du huitième ou jusqu'au commencement du neuvième siècle, époques auxquelles il est eucore fait mention de réparations apportées aux cimetières par les ordres des souverains pontifes. Peu à peu les Catacombes cessèrent aussi d'être des lieux de dévotion, et les églises qui avaient été élevées sur les entrées de ces asiles souterrains furent détruites ou abandonnées aux ravages du temps. Celles qui étaient fortifiées, et qui par conséquent pouvaient être défendues, furent les seules qui se maintinrent. Telles sont, par exemple, iea basiliques situées extra-muros, de Saint-Paul sur la route d'Os tie, de Saint-Sébastien sur la voie Appienne, de Saint-Laurent sur la route de Tibur ou dans i'Ager Veranus, de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane, de Saint Pancrace sur celle d'Aurélien, et enfin, la plus considérable de toutes, celle de Saint-Pierre sur le Vatican. — La première et la dernière de ces basiliques étaient entourées de bourgs ou de cités, et, aux environs des autres, Iê voyageur peut encore de nos jours retrouver les traces des fortes murailles qui les protégeaient.
Du reste, il est à remarquer, et la chose est assez étrange en effet, que le jeune antiquaire dont nous avons déjà fréquemment rapporté le nom avec honneur a découvert deux de ces basiliques encore debout, presque entièrement conservées et sises au-dessus de l'entrée du cimetière de Callistus; l'une de ces basiliques servait d'étable et de fournil, l'autre de magasin à vins. La première est très-probablement celle que fit bâtir le pape Damasus, que nous avons déjà souvent nommé. Les terres que les pluies ont entraînées par des soupiraux d'éclairage, les dégradations
main : XVIIl. Kal. Oct. Cypriani Africœ: RomoR celebratur in Callitti. »L9 dix-huitième )Our U«B calendes d'octobre (14 8«ptoinbr«}, Féce da Cyprieu d'Afrlqu». £I1« le célèbre À Horn* iAut le cimetière de CalUzcue. >
AU SUJET D&tà CAXACOMBBS. 119
commises pendant des siècles par les personnes qui s'introduisent fiirtiv^ement à la faveur des vignes dans les issues non gardées, enfin l'action destructive du temps et des saisons ne nous ont laissé des anciennes Catacombes que des ruines. Cependantceque nous en possédons est encore pour nous d'un prix inestimable. Il en re:te assez pour nous permettre de vérifier l'exactitude de ces rapports qui en furent faits dans des temps meilleurs, et ces rapports nous servent pour nous guider dans la reconstruction de nos ruines. En quelques années, le pape actuel a plus fait pour ces lieux consacrés que l'on n'a jamais entrepris depuis plusieurs siècles. La commission mixte qu'il a nommée à cet effet a opéré des merveilles. Bien que ses ressources soient très-restreintes, elle poursuit son œuvre systématiquement, n'avançant qu'après avoir achevé ce qui est entrepris. Aucun objet n'est enlevé de l'endroit où il est trouvé, chaque chose est rétablie dans sou état primitif, autant que faire se peut. Des copies fidèles retracent les peintures que l'on découvre, des plans se dressent pour toutes les parties explorées. Pour assurer ces excellents résultats, le pape a acheté, de ses propres deniers, des champs et des vignobles principalement à Tor Marancia, où est situé le cimetière de SS. Nereus et Achilleus. Il a acheté égnlement, du moins nous le croyons, des terrains qui s'étendent au-dessus de celui de Callistus. L'empereur des Français, de son côté, a envoyé à Rome plusieurs artistes chargés d'un travail magnifique, et même trop magnifique peuttre. sur les Catacombes. C'est là une entreprise vraiment impériale.
Mais il est plus que temps, pour nous, d'aller rejoindre nos compagnons que nous avons laissés dans les galeries souterraines ; sous la conduite de nos amis les fossores, nous finirons la visite de ces cités merveilleuses qu'habitait un peuple entier de saints trépassés.